Transmettre la passion au vignoble Sainte-Pétronille

Véronique Leduc Collaboration spéciale
Nathalie Lane et sa fille Gabrielle
Photo: Maude Chauvin Nathalie Lane et sa fille Gabrielle

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Si les vins québécois sont de plus en plus demandés et appréciés, certains vignerons avaient misé gros en se lançant dans la production à une époque où la réputation des vins d’ici était encore à faire. C’est le cas de Nathalie Lane et de Louis Denault, qui ont traversé il y a 16 ans le pont vers l’île d’Orléans pour rejoindre le vignoble qui allait changer leur vie.

« Louis avait toujours dit : “À 40 ans, je vais faire autre chose” », raconte Nathalie. Il était entrepreneur en génie civil. Elle, comptable. Le couple de Lanaudière était, au début des années 2000, à la croisée des chemins sur le plan professionnel.

Pendant un séjour de camping en famille, Nathalie et Louis se souviennent avoir entendu parler, quelques mois plus tôt, d’un vignoble à vendre sur l’île d’Orléans. Comme ils sont dans le coin, ils décident d’aller y jeter un œil. « De l’entrée, en apercevant le vignoble qui descend vers le fleuve, la mâchoire nous a décroché tellement c’était beau ! » se souvient Nathalie. Assez pour descendre de la voiture et goûter aux vins qui y étaient produits.

Ils reprennent la route et se demandent s’ils aimeraient faire du vin. « Ce n’était pas dans les plans, précise Nathalie. Si tu m’avais dit qu’un jour, j’allais avoir un vignoble à l’île d’Orléans, je ne t’aurais jamais crue ! »

Après une visite officielle en tant qu’acheteurs potentiels pendant les vendanges, une offre est placée… et acceptée. Au printemps 2004, le couple, avec ses trois jeunes enfants, déménage dans la maison du domaine et entame une nouvelle vie.

« Cet été-là, on a chacun perdu 15 livres ! Tout était tellement inconnu… » Nathalie voit leur aventure comme l’apprentissage de trois nouveaux métiers : agriculteur, transformateur et expert de la mise en marché. Et c’est l’agriculture qui a été le plus difficile. Le couple a dû lire et s’allier à un agronome pour comprendre le climat et le sol du vignoble.

Mais grâce à ses apprentissages, le couple a réussi son pari : il est passé de 10 000 bouteilles de production annuelle lors de l’achat à près de 60 000 aujourd’hui. Et de « deux employés qu’on était, Louis et moi, dans la vieille grange sans eau ni chauffage » à cinq travailleurs étrangers engagés pour les vendanges, en plus des sept employés nécessaires pendant la haute saison derrière le vaste comptoir de dégustation ajouté en 2006.

À cause de la crise actuelle, ce comptoir est pour le moment transformé en simple boutique. Pour pallier l’annulation temporaire des dégustations, le vignoble s’est lancé dans la vente en ligne et fait davantage affaire avec la SAQ et les épiceries fines.

Une histoire de famille

Il y a maintenant aussi Gabrielle et Charles, deux des trois enfants du couple, au début de la vingtaine, qui apprennent à gérer le vignoble de 11 hectares. « Quand on a déménagé ici, je suivais ma mère partout et je l’aidais avec les clients. D’année en année, j’ai eu plus de responsabilités », raconte la jeune femme de 24 ans qui a étudié en marketing et qui a suivi des cours de sommellerie. Après être allée voir ailleurs, elle s’est vite rendu compte que le vignoble, au fond, c’était sa maison.

« On a un bijou entre les mains, renchérit Nathalie, et c’est beau de voir que nos enfants souhaitent prendre la relève. »

Depuis 10 ans, le restaurant Panache Mobile, installé sur le vignoble en partenariat avec l’Auberge Saint-Antoine, de Québec, offre aussi une belle vitrine aux vins de Ste-Pétronille. Dans un des rares endroits de la province jumelant viticulture etrestauration, les clients peuvent déguster une bouteille avec un repas sur la terrasse, qui offre une vue époustouflante. Pour la saison à venir, on attend encore les directives pour savoir quand le restaurant pourra ouvrir et quelles seront les mesures à adopter.

Un intérêt grandissant

Gabrielle remarque un intérêt en explosion depuis les dernières années pour les vins d’ici. Et même la crise actuelle a son effet : « Les gens, plus que jamais, veulent consommer local et ça s’applique aussi aux vins. J’ai rencontré plusieurs clients dernièrement qui se donnent comme défi de boire local tout l’été ! »

Dans quelques années, cette réputation des vins de Ste-Pétronille, ce sera à Gabrielle et à Charles de la préserver. Même si leurs parents ne se voient jamais bien loin du domaine. Parce que, s’ils ont traversé le pont qui mène à l’île d’Orléans une fois, ils n’ont pas l’intention de le reprendre dans l’autre direction.

Pour découvrir les produits du vignoble

Pinot gris

Un vin minéral et élégant offert à bon prix. Parfait pour l’apéritif ou en accompagnement de fruits de mer. 20,90 $

Eau-de-vie de marc de raisin

Produite depuis l’été 2019, cette eau-de-vie est la dernière nouveauté de Ste-Pétronille. Elle est élaborée selon la même méthode que la grappa en Italie et est issue de la distillation du marc de raisin. À boire telle quelle ou à ajouter aux cocktails. 28,70 $