Une brouette de bons blancs d’été!

Une dégustation à l’aveugle où les candidats passaient à la moulinette.
Photo: Jean Aubry Une dégustation à l’aveugle où les candidats passaient à la moulinette.

Une anecdote. J’étais à siroter un verre de chablis bien frais lorsqu’une bestiole au contact des lèvres s’interposa entre le vin et moi. Dans mon verre, un bébé mouche que je sauvai aussitôt du naufrage avec mon petit doigt. C’est que le diptère avait du goût ! Je l’examinai attentivement faire sa toilette à même mon auriculaire suspendu en l’air, lustrant, avec cette mimique si particulière, ses antennes, tête, ailes et pattes arrière.

Pourquoi s’affranchir si rapidement du délicieux Chablis « La Sereine » 2017 de la cave La Chablisienne (23,45 $ – 565598 – (5) ★★★ ©)dans lequel une erreur de pilotage lui avait détrempé l’orgueil ? Elle décolla, me laissant de mon côté savourer le fruité net de ce chardonnay de belle densité, tout juste tendu, léger, bien frais, d’une jolie portée de bouche. On aurait cru entendre une mouche voler. C’est qu’il y avait de la vie, dans ce chablis !

Je faisais mouche cette semaine avec quelques blancs triés au hasard et dégustés au hasard. Une dégustation à l’aveugle donc où les candidats passaient à la moulinette. Car déguster à l’aveugle est délicat. Le couperet de la guillotine est rapide et tranchant. C’est bien pourquoi il m’apparaît important de relativiser sur le plan de la notation, sachant que la tendance est de noter bas.

(5) ★★★

De Wetshof Limestone Hill Robertson 2019, Afrique du Sud (15,90 $ – 12862564). Un chardonnay de belle densité marqué par son terroir. À ce prix, ne pas hésiter !

Bergdolt-Reif & Nett Glaube-Liebe-Hoffnung Riesling Trocken 2018, Allemagne (19,00 $ – 14199962). Ça sent et ça goûte le silex, avec vivacité et salinité. Superbe.

Mullineux Kloof Street Swartland 2019, Afrique du Sud (22,10 $ – 12889409). Discret mais bien ancré au terroir, ce chenin déborde de caractère avec sa touche citronnée profonde.

Chablis 2018, Domaine Daniel Dampt & Fils, France (28,80 $ – 13134711). Fermé comme une huître dont il évoque le goût de coquillage, un « charblis » bien droit, dense, un rien austère. Classique !

(5) ★★1/2

Chardonnay 2018, Otazu Ozu, Navarre, Espagne (14,95 $ – 14321913). Forte personnalité doublée de texture et de relief. Beaux amers de cédrat confit en finale.

Roditis 2019, Tetramythos, Grèce (15,80 $ – 12484575). Une pointe de CO2 avive ici l’ensemble avec un goût juteux de rhubarbe à la clé. Original !

Basa 2019, Thelmo Rodrigez, Espagne (16,90 $ – 10264018). Un verdejo que j’ai confondu avec le petit manseng, pour sa vivacité et ce côté pâte de coing. Toujours aussi bon !

Cruet Vieille Vigne 2018, Domaine de L’Idylle, France (17,70 $ – 855171). Plutôt fin que ce cépage jacquère, léger et peu acide, arrondi en bouche par un joli goût de pêche.

Grüner-Veltliner 2019, Meinklang, Autriche (18,85 $ – 13631071). L’été sans grüner ? Nenni ! Fraîcheur et rebondissement fruité, simple sans doute, mais pourvu d’une salinité qui tranche avec bonheur.

Riesling 2019, La Cantina, Vallée d’Oka, Québec (Épiceries fines et vignoble – 20.83$ plus taxes). Rigueur et franchise, avec ici une touche d’exotisme (ananas), vivacité, sapidité et finale citronnée ascendante.

La Sœur Cadette 2018, Bourgogne, France (24,75 $ – 11460660). Étonnant goût de sève d’érable (!) qui relève à mon avis du terroir. Ensemble harmonieux au goût de fruits jaunes avec finale délicatement vanillée. Un bon verre de Bourgogne.

(5) ★★

Côté 2018, Domaine du Tariquet, France ($16.95 – 561316). Tout y est mais demeure tout de même convenu, sans surprise, un rien banalisé par les levures. Une pointe de fraîcheur supplémentaire aurait été la bienvenue.

Pas noté

Bourgogne Aligoté 2018, Naudin Ferrand, Bourgogne, France (23,50 $ – 11589703). Derrière la belle robe or brillante, un nez rédhibitoire évoquant la mèche soufrée. Bouche stricte, mince, dénuée de charme. À revoir.

 

À grappiller pendant qu’il en reste!

Tète Blanche, Les Tètes, Vin de France (18,20 $ — 14019790). J’étais bien embêté lors de la dégustation à l’aveugle. Ça sentait bon, mais quoi ? Déjà que c’était net, avec de belles notes florales et citronnées. De quoi être comblé. Mais toujours embêté. C’est que les comparses Nicolas, Baptiste, Philippe et Vivien laissent libre cours à leur imagination avec cet assemblage de chenin blanc, de sauvignon blanc et… de roussanne. La clé était trouvée. Ce bio léger enchante sans se prendre la tête. C’est déjà ça. (5) ★★★

Mâcon-Lugny Blanc « Les Genevièvres » 2017, Louis Latour, Bourgogne, France (20,95 $ — 12759989). Que du bonbon que ce fruité de pêche vanillée qui vous enrobe et vous colle au firmament du beau goût. Il compense peut-être son manque de profondeur par son approche élégante et stylée mais il demeure, à ce prix, une référence à boire bon. C’est sec, ample, peu acide mais relevé sur la finale moyenne de notes citronnées qui sont ici fort bienvenues. (5) ★★★ ©

Domaine La Croix Montjoie « La Voluptueuse » 2017, Bourgogne Vézelay, France (30,75 $ — 12371239) : Ce blanc sec élevé princièrement offre cette sapidité typique des blancs chablisiens avec cette espèce de lyrisme et de libertinage à la clé qui lui insuffle des lendemains forts festifs. Et puis ce charme, déjà opérant au nez avec sa touche vanillée beurrée et en bouche sa finesse de texture où citron et poire mûre font bon ménage. Une belle bouteille à écluser gentiment sur une volaille. (5 +) ★★★1 / 2 ©

Graacher Immelreich Riesling Kabinett 2018, Willi Schaefer, Mosel, Allemagne (42,50 $ — 14220637). Vertigineux ! L’impression d’être situé à la fois vingt mille lieues sous les mers et à deux doigts de la stratosphère tant l’amplitude liée au vertige souffle et aspire, tel un immense trou noir dont on ignore l’abyssale profondeur. Nous sommes ici aux confins du fin et au début du Big Bang. Jet de lumière premier à vous griller la rétine par son intensité et froideur d’un cosmos aux silences assourdissants. À ce niveau de lecture, vous pourriez me signifier que je délire. Sans doute. Mais la magie opère, celle d’un riesling suintant tout le minéral de son terroir pour mieux l’essorer sous une dynamique sucrée acide à vous faire ciller les yeux tant l’harmonie s’impose d’office. Une magie que seuls les grands terroirs allemands peuvent suggérer au grand riesling. Là, où il est le maître incontestable. Avec cette maturité « kabinett », on a l’impression de pénétrer dans l’univers « spätlese » tant la liqueur brille souverainement. Race et longueur. (10 +) ★★★★1 / 2 ©


Légende

(5) à boire d’ici cinq ans
(5+) se conserve plus de cinq ans
(10+) se conserve dix ans ou plus
© devrait séjourner en carafe
★ appréciation en cinq étoiles