Le domaine Cazes, un ambassadeur de taille en Roussillon

Le sympathique Lionel Lavail, amoureux de son coin de pays
Photo: Lesley Chesterman Le sympathique Lionel Lavail, amoureux de son coin de pays

En bordure de la grande bleue, vignes échevelées sous des cieux agités par un Éole monté à même le cheval des quatre vents, soleil à vous aveugler au-delà des nuits déjà pressées de renouveler l’aurore et, dans le verre, de grands vins de textures et de caractère, vins patients, en marge d’un temps révolu qui ne tient nullement à être revu et corrigé… Bienvenue en Roussillon !

Au pied de ces Pyrénées-Orientales qui regardent l’Espagne au sud, le roussillonnais a ce parfum de bout du monde dont on conserve jalousement le secret. Et ce, depuis 1659, lorsque les Catalans intégraient le territoire français. Il se passe quelque chose ici. Chaque fois que j’y mets les pieds, je suis fasciné par la rigueur et la majesté du paysage. Les vins n’en sont pas moins spectaculaires.

C’est dans ce contexte que la maison de Michel Cazes voyait le jour en 1895, au pied des contreforts des Corbières, dans la vallée de l’Agly. Une belle histoire de famille allait suivre. En 1927, Aimé, fils de Michel, convainc son père d’acheter le Mas Joffre (célèbre maréchal de la Première Guerre mondiale et précurseur du fameux « canon » devenu vin de soif par excellence). En 1955, André, fils d’Aimé, produit une première mise en bouteille.

Le domaine compte alors une soixantaine d’hectares. André et son frère Bernard se répartissent la tâche jusqu’à ce que le vignoble soit converti en agriculture biologique et biodynamique en 1997 (certifié en 2005), sous l’impulsion d’Emmanuel, fils de Bernard. Avec l’arrivée, en 2004, de Lionel Lavail à la direction de la maison Cazes, la propriété s’étend sur 220 hectares avec, côté mer, les fameux Clos de Paulilles d’une superficie de 90 hectares sur schistes, situés entre Collioure et Banyuls. Les vignobles bios du Domaine Cazes couvrant l’ensemble des terroirs du Roussillon sont aujourd’hui les plus vastes de France.

Les vins ? Secs ou doux, ils s’offrent une patine sur le plan de la texture, qui n’est pas étrangère aux différents logements vinaires utilisés, que ce soient des cuves béton ou des foudres. Ici, le vin respire. Il n’y a qu’à songer à la grandissime cuvée Aimé Cazes 1978 au rancio noble des plus fabuleux. (10+) ★★★★★. Côté rouges secs, principalement des GSM (grenache, syrah, mourvèdre), optez pour ce Cazes sans sulfites 2018 (23,05 $ – 13837512) (5) © ★★★, cette autre cuvée Marie-Gabrielle 2018 (18,65 $ – 851600) (5) ★★★ ou encore, cet Ego 2017 (23,50 $ – 13837555) (5+) © ★★★ aux tanins subtils, délicieusement moelleux.

Surtaxe de 25 % sur les vins français aux États-Unis

La surtaxe sur le vin français appliquée aux États-Unis nuira-t-elle aux vignerons de l’Hexagone ? Disons que les places sont chères chez l’Oncle Sam et qu’en ce sens, les viticulteurs qui y sont déjà installés ne veulent évidemment pas y être éjectés. C’est bien ce pour quoi des figures comme Michel Chapoutier, bien conscient des enjeux, préféreront absorber les pertes en tenant bon plutôt que de s’aventurer sur d’autres marchés. Chapoutier en a les moyens. Les grandes marques et les grands crus aussi, qu’ils soient de Bourgogne, de Bordeaux ou d’ailleurs. Mais les autres ?

À grappiller pendant qu’il en reste!

Blaufränkisch 2017, Weingut Weninger, Burgenland, Autriche (23,25 $ – 14221568)  Vous adorez le gamay et la mondeuse ? Vous serez alors emballé par ce blaufränkisch souple et volubile qui retient tout de même, en son coeur fruité, une subtile maille fraîche et tanique. Un rouge bio éclatant, fignolé pour donner soif. Le côté festif de l’Autriche à son summum ! (5) © ★★★

Chamodère 2017, Régnier, Domaine des Capréoles, Beaujolais, France (24,25 $ – 14332276)  Fils du pinot noir et du gouais blanc, le gamay noir à jus blanc s’offre en de multiples variations selon les terroirs de crus où il voit le jour. Ce 10e cru du beaujolais ne court pas les rues, même s’il m’était difficile de dire que celui de Cédric Lecareux est de Régnié-Durette. J’y arriverai bien un jour ! Il y a bien ici ce socle granitique qui tend les vins, de même que ce croquant épicé et largement fruité qui l’emporte aussi. Bref, ce rouge issu de l’agriculture biologique offre intégrité et crédibilité, ainsi que flaveurs élégantes, fraîches et de belle tenue. Je souligne que le beaujolais a de beaux jours devant lui, surtout avec des hommes comme ce vigneron impliqué et passionné. (5+) © ★★★ 1/2

Piano dei Daini Etna Bianco 2018, Tenute Bosco, Sicile, Italie (27,15 $ – 14234641)  Ce blanc sec bio où domine le carricante a de ces reflets fruités électrisants, au nez comme en bouche, bien que cette dernière l’emporte par la tension saline qui la dynamise et la porte longuement, en toute intégrité. Un petit bijou d’originalité, à servir sur les petites fritures avant de passer à autre chose. (5) ★★★ 1/2

Brol Grande Bardolino Classico 2016, Matilde Poggi, Vénétie, Italie (29,20 $ – 13740577)  C’est au coeur de l’appellation Bardolino, à l’est du lac de Garde et au sud des courants frais en provenance du Valdadige que Matilde Poggi met au monde, depuis 1984, ses corvina et rondinella. Parmi quelques lieux-dits, dont ce Brol Grande, à partir de fruits « infusés » par délestage (on vide la cuve pour mieux arroser ensuite le chapeau de marc), qui conservent une espèce de fragilité de parfums et de texture, laquelle rend le vin particulièrement digeste au final. L’ensemble est peu coloré, net et fragrant avec ces petites notes de fraises sauvages et de poivre évoquant ces crus de la côte chalonnaise bourguignonne après une petite dizaine d’années de bouteille. Longue finale relevée d’une délicieuse amertume. À des kilomètres des Bardolino commerciaux ! (5) © ★★★ 1/2


Légende

(5) à boire d’ici cinq ans
(5+) se conserve plus de cinq ans
(10+) se conserve dix ans ou plus
© devrait séjourner en carafe
★ appréciation en cinq étoiles