Incontournable nebbiolo

Barolo: Pavarotti joue ici les grandes orgues.
Photo: Jean Aubry Barolo: Pavarotti joue ici les grandes orgues.

Il est fait mention de nebbiolo (nibiol) dès la fin du XIIIe siècle (plus précisément l’an 1268, selon les auteurs de Wine Grapes, Robinson, Harding et Vouillamoz) comme étant le cépage à la fois le plus ancien et le plus planté dans le Piémont italien. Tout indique que ce grand seigneur, à l’image du pinot noir, dont il partage la noblesse de style, est hautement prisé par les amateurs qui, plus de 750 ans plus tard, lui vouent toujours un culte absolu. Encore faut-il en connaître les codes afin d’en mesurer l’essence au-delà de sa si singulière prestance. Trois chroniques entières ne suffiraient pas ici à esquisser ne serait-ce que les contours du personnage.

Ce que les Amis du vin du Devoir se sont tout de même efforcés de clarifier cette semaine avec la dégustation de huit nebbiolos pas piqués des hannetons. Que retenir ici ? Que le cépage est capricieux. Il débourre tôt et mûrit tardivement, et adore les sols argilo-calcaires sur la rive droite du Tanaro, surtout en appellation Barolo et Barbaresco.

Là, ce Pavarotti joue les grandes orgues. Tout au nord-est, du côté de Sondrio, dans la Valteline lombarde, ce même nebbiolo (appelé localement chiavennasca) s’offre une musicalité toute mozartienne qui le rapproche des meilleurs crus de la côte chalonnaise bourguignonne. Hors de ces zones (incluant les collines de Vercelli et de Novara dans le Haut Piémont, où il porte le nom de spanna), il semble perdre en lustre et en finesse.

Le personnage est de la trempe de l’équilibriste. Les meilleurs lieux-dits exposés sud-sud-ouest permettent à ses tanins abondants mais fins de déjouer son acidité naturelle en lui offrant tour à tour souplesse et tension, avec une mâche inimitable sur le plan texture.

Rose plus ou moins fanée, violette, fraise des champs, goudron, gelée de cerise, réglisse et bien évidemment truffe blanche (avec l’évolution) sont de l’ordre des flaveurs perçues. Enfin, lorsqu’il est issu des meilleurs climats, les décennies lui glissent dessus comme l’eau sur le dos d’un canard, canard dont les magrets aux cerises ne sont pas pour plomber l’atmosphère à table. Au contraire.

Nebbiolo d’Alba « Drago », Poderi Colla 2015 (25,90 $ – 10860346). Federica, Tino et Pietro reprennent les rênes de la maison familiale (1703) laissées récemment par le patriarche Bepe Colla. La suite est assurée. Avec cet esprit de tradition en mémoire. Ce nebbiolo en témoigne : robe dépouillée, arôme floral, tanins frais, fins, serrés, avec du coulant à la clé. (5) ★★★ Moyenne du groupe (MdG) : ★★ 1/2

Nebbiolo « Perbacco » 2010, Castiglione Falleto, Vietti (31,75 $ – 13903073). Un vin de ma cave (le 2016, disponible, est très recommandable) témoignant de la longévité de ce vin qui a encore de beaux jours devant lui. À ce prix, l’esprit d’un barolo ! Étoffe, somptuosité, profondeur. (5) © ★★★★ MdG : ★★★ 1/2

Stella Stella Retica 2015, Arpepe, Valtellina Superiore (57 $ – 13587832). Un bio léger en couleur, lumineux et cristallin, lyrique, détaillé et délicat, aux notes de fougère, de sarriette et de fraise des champs. On entend d’ici Julie Andrews dans La mélodie du bonheur ! (5+) © ★★★ 1/2 MdG : ★★★ 1/2

Nebbiolo Costa Bassa 2016, Sandro Fay, Valtellina Superiore (37,25 $ – 14238685). Moins exalté que le précédent, plus intériorisé, avec ses nuances de cerises mûres, ses tanins en relief, sa profondeur minérale. (5+) ★★★ 1/2 MdG : ★★★

Valmaggiore 2017, Luciano Sandrone, Roero (44,75 $ – 14337000). Caractère, précision, clarté, sève et vigueur. Un esprit masculin qui s’assume avec discernement. (10+) © ★★★★ MdG : ★★★ 1/2

Barbaresco 2015, Produttori del Barbaresco (46,85 $ – 12558909). Un classique, mieux, un bijou d’équilibre. Tout y est. À la fois gracieux, aérien et d’excellente tenue. Le 2016 vaut aussi le détour ! (5+) © ★★★ 1/2 MdG : ★★★★

Barbaresco Tenuta Roncaglie 2015, Poderi Colla (47,50 $ – 11100120). La sève est royale et l’ensemble homogène, racé, de belle longueur. (10+) © ★★★ 1/2 MdG : ★★★ 1/2

Barolo Bussia Dardi Le Rose 2013, Poderi Colla (58 $ – 14355291). Ce grand nebbiolo ratisse large tout en concentrant l’essentiel de ce grand terroir. Robe profonde et arôme compact, sérieux sans toutefois être austère, avec un fruité dense, impérial sur le plan texture. Très longue finale aux notes de réglisse, de cendre et de goudron. (10+) © ★★★★ MdG : ★★★ 1/2 

À grappiller pendant qu’il en reste!

Vurria 2016, Nerello Mascalese, Di Giovanna, Sicile, Italie (20,25 $ – 11577366) Ce grand cépage sicilien se drape ici sous la fibre de tanins qui sans cesse s’étoffent et s’épaississent en raison d’un fruité réglissé aux accents de tabac frais. L’ensemble a du corps, est soutenu de fraîcheur tout en mettant l’accent sur un grain fruité généreux qui en assure le relief et la longueur en bouche. Une viande sauvage braisée lui conviendrait sans hésitation. (5 +) ★★★ ©

Lirac 2015, Domaine du Clos de Sixte, Alain Jaume, Rhône, France (27,10 $ – 10919070) Le châteauneuf-du-pape du pauvre ? Disons que votre palais aura l’impression de s’enrichir sans pour autant perdre au change. Un solide vin rouge bio encore d’une étonnante jeunesse, bien coloré et passablement charpenté en raison d’une structure tannique bien maillée, de grande fraîcheur. La dominante grenache parle fruit, alors que ses collègues syrah et mourvèdre en rajoutent avec des tonalités plus épicées et réglissées. Fine méridionale longue et affirmée. (10 +) ★★★ 1/2 ©

Natoma Sauvignon Blanc 2014, Easton, Sierra Foothills, États-Unis (27,40 $ – 882571) Voilà un sauvignon blanc sec déroutant avec sa pointe d’évolution évoquant les huiles essentielles de citron confit doublé d’une touche plus exotique de gâteau aux ananas et de miel. Il y a du volume, mais surtout une texture lisse et moelleuse ainsi qu’une finale de belle ampleur au goût de vanille fine. Servir bien frais sur un poisson en sauce ou quelques crevettes sautées au curry. (5) ★★★ 1/2 ©

Terre Rouge « Noir » 2011, Sierra Foothills, États-Unis (44,25 $ – 866012) La référence avec les meilleurs vins du Rhône est indéniable ici. On réalise de plus — et ça, c’est une nouvelle édifiante — que huit ans de bouteille lui ont permis non seulement de moduler sa texture à l’infini, mais aussi de le détailler avec une complexité rare. L’ensemble respire librement, cumulant les nuances de laurier, de cuir, de réglisse et de pivoine fanée sur des tanins moelleux, sapides, d’une appétence folle. Bref, servez-le à l’aveugle à votre beau-frère qui ne jure que par les gigondas et autres châteauneuf-du-pape et on s’en reparle ! (5) ★★★★ ©


Légende

(5) à boire d’ici cinq ans
(5+) se conserve plus de cinq ans
(10+) se conserve dix ans ou plus
© devrait séjourner en carafe
★ appréciation en cinq étoiles