Déserter pour mieux revenir au vin

Par l’entremise d’ateliers thématiques Asma Ben Tanfous décomplexifie le lexique du vin et présente des vignerons, sommeliers, importateurs et autres acteurs influents.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Par l’entremise d’ateliers thématiques Asma Ben Tanfous décomplexifie le lexique du vin et présente des vignerons, sommeliers, importateurs et autres acteurs influents.

Comme tant d’autres, la jeune femme d’affaires Asma Ben Tanfous a dû réviser son calendrier d’activités et l’ensemble de son offre en mars dernier. Sa petite entreprise, Déserteur, a vu le jour en septembre 2018, peu de temps après que la jeune trentenaire eut quitté le monde des chiffres et des statistiques dans lequel elle travaillait depuis huit ans. Elle œuvre maintenant à titre de consultante en vin auprès de quelques restaurants montréalais, en plus d’organiser des activités pour les entreprises. Deux secteurs gravement touchés par la crise sanitaire. Et qu’elle réinvente maintenant en ligne.

Le Déserteur, c’est d’abord et avant tout un club de vin réunissant une communauté de néophytes avec qui les trouvailles de la propriétaire sont partagées. Des produits vivants surtout, authentiques, faits par des artisans travaillant le plus naturellement possible, loin des sentiers battus. « Je préfère ne pas parler de vins nature, le terme est plutôt controversé dans le milieu. »

Par l’entremise d’ateliers thématiques (comme les vins autrichiens, les blancs de macération ou les cidres), elle décomplexe le lexique et présente les vignerons, sommeliers, importateurs et autres acteurs influents de ce mouvement. Les rassemblements ont lieu dans de petites entreprises locales, qu’Asma met en avant en profitant de leurs espaces créatifs. Les rencontres inspirantes et les échanges passionnés sont au cœur de toutes les activités du club.

C’est d’ailleurs pourquoi l’idée de transposer ces événements hebdomadaires sur une plateforme virtuelle ne s’est pas imposée d’elle-même. « J’ai pris, comme plusieurs, quelques jours à m’inquiéter du sort de mon entreprise tout en me questionnant sur la pertinence de se divertir en de pareils temps », souligne la jeune femme. Malgré les contraintes que force le confinement, sa fibre entrepreneuriale prend rapidement le dessus. Elle y voit l’occasion de poursuivre sa mission, mais autrement.

Comme un grand nombre de restaurateurs et d’importateurs sont durement touchés par la crise, elle décide de les mettre à contribution. Pour participer aux ateliers en ligne, il suffit de commander le combo de la semaine — plats et vins en accord — sur le site du Déserteur. Le tout est ensuite livré à la porte le jour de l’événement. Ne reste plus qu’à se connecter via un lien envoyé par courriel à l’heure convenue pour vivre une expérience qui se rapproche de celle en salle à manger… exception faite de l’écran et du sommelier assis à votre grande tablée.

Les groupes sont limités à une vingtaine de personnes. Il est important que les participants se sentent à l’aise d’apprendre à leur rythme et de poser leurs questions librement, sans avoir peur d’être jugés. Bien que peuplé d’êtres passionnés, le milieu du vin peut parfois être intimidant pour les nouveaux venus, ce dont Asma est bien consciente, étant elle-même passée par là.

C’est lorsqu’elle travaille encore dans le monde de l’actuariat qu’elle découvre l’univers dynamique des vins non conventionnels. Elle cherche à assouvir sa soif d’apprendre en commandant directement auprès des importateurs et en se frayant un chemin dans les salons de vins, trop souvent réservés aux professionnels de l’industrie. « Il y a une limite aux nombres de questions que tu peux poser à un sommelier en une seule soirée au restaurant », confie-t-elle en riant. À la suite d’un surmenage professionnel, elle remet son style de vie en question et cherche à prendre sa place dans le milieu, qu’elle affectionne mais qu’elle souhaite plus inclusif.

Il est évident que le Déserteur n’entre pas dans la catégorie des services essentiels, mais il continue de faire œuvre utile en ces temps incertains. Une partie des profits est versée au fonds de secours aux travailleurs de la restauration et à l’organisme Humain avant tout, qui vise à parler sans tabous de la maladie mentale.

Il arrive que des idées géniales émergent de la noirceur. Comme le disait Sénèque, « la vie, ce n’est pas d’attendre que l’orage passe, c’est d’apprendre à danser sous la pluie ».

Fiesta mexicaine pour confinés

La Capital Tacos, populaire petite taqueria située dans le quartier chinois, fait voyager nos papilles depuis maintenant cinq ans. En plus de son menu classique de tacos et de quesadillas à la carte, l’établissement offrait déjà une formule traiteur pour entreprises, qu’il a désormais troquée contre une formule plus familiale. Les décadentes croustilles de maïs maison, accompagnées de frijoles refritos (purée de haricots noirs), ont été englouties le temps de déballer le reste du festin. Il aurait été possible d’accompagner les délicieux tacos de boeuf ribeye grillé avec sauce jalapeño d’une rafraîchissante michelada si on l’avait souhaité. Depuis le début de la crise, le propriétaire Geoffrey Moreau privilégie une petite sélection de bières des Brasseurs Matera afin d’encourager l’achat local. Du jeudi au dimanche de 16 h à 23 h, commande par téléphone et cueillette sur place.