Du beaujolais nouveau en l’honneur de Georges Duboeuf

Georges Dubœuf, grand négociant  en vins  du Beaujolais, pose le 12 juillet 2002 dans ses vignes de Romanèche-Thorens où il va créer un site  de vinification.
Pascal George archives Agence France-Presse Georges Dubœuf, grand négociant en vins du Beaujolais, pose le 12 juillet 2002 dans ses vignes de Romanèche-Thorens où il va créer un site de vinification.

Il faut rendre à César ce qui est à César. Je crains toutefois que certains pharisiens ou autres empêcheurs de tourner en rond hésiteront à rendre la monnaie de leur pièce à celui qui, en 1964, fondait la maison Les vins Georges Dubœuf à Romanèche-Thorins, en Beaujolais. Car il s’agit ici bien de Dubœuf, de Georges Dubœuf, décédé tout dernièrement du haut de ses 86 millésimes.

Je vous dis ça, car l’homme apparaîtra sans doute décalé pour certains. Avec cette image de beaujolais nouveaux dont il était le grand maître de cérémonie à partir des années 1980, chez lui, comme ici même au Québec. Or, si le célèbre vigneron-négociant-éleveur n’était pas nécessairement dans la mouvance actuelle pour ces vins bios, nature et orange qui excitent aujourd’hui la fibre d’une nouvelle génération de consommateurs, il apparaît tout de même qu’il faut rendre à Dubœuf ce qui est à Dubœuf. Ce qui tient à mon sens de la courtoisie la plus élémentaire.

Une locomotive

Je ne suis pas le seul à penser que l’homme était, à l’image de ces Alain Brumont, Yves Grassa, Miguel Torres, Robert Mondavi, Piero Antinori, Gérard Bertrand et autres Marcel Guigal, de la trempe de ces « émancipateurs » régionaux, véritables ambassadeurs, pour ne pas dire de ces puissantes locomotives qui posent les rails de la reconnaissance d’une production locale, avec une incidence réelle sur les marchés étrangers.

Quoi qu’on en dise, la maison, forte d’une production annuelle de plus de 30 millions de bouteilles, livre tout de même des vins de bon niveau, parfois d’excellent niveau avec, par exemple, ces vins de propriété aux volumes plus restreints. Que ce soit pour les beaujolais régionaux, villages ou crus, ou encore ces vins du Mâconnais, de Bourgogne ou du pays d’oc, le style est toujours reconnaissable et la qualité, constante, même si l’utilisation de levures aromatiques avait parfois tendance, à une certaine époque, à niveler le caractère des vins.

J’ai souvenir, par exemple, il y a une quinzaine d’années, d’une rencontre au domaine, en compagnie de mes collègues de La Presse et du Journal de Montréal, avec l’homme en question. Bien évidemment, une pléthore de vins dégustés en sa compagnie, mais surtout des regards croisés de journalistes passablement ébaubis quant à la remarquable performance de ces mêmes vins de propriété.

Or, il y a plus. Mes collègues et moi-même l’avons constaté ce jour-là. Georges Dubœuf avait non seulement du flair en affaires en dénichant ses fournisseurs-vignerons (plus de 300), il avait du nez pour réaliser ses assemblages, avec ou sans son fils Franck, à l’image de Marcel Guigal et de son fils Philippe. Discret, encore une fois à l’image des Guigal, il savait écouter en vous regardant de biais, évaluant du coup de quelle étoffe était fait l’interlocuteur qui venait lui rendre visite.

Dubœuf aimait le gamay — « son gamay chéri » — et pouvait vous en parler longuement. Issu d’une famille de vignerons plus de quatre fois centenaire, le célèbre négociant avait su intéresser très tôt la restauration étoilée — les frères Haeberlin et Troisgros, ainsi que les Paul, Bocuse et Blanc, pour ne nommer que ceux-là — en raison de la sincérité de son bagout et la conviction que le beaujolais, tout comme le Québec, n’était pas né pour un p’tit pain. Avec lui, un pan d’histoire, une manière de communiquer et de vendre le produit disparaissent.

Le beaujolais a la cote aujourd’hui. Et Georges Dubœuf n’est pas étranger à sa popularité. Bien sûr, une nouvelle génération s’active dans le sillon à mieux circonscrire les nombreux visages du gamay noir à jus blanc à l’intérieur des dix crus en les portant à des niveaux d’expression encore inconnus il y a six décennies de cela, lorsque Dubœuf s’engouffrait dans l’aventure, mais convenons que cet homme et sa famille ont tout de même marqué une époque pivot pour sa reconnaissance et son rayonnement. Je boirai pour ma part du primeur 2020 en novembre prochain en votre honneur, Monsieur Dubœuf !

À grappiller pendant qu’il en reste!

Vidal 2016, King’s Court, Ontario, Canada (14,95 $ – 14209796) Des notes citronnées et doucement miellées tracent le profil de ce blanc sec léger, avec toute la rondeur et toute la fraîcheur voulues. C’est simple, mais satisfaisant. (5) ★★ 1 / 2

Grand Veneur Réserve 2018, Alain Jaume, Côtes du Rhône, France (18,75 $ – 14205357) Les vins d’Alain Jaume brillent toujours par leur authenticité. Et ce blanc bio bien sec s’inscrit dans ce profil de continuité avec ici une dominante viognier de grande pureté d’expression, le tout doublé d’une sève fine, coulante et de belle longueur. Tout ce qu’il y a de recommandable ! (5) ★★★

Crémant de Bourgogne Réserve, Bailly Lapierre, Bourgogne, France (21 $ – 13858090)  Les « noirs » dominent ici avec du chardonnay et du gamay noir à jus blanc pour lui donner des ailes et l’élever plus encore. Mais c’est à son extraordinaire tonus que nous lui devons son enthousiasme, portant, avec la complicité des bulles abondantes, un fruité juste et de bon ton. Un crémant qui a du tranchant avec ce rien minéral, mais aussi un crémant qui a du crémeux. A fait un malheur sur les crevettes thaïes ! (5) ★★★

Fiano di Avelino 2017, Colli du Lapio, Campanie, Italie (32,75 $ – 14047281) Les amateurs de blancs secs finement aromatiques seront aux premières loges avec ce cépage fiano hors norme et aussi d’une autre époque, vinifié ici avec une incontestable maîtrise. La robe or vert pâle s’invite sur des parfums d’amande et de fleurs blanches avant de se saisir du palais avec une jolie fraîcheur d’agrumes, une texture fine et délicate que viennent épauler derrière de jouissives nuances minérales de terroir. Longue finale, libre et disciplinée à la fois. Un bijou à découvrir ! (5+) © ★★★★

Piaggia Riserva 2015, Mauro Vannucci, Carmignano, Toscane, Italie (58,25 $ – 13798656) Cette cuvée ambitieuse mérite tout de même que l’on prenne le temps de la savourer, à son rythme, par petites gorgées, sur une côte de veau grillée forestière, par exemple. Nous avons là une sève des grands jours, à la fois riche, ample et soutenue, confortée par des tanins presque gras, parfaitement intégrés aux notes d’élevage, ici magnifiquement intégrées. Ce rouge a du corps, peu d’acidité, de la puissance, ainsi qu’une élégance et une longueur en bouche qui le résument à merveille. Pas donné, mais une fois n’est pas coutume ! (5+) © ★★★★


Légende

(5) à boire d’ici cinq ans
(5+) se conserve plus de cinq ans
(10+) se conserve dix ans ou plus
© devrait séjourner en carafe
★ appréciation en cinq étoiles