Buvez le monde!

Le «World Atlas of Wine»: un bouquin au style précis, diversifié, sans compter une cartographie inégalable sur le plan de la lisibilité
Photo: Jean Aubry Le «World Atlas of Wine»: un bouquin au style précis, diversifié, sans compter une cartographie inégalable sur le plan de la lisibilité

Je recevais cette semaine pour mon anniversaire le World Atlas of Wine des auteurs anglais Hugh Johnson et Jancis Robinson. Si j’étais vous, je m’inventerais illico un anniversaire pour plonger à votre tour dans ce magnifique ouvrage de référence qui, pour sa 8e édition, a été revu de fond en comble. Car le monde du vin bouge et il bouge vite !

Qui d’ailleurs aurait cru qu’en page 19, le Québec aurait droit de cité avec une photo du vignoble d’Yvan Quirion au Domaine St-Jacques ? Oui, Madame, Monsieur, nous sommes « sur la carte » ! Bon, on se calme. Un jour pas si lointain, avec le déplacement du curseur climatique, les vignobles d’ici auront droit à un chapitre entier dans cet atlas. Bref, il y a tout dans ce livre, dans un style précis, diversifié, sans compter une cartographie inégalable sur le plan de la lisibilité. Hautement recommandable ★★★★★

Bordeaux Rive Droite

Les Amis du vin du Devoir s’entichent du merlot...

La page 106 de la nouvelle édition du World Atlas of Wine nous invite à l’est de la Dordogne, où les paysages pastoraux et la lenteur de vivre sont aussi manifestes que la rondeur voluptueuse des merlots. Une ouverture sur une mosaïque de terroirs qui culmine, en appellation Saint-Émilion, sur ces fameux calcaires à astéries qui font la réputation des grands crus locaux ou encore singularisent le fameux Petrus sur son mamelon d’argile bleue. Désolé, pas de Petrus au programme, mais quelques beaux candidats malheureusement disponibles en quantités limitées. Pourquoi d’ailleurs ce manque flagrant à la SAQ de Fronsac et de Canon-Fronsac, deux appellations d’intérêt vendues à prix souvent très décents ? Quelques mots avec moyenne du groupe à la clé…

Fronsac. Clos du Roy 2016 (25 $ – 13461711). Un bel exemple de Fronsac. À la fois coloré, mais aussi fort séduisant en raison de ses notes de futailles toastées, de ses tanins mûrs et abondants, de sa finale florale et épicée. (5) © ★★★ Moyenne du groupe : ★★★

Pomerol. Château Petit Mayne 2014 (47 $ – 494005). Encore marqué par son élevage, ce cru se distingue déjà par la finesse de sa trame fine et soyeuse, et par l’expression fraîche et exotique de zeste d’orange. Élégance et longueur. (5+) © ★★★ 1/2 Moyenne du groupe : ★★★-★★★ 1/2

Côtes de Bourg. Le Clos du Notaire 2015 (24,30 $ – 13988185). Il y a belle lurette que j’avais dégusté ce classique. La présence des cabernets fait prendre de la hauteur au vin, tout en offrant une jolie sapidité malgré la trame bien construite. (5) © ★★★ Moyenne du groupe : ★★★ 1/2

Lalande de Pomerol. Château Garraud 2015 (31,10 $ – 978072). Ce n’est pas du pomerol, mais diable qu’il y a du vin ici ! Avec l’étoffe d’un cru bien né en filigrane. La maison ne ménage pas ses efforts d’ailleurs pour le hausser à son juste niveau. Couleur, ampleur, profondeur et harmonie impériale ici. À ce prix, trois flacons pour la cave ! (5+) © ★★★ 1/2 Moyenne du groupe : ★★★ 1/2

Cahors (pirate). Clos Triguedina 2016, Jean-Luc Baldès (29,95 $ – 746412). Les AVD ne se sont pas fait berner, mais ont aimé. Avec sa texture de « coton ouaté » et ses nuances de cacao, ce rouge entier cumulait les épaisseurs fruitées. (10+) © ★★★ 1/2 Moyenne du groupe : ★★★

Puisseguin Saint-Émilion. Château des Laurets 2015 (27,95 $ – 14070579). Le millésime 2015 offre décidément une source de plaisir gustatif insoutenable ! De l’éclat et de la précision dans le fruité ici avec un moelleux de tanins à vous épater la papille butineuse. Élevage princier et allonge manifeste. (5+) © ★★★ 1/2 Moyenne du groupe : ★★★ 1/2-★★★★

Saint-Émilion Grand Cru. Haut Roc Blanquant 2015 (59,75 $ – 14205921). Le meilleur pour la fin ? Je dégustais Bélair Monange 2010 (199 $) de l’écurie J. P. Moueix cette semaine avec un conseil : attendez-le encore au moins cinq ans ! Ce 3e vin, oui, 3e vin de ce 1er G.C.C. issu de jeunes vignes affiche tout de suite sa race et cette classe indéniable liée au sous-sol local. Texture, maturité, éclat et précision, tout y est, seulement peut-être un rien chauffant, en raison de la puissance de l’ensemble. (5+) © ★★★ 1/2 Moyenne du groupe : ★★★★

À grappiller pendant qu’il en reste!

Beaujolais « Les Marcellins » 2018, Christophe Pacalet, Bourgogne, France (17,75 $ – 14349051) Une fois de plus un gros merci à Christophe Pacalet de nous convier au coeur de l’hiver à revivre le festival savoureux et endiablé des petits fruits rouges d’été. Je le dis comme je le pense, car voilà, ce rouge léger et bien mûr, dynamique et d’une agilité de lièvre surpris au sortir du terrier « désoifferait » quiconque serait encore réticent à son contact. Un amour de vin, mieux, un geste d’amitié de Pacalet. (5) © ★★★

Domaine de la Guilloterie 2017, Saumur, Loire, France (17,95 $ – 12259984) Il n’y a guère plus régalant qu’un verre de cabernet franc partagé autour de rillettes d’oie (avec des microcornichons) et de quelques copains pour refaire le monde. Celui-ci sent bon le fruit avec ses quelques notes d’humus ; un rouge coulant et de corps moyen, animé d’une acidité bien intégrée. Une soif qui vous pend au bout du nez ! (5) ★★★

RR1 Riesling 2017, Stratus Vineyard, Niagara, Ontario, Canada (22,15 $ – 13183432)  15 grammes de sucre ? Ce blanc tient la route et conserve son équilibre en raison d’une acidité soutenue et d’une alcoométrie de circonstance (soit un peu plus que 10 % d’alcool par volume). Le tout demeure léger, vivace, avec des nuances marquées de pomme et de silex. (5) © ★★★

Carmel Road Pinot noir 2017, Monterey County, États-Unis (26,60 $ – 13921722) Ce pinot ne manque pas de culot en sachant s’imposer avec prestance et une puissance qui s’avère ici respectueuse des équilibres. Nuances aromatiques où les cerises au jus et les notes florales et fumées abondent avec, en bouche, un tracé fondu, lisse, à la sève longue et soutenue. Une cuvée qui a trouvé sur le canard entier matière à festivités. (5+) © ★★★ 1/2

Muratie 2016, Ansela van de Caab, Stellenbosch, Afrique du Sud (26,80 $ – 11305889) L’hiver au Québec et l’été en Afrique du Sud. C’est le cadeau ensoleillé que nous propose cette maison avec ce rouge d’envergure, large d’épaule, étoffé à souhait, avec cet assemblage de type bordelais où tout semble parfaitement intégré. C’est coloré, profond et corsé, avec déjà cette impression d’une évolution harmonieuse en bouteille en raison de ses notes de résine, de fumée, de boisé, de réglisse et de cassis. Un rouge de caractère bien vivant qui se contentera de viandes fumées ou de ragoût de castor (pour dépayser nos amis sud-africains !) (5+) ★★★ 1/2


Légende

(5) à boire d’ici cinq ans
(5+) se conserve plus de cinq ans
(10+) se conserve dix ans ou plus
© devrait séjourner en carafe
★ appréciation en cinq étoiles