Wilhelm Klinger, intégrité et dynamisme avant tout

Wilhelm Klinger directeur général sortant de l’office autrichien de la commercialisation du vin
Photo: Jean Aubry Wilhelm Klinger directeur général sortant de l’office autrichien de la commercialisation du vin

Je rencontrais en Autriche Wilhelm Klinger, directeur général sortant de l’office autrichien de la commercialisation du vin, pour faire le point avec cette personnalité intègre et dynamique dont la contribution à la filière du vin autrichien fait l’unanimité depuis 2007. L’homme s’acquittait récemment d’une parution, Wine in Austria : The History, un compendium de plus de 500 pages réunissant spécialistes et historiens sur les vins de ce pays européen.

Jean Aubry. Quelle était la situation du vin autrichien lorsque vous êtes arrivé en fonction, il y a 12 ans de cela ?

Wilhelm Klinger. J’ai commencé à l’AWMB (Austrian Wine Marketing Board) le 1er novembre 2006 et j’ai pris le chapeau de p.-d.g. le 1er janvier 2007. L’Autriche n’a alors commencé à se remettre de la crise [des vins frelatés au diéthylène glycol, NDLR] qu’au milieu des années 1980. En 2003, l’Autriche exportait 83 millions de litres, dont 61 millions (75 %) en vrac, avec une valeur et un prix moyen de seulement 0,83 euro/l. En 2006, mon prédécesseur, Michael Turner, avait déjà atteint 81,5 millions d’euros et réussi à exporter plus de vin en bouteille que de vrac, mais le prix moyen était encore assez bas (1,58 euro).

Nous avons des terroirs bien adaptés pour les cépages internationaux et indigènes

Au cours de mon mandat, et ce, jusqu’à aujourd’hui, nous avons réalisé une croissance moyenne du chiffre d’affaires de 6,5 % par an, atteignant ainsi un niveau record de 170 millions d’euros (2018) avec un prix moyen de 3,24 euros/l. Si cela continue, nous verrons une Autriche très différente du point de vue du vin dans les cinq prochaines années.

J.A. Quel regard portez-vous sur l’industrie vinicole autrichienne en 2019 et, surtout, comment expliquez-vous cette montée en vente et en valeur à l’international ?

W.K. Pendant des décennies, l’Allemagne était pratiquement l’un des seuls clients pour les vins autrichiens. En 2018, la part de l’Allemagne dans le gâteau de nos exportations a été inférieure à la moitié. Bien que l’Allemagne demeure notre client le plus important, nous avons réussi à créer d’importants marchés en Suisse, aux États-Unis, en Scandinavie, au Benelux [Belgique, Pays-Bas, Luxembourg] et au Royaume-Uni. Mais il y a plus à faire et je suis convaincu que des pays comme le Canada ou les marchés asiatiques achèteront beaucoup plus de vins autrichiens qu’ils ne le font aujourd’hui.

J.A. Quelles sont les forces et les faiblesses de l’industrie vinicole autrichienne aujourd’hui à l’intérieur du marché international hautement concurrentiel ?

W.K. L’Autriche produit moins de 1 % de la production mondiale (250 millions de litres par an en moyenne), dont plus de 70 % sont consommés au niveau national. La fidélité de nos clients locaux est une véritable force, tout comme la qualité et l’individualité de nos vins de climat frais avec un caractère très attrayant, tout en possédant densité et structure. Nous avons des terroirs bien adaptés pour les cépages internationaux et indigènes, et parmi ces derniers, le grüner veltliner, véritable fleuron de renommée internationale.

Principale faiblesse ? La structure incroyablement fragmentée de notre secteur à petite échelle. Bien que quelques centaines de caves plus imposantes aient fait leur apparition, la taille moyenne de nos unités de production en 2015 n’était encore que de 3,22 hectares.

J.A. Quel serait l’argument de vente idéal pour guider l’amateur vers les vins autrichiens ?

W.K. L’amateur de vin recherche une valeur sûre et le vin d’Autriche, le grüner veltliner en tête, est incontestablement l’une des grandes valeurs dans le monde en matière de vin fin. Le spécialiste américain Terry Theise disait ceci : « Plus vous dépensez et meilleure est la valeur ! » Les gens qui recherchent des vins de terroirs authentiques sont aujourd’hui frustrés par les prix vertigineux des plus prestigieuses appellations. Dans cette perspective, ils seront heureux avec nous !

J.A. Comment imaginez-vous la prochaine génération de votre équipe poursuivre la promotion des vins autrichiens ?

W.K. Comme nous avons tant de petits producteurs, nous avons besoin de nombreux marchés. Nous ne pouvons pas couvrir les affaires d’entrée de gamme comme Fuzion et autres. Nous souhaiterions être sur toutes les bonnes listes de vins de restaurants, de bars à vin et de cavistes soucieux de présenter les grands vins du monde. Nous voulons faire partie de cette offre, dans le monde entier.

À grapiller pendant qu’il en reste!

Sur le Fil 2017, Thomas Jullien, Ventoux, France (20,55 $ - 14086634) Ce rouge bio où le grenache s’emballe traduit à merveille la réalité brute pour ne pas dire, sauvage des environs du célèbre mont Ventoux. Car oui, il se passe quelque chose autour de cette montagne, une espèce d’énergie qui irradie tout autour dans les vignobles environnants. Bref, inexplicable. Le fruité y est pur, net et sphérique, à la fois agile et puissant à la fois. Hautement savoureux (5) ★★★ ©

Causse Marines « Les Greilles » 2017, Gaillac, France (25,50 $ - 860387) Avec les cépages len de l’el (60%), mauzac, ondenc et muscadelle issus de l’agriculture biologique, nous pénétrons dans une dimension singulière où le passé revient en force pour bousculer le présent de nos certitudes. Un blanc singulier qui, au premier nez, évoque le Lillet bordelais alors que la bouche riche, ronde et substantielle décline textures et plénitudes en fonction d’une acidité basse doublée d’une amertume des plus nobles. Le vin n’a fait qu’une bouchée des ris de veau (5) ★★★ ©

Arcese 2017, Bera Vittorio E Figli, Piémont, Italie (29,40 $ - 14039301) Alessandra Berra sera au Québec dans le cadre de Studio Vin en octobre prochain, mais si j’étais vous, je mettrais déjà la main sur ce blanc singulier, d’une vitalité d’expression unique et d’une longueur en bouche des plus remarquables. Un assemblage de cépages indigènes dont la complémentarité, mais surtout le doigté précis à les exalter impressionnent. Belle robe or profonde et nez de quinine et d’orange amère sur un bouche qui n’est pas sans évoquer, en raison de sa profonde complexité, le vermouth blanc. Singulier oui, unique même. Devrait faire la fête au bar au fenouil. Il en reste cependant très peu en tablettes (5) ★★★★

Jean Aubry

Légende

(5) à boire d’ici cinq ans
(5+) se conserve plus de cinq ans
(10+) se conserve dix ans ou plus
© devrait séjourner en carafe
★ appréciation en cinq étoiles