Alain Brumont, laboureur en son pays

Laurence et Alain Brumont: une équipe qui s'épaule mutuellement
Photo: Jean Aubry Laurence et Alain Brumont: une équipe qui s'épaule mutuellement

Ces « nature » et autres bios cités dans la chronique du 8 novembre ont fait jaser. Des pour, des contre, des « m’en fout » et des « pourquoi pas ». Comme il faudra reconnaître un jour que l’intérêt pour l’environnement n’est tout de même pas un truc banal, pour ne pas dire électoral, maintenons ouvert le sillon pour y semer à nouveau quelques graines. « Ça ne mange pas de pain » après tout, comme le veut l’expression du XVIIe siècle.

Il y a un peu plus de 10 ans maintenant (2008), le Grenelle de l’Environnement français mettait la charrue en parallèle avec les bœufs en proposant des pistes de réflexion susceptibles de tracer les sillons d’une agriculture durable en accompagnant les exploitations en vue d’une certification à Haute Valeur environnementale. Les Vignerons indépendants, pionniers de la démarche, obtiennent en 2015 du ministre de l’Agriculture le lancement d’un logo, signe distinctif porté par les produits issus d’exploitations certifiées (source : Association HVE Développement).

Le cahier des charges se fait ici sur trois niveaux, à savoir : 1. le respect des pratiques essentielles de la réglementation environnementale ; 2. l’adoption de pratiques techniques à faible impact environnemental ; 3. le niveau d’excellence du dispositif pour les exploitations présentant un haut niveau de biodiversité et un très faible recours aux intrants.

Ce troisième niveau semblant correspondre en tous points à cet effet domino qui veut que le moindre petit détail en amont ait des répercussions sur ce qu’il advient en aval. Comme le disait le philosophe présocratique grec Anaxagore il y a 2500 ans et repris par le sympathique Raôul Duguay il y a près de 50 ans, ici au Québec : « Tôuttt est dans tôuttt. » Leurs sagesses séculaires suivant en ce sens le filon adopté par plusieurs paysans-vignerons dont fait partie, bien sûr, l’infatigable Alain Brumont.

L’homme a-t-il besoin de présentation ? À 73 balais, Alain Brumont ne met pas seulement la charrue avant les bœufs, il EST à la fois la charrue ET les bœufs ! Tous ceux qui se sont frottés à la dynamique de son vortex en sortent décoiffés, pour ne pas dire déstabilisés. Ce couche-tard-lève-tôt multiplie les projets dans son Madiran chéri depuis que son père l’assignait très tôt à 17 ans aux mille et une besognes du domaine.

Au début de la trentaine, il prend les rênes du Château Bouscassé (1979) avant d’acheter l’année suivante Château Montus dont la réputation, chez lui en France, mais surtout hors frontières (la Chine lui déroule aujourd’hui un tapis vermillon à la hauteur de la robe profonde du Montus en question), provoque les petites jalousies d’usage parmi les voisins girondins du haut de leurs crus classés.

En favorisant une production locale (porc noir de Bigorre, poule Gascogne, truffes, caviar Prunier, etc.) et une biodiversité (vignobles cernés par la forêt), Brumont s’inscrit dans une démarche aussi cohérente que pérenne, à Haute Valeur Environnementale. Il faut d’ailleurs l’entendre discourir sur le soufre, la pyréthrine si chère aux adeptes du bio, des vendanges en vert et autres labours de chevaux (tassement des sols sous l’impact des sabots) pour saisir où il en est à l’aube du millésime 2020 tant ses remises en question sont monnaie courante.

Ses vins ? Parfaitement maîtrisés ! Du simple Torus Rouge 2015 (17,05 $ – 466656) (5) ★★ 1/2, à base des jeunes vignes, souple et de corps moyen, d’un éclat fruité manifeste, au top Château Montus Cuvée Prestige 2009 (78 $ – 12215914 – I.P. à venir : ylauzon@markanthony.com) (5+) © ★★★★ 1/2 , somptueux à souhait en passant par son Tour Bouscassé 2011 (18,05 $ – 12284303) (5) ★★★ et Château Bouscassé 2015, Madiran (20,10 $ – 856575) (5+) © ★★★, tout est ici réglé pour régaler. À prix d’ami.

La semaine prochaine : goûtons aux changements climatiques !

À grappiller pendant qu’il en reste!

Oveja Blanca 2016, Dry Muscat, Bodegas y Vinedos Fontana, Espagne (16,60 $ – 13802942) Le muscat à petits grains est un coquin. Certains diront un petit sacripant. Comment y résister ? Voilà la question qui en soulève une autre : avec quoi l’accompagner ? Cevice au lait de coco ? Crevettes sautées au curry ? Sauté de porc aux épices ? À peine une touche de sucre résiduel accompagne ici un fruité intègre, précis, d’un éclat incomparable. Pour le reste, savourez-le bien frais, sur des chips… au sel de mer et vinaigre ! (5) ★★ 1/2

Il Gotto di Gottifredo 2016, Daniele Campi, Toscane, Italie (18 $ – 1408339) Voilà un sangiovese prêt à boire et vendu à bon prix qui sera à la hauteur d’une pasta al ragù. Un rouge plutôt puissant, aux tanins frais, légèrement en relief en raison d’une pointe d’astringence et à la finale épicée. Un style un rien vieillot qui a son charme. (5) ★★ 1/2

Manciat-Poncet, Crémant de Bourgogne, Bourgogne, France (24,95 $ – 14209614) Voici un candidat qui saura se tenir à table, de l’apéritif jusqu’aux fromages, mais en excluant le dessert. Le fruité y est de belle densité derrière son chapelet de bulles incessant, sa vigueur heureuse et sa finale soutenue. Un mousseux de bon niveau. (5) ★★★

Campo del Guardiano Orvieto 2016, Palazzone, Ombrie, Italie (33 $ – 14210519) L’Orvieto, c’est comme le prosecco : on y retrouve du pire comme du meilleur. Surtout du pire, du moins dans ce qu’il m’a été permis de goûter. Or, cette cuvée de la maison Palazzone ennoblit cette appellation reconnue pour ses blancs légers, friands, mais aussi souvent maigres et dilués, en proposant ici un grand blanc sec de caractère, au fruité dense et soutenu, tout aussi complexe que rafraîchissant. Procanico (50 %) ainsi que le grechetto, le verdello, le drupeggio et la malvasia ajoutent à la vitalité et à une expression minérale fine en raison ici du terroir. À s’en enticher ! (5 +) ★★★ 1/2 ©

Pinot Noir 2016, Greywacke, Marlborough, Nouvelle-Zélande (45,75 $ – 12258826) Voilà un bon pinot noir qu’il faudra impérativement passer en carafe plusieurs heures pour en décontracter les fibres aromatiques et gustatives, mais l’attente en vaut la chandelle. La montée aromatique y est soutenue et précise, arborant des nuances végétales d’anis, de mûre et de torréfaction sur un palais enveloppé, puissant, mais aussi très frais, le tout lié par des tanins abondants mais souples, de belle longueur. N’y manque peut-être qu’un surcroît de profondeur, surtout à ce prix. (5 +) ★★★ 1/2


Légende

(5) à boire d’ici cinq ans
(5+) se conserve plus de cinq ans
(10+) se conserve dix ans ou plus
© devrait séjourner en carafe
★ appréciation en cinq étoiles