Le mont Etna, bien plus qu’une carte postale!

Le petit port de Riposto, au pied de l’Etna, à l’est, en bordure de la mer Ionienne, voyait déjà partir 54,2% de toute la production sicilienne de vin en 1835.
Photo: Getty Images Le petit port de Riposto, au pied de l’Etna, à l’est, en bordure de la mer Ionienne, voyait déjà partir 54,2% de toute la production sicilienne de vin en 1835.

Le petit port de Riposto, au pied de l’Etna, à l’est, en bordure de la mer Ionienne, voyait déjà partir 54,2 % de toute la production sicilienne de vin en 1835. Du vrac composé de rouges atramentaires capables de voyager en mer (et même, dit-on, de se bonifier) destiné au continent, à la France et aux Amériques, toujours preneurs en vins médecins améliorateurs.

Des quelque 25 000 hectares plantés autour de l’Etna en 1848, il n’en restait plus, comme nous l’avons cité dans la dernière chronique, que 3500 au tournant du millénaire. Cette réduction radicale n’est pas sans inquiéter l’œnologue Salvo Foti, qui met en relief plusieurs facteurs contribuant au déclin : rendement à l’hectare trop faible, manque de main-d’œuvre qualifiée au vignoble et coût de production plus élevé que dans le reste de l’île.

Ajoutez des subsides de l’Union européenne consacrés à l’arrachage de vieux vignobles (avec comme corollaire la disparition du patrimoine bâti, ces fameux palmenti), la plantation de cépages exogènes (chardonnay, cabernet, etc.) et la mécanisation au bulldozer pour niveler le tout (e basta ! Les custeri de pierres sèches faisant office de terrasses), en favorisant une production plus intensive, et vous avez là tous les ingrédients d’une mondialisation désincarnée en matière de territoire. Une situation dont font d’ailleurs les frais d’autres régions viticoles à la mode propices aux investisseurs de tout acabit.

Une démarche qualitative à la hausse

Comme le mentionnait la revue française LeRouge & LeBlanc dans son 135e numéro (dont je vous recommande l’abonnement en raison de la pertinence et de l’intégrité des propos diffusés), une nouvelle génération « d’estrangers du dehors » s’affaire depuis 2000 à remettre en lumière le meilleur des terroirs, qu’ils soient sur les versants nord, est ou sud du célèbre cratère. Les noms de Marco de Grazia (Terre Nere), d’Andrea Franchetti (Passopisciaro), de Michel Faro (Pietradolce), d’Anna Martens et d’Éric Narioo (Vino di Anna), ou encore de la star belge Franck Cornelissen sont déjà connus des amateurs. Avec raison d’ailleurs.

Ces vignerons « importés » doivent toutefois s’ajuster aux observations qui, depuis 2003, concernent les réchauffements climatiques. Chutes de neige nettement moins abondantes avec températures plus élevées ; étés plus courts avec fortes précipitations et humidité à la hausse, surtout en période critique septembre-octobre… Bref, cette nouvelle génération trace déjà le profil des vins de demain, avec plus d’une centaine d’hectares plantés chaque année à l’intérieur de contrade qui se justifient désormais plus sur le plan qualitatif que sur le plan administratif.

L’implantation de ces nouvelles maisons se concentre le plus souvent sur le versant nord de l’Etna, entre la commune de Randazzo, de Linguaglosa, de Castiglione di Sicilia, de Piedimonte Etneo avec débordement à l’est (l’historique Campos Aetneus), où le cépage carricante fait mouche autour de Milo. Grand potentiel qualitatif donc au nord pour les rouges avec parfois de vieilles vignes de nerello mascalese et de grenache (apporté par les Espagnols au XVe siècle) et à l’est, en pentes douces allant vers la mer, une mosaïque parcellaire qui, selon le célèbre œnologue Sante Cettolini, s’apparente à l’esprit des meilleurs climats bourguignons. Le grand nerello mascalese gagne d’ailleurs en profondeur et en complexité en bouteille, à l’image des meilleurs nebbiolos ou pinots noirs. Pour une fraction du prix. Du moins pour le moment.

À grappiller pendant qu’il en reste!

Novel 2017, Pacherenc du Vic-Bilh Sec, Sud-Ouest, France (21,20 $ – 13568594) Voilà un Pacherenc qui fait honneur à ses origines à la fois par son originalité et par cette truculence fruitée incomparable dont il fait état. C’est sec et particulièrement vigoureux, avec une intensité florale et fruitée (citron Meyer) ascensionnelle et fort vivace. Finale nette, droite, de belle longueur. Poulet au citron, tagine, fromage de brebis seront ravis ! (5) ★★ 1/2

Château Laurou « Les Complices » 2016, Fronton, Sud-Ouest, France (21,60 $ – 13402324) Quand la négrette invite au bal la syrah, le tourbillon des festivités fruitées fuit dans tous les sens ! C’est qu’elles sont rieuses derrière leur robe cramoisie, avec ce croquant de cerise habilement soutenu par un tango sans cesse modulé. Bref, diablement charmeur tout en jouant cependant de profondeur. (5+) © ★★★ 1/2

Carmenère 2017, Aconcagua Alto, Errazuriz, Chili (22,95 $ – 14172321) Les camps comme les palais seront ici tranchés. Chacun tenant bon sa position. Trop végétal pour certains, intense et épicé pour d’autres. Quoi qu’il en soit, ce cépage récolté en altitude s’inscrit parfaitement dans son contexte en exaltant une singulière unicité. Robe noire et arômes verticaux, intenses et bien nets, jouant à la fois le végétal, le poivré et le fruité avec ses notes de cassis, mais c’est surtout en bouche qu’il assure avec brio. C’est ample, vivant, habilement charpenté sous ses tanins abondants qui glissent toutefois sous l’effet d’une saine sapidité. Le temps lui donnera raison en bouteille. (5+) © ★★★

Le Blanc sec de Suduiraut 2018, Sauternes, Bordeaux, France (29,55 $ – 14112759) La finesse et l’élégance colorent bien évidemment le paysage aromatique et gustatif de ce blanc sec où domine le sémillon. Une marque de commerce dont se targue cette région bordelaise fort habile à livrer une production encore trop peu fournie en vins blancs secs. Notes florales et doucement miellées, arrondies d’une sève substantielle peu acide, quoique bien intégrée. Un chouïa de profondeur ne lui ferait toutefois pas de tort. (5) © ★★★


Légende

(5) à boire d’ici cinq ans
(5+) se conserve plus de cinq ans
(10+) se conserve dix ans ou plus
© devrait séjourner en carafe
★ appréciation en cinq étoiles