Où en sont les vignerons? (5)

Sarah, Françoise, Mathias et David au Domaine Coupe-Roses en Minervois
Photo: Jean Aubry Sarah, Françoise, Mathias et David au Domaine Coupe-Roses en Minervois

Temps de lecture, avec un verre ou deux du riche et vivant Granaxa 2015 du Château Coupe-Roses en Minervois (25,55 $ – 862326 – (5 +) ★★★ ½ ©) : 3 minutes, 12 secondes

Alors que les premiers cisaillements de sécateurs ont démarré leur ballet annuel dans le vignoble depuis déjà deux bonnes semaines en France, il apparaît que la COVID-19 aura eu un impact à peu près similaire pour tous les vignerons, quelle que soit la région qui accouchera de l’inhabituel millésime 2020. Stupéfaction, tension, stress, découragement, résilience, mais aussi remise en question sont du lot, tandis que les problèmes hydriques se multipliaient en bloquant les maturités au vignoble. Dernier compte rendu des cinq portraits réalisés.

Au Château Coupe-Roses, en Minervois (bientôt en appellation Minervois « La Caunette »), Françoise Frissant semble tout de même confiante en ce qui concerne la suite des choses. « L’année se présente plutôt bien. La vigne n’a que faire de ce virus et nous avons pu travailler pendant le confinement, heureusement. Le printemps a été pluvieux, mais mon fils Mathias, qui gère le vignoble, le fait bien et nous sommes passés au travers du mildiou et de l’oïdium. Nous sommes en train de tout convertir en bio dynamie et notre souhait est de nous retrouver le plus proche de la nature, avec des expressions de terroir les plus marquées possible. Pour le moment, nous traversons une période de sécheresse assez intense, mais depuis 33 ans que je fais ce métier, j’ai déjà connu des années difficiles. »

J’imagine que ça n’a pas été évident quand tout a basculé depuis le 16 mars dernier ? « Le téléphone est resté muet, les mails ont cessé de tomber et nous ne voyions plus personne. Nous avons passé 15 jours dans la stupeur en attente de jours meilleurs, mais le travail à la vigne, lui, continuait. Peu à peu les commandes sont revenues en provenance de la France, du Canada, des pays francophones où la culture du vin est une vraie culture, des pays dans lesquels on ne mange pas sans vin et pour qui le vin est un vrai aliment. Les pays asiatiques consomment plutôt du thé et de la bière. Nos ventes là-bas ont totalement chuté, car pour eux le vin n’est pas indispensable à la vie. »

La vigne n’a que faire de ce virus et nous avons pu travailler pendant le confinement, heureusement

 

Comme on dit au Québec : vous avez dû vous retourner sur un dix sous pour faire face à la musique… « Nous avons dû nous adapter à de nouvelles technologies. Enfin, nouvelles pour nous. La dématérialisation de toutes nos données a été un moyen de communiquer très efficace. Les mentalités ont changé, les gens sont devenus plus réceptifs au fait que nous soyons en culture biologique, que nous travaillons tous en famille. Ces valeurs qui pouvaient paraître d’un autre âge sont devenues garantes de qualité et d’un art de vivre. Les consommateurs avaient un budget familial totalement axé sur le loisir et les vacances ; nous sommes passés à une réelle prise de conscience de la qualité des aliments ingérés et à une conscience écologique pour les entreprises qui produisent ces aliments ».

Françoise Frissant, par ailleurs agronome de formation, souligne ici, par le fait de cette conscience écologique développée par de plus en plus de consommateurs, qu’une agriculture mondiale désincarnée, pour ne pas dire déracinée de sa raison d’être, a peut-être atteint un point de non-retour. L’apparition du coronavirus nous bouscule à son tour et n’est guère rassurante. La préservation de la biodiversité à l’échelle du vignoble comme de la planète tout entière parle d’elle-même. Faudra-t-il une autre pandémie pour rebrasser les cartes ?

À grapiller pendant qu’il en reste!

Cruet Vieilles Vignes 2019, Domaine de l’Idylle, Savoie, France (18,15 $ – 855171). Il y a quelque chose de juvénile dans cette espèce de fraîche innocence, mais en même temps une maturité de saveurs longuement réfléchies, comme si l’âge des vignes insufflait le recul nécessaire pour approfondir le tout. Un blanc sec et léger à base de jacquère, à la fois citronné et salin, d’une jolie longueur. Tartiflette ? Miam ! (5) ★★★

Alastro 2019, Planeta, Menfi, Sicile, Italie (19,55 $ – 14475242). Grecanico et sauvignon blanc, deux larrons qui savent et qui veulent faire la fête sur ces fritures de bord de mer alors que l’oeil du cyclope solaire verse une dernière larme dans la Méditerranée locale. Aromatique, net et précis. L’arôme se prolonge sur une bouche friande de pomme et de citron des plus rafraîchissantes. (5) ★★★

Chardonnay 2018, Bouchard Père & Fils, Bourgogne, France (23,60 $ – 10796524). En matière de chardonnay, cette grande maison beaunoise sait de quoi elle parle. On sent ici une expertise, dans la vinification comme dans l’élevage, mais surtout un approvisionnement sûr en matière de fruits qui ne fait aucun compromis. Ce 2018 est d’une jolie densité, lumineux, vivant, palpable sur le plan des textures. Bref, à moins de 25 $, c’est un classique dont il ne faut pas se priver ! (5) ★★★ ©

Lvnae 2018, Vermentino, Colli de Luni, Bosoni, Ligurie, Italie (24,40 $ – 14432031). Le cépage pigato local (vermentino) regarde abruptement la mer du côté de La Spezia, à l’est de la ville de Gênes, en offrant un profil fort différent de son voisin toscan qui le borde tout juste à l’est. Celui de la Cantine Lunae Bosoni propose un éclat aromatique des plus vibrants, avec ce fruité de poire et de miel dont la texture tendue et bien resserrée prolonge une finale des plus articulées. Rares sont les vins de cette région, profitez-en ! (5) ★★★


Légende

(5) à boire d’ici cinq ans
(5+) se conserve plus de cinq ans
(10+) se conserve dix ans ou plus
© devrait séjourner en carafe
★ appréciation en cinq étoiles