Trop tard pour causer rosés?

Nul besoin de se cacher pour savourer du rosé à longueur d’année.
Photo: Jean Aubry Nul besoin de se cacher pour savourer du rosé à longueur d’année.

Tel que mentionné ici même la semaine dernière, la date du samedi 31 Août prochain à 23 h 59 très précisément signera la fin de la consommation des rosés pour l’été 2019. Le philosophe spirituel indien Jiddu Krishnamurti vous dirait de le boire ici et maintenant, avec ce sentiment de le boire pour ce qu’il est tout en évitant d’imaginer ce qu’il n’est pas.

Pourtant, cette cuvée Petra 2016 du Domaine Hauvette des Baux de Provence (35,75 $ – 13711872 – (5) ©★★★★), dont je récupérais les dernières bouteilles la semaine dernière, aurait eu sa place sur quelques cailles farcies aux figues lors du réveillon 2020, tout comme ce Marsannay Rosé 2017 du Bourguignon Bruno Clair (34,75 $– 10916485 – (5) ©★★★  1/2 ). Mais voilà, qui pensera alors à les servir au cœur de notre hiver sibérien ? Il y a des occasions qui se perdent.

En têtes de gondole à la SAQ, litchi, pêche, saumon, abricot, corail, framboise, cerise et j’en passe, rosissent un arc-en-ciel de goûts, de styles et de provenances aussi différents que les vins rouges ou blancs, sans pourtant vous convaincre qu’ils demeurent aussi crédibles ou sérieux que ces derniers. Je ne suis pas ici pour vous convaincre. Seulement, j’aime le beau rosé. N’importe quand. Quelques suggestions.

S’il n’y en avait qu’un, nul doute que ce Château La Lieue 2018, Coteaux Varois en Provence, France (18,35 $ – 11687021), serait celui-là. Les cinsaults atteignent ici une plénitude inégalée, comme s’ils se savaient choyés non seulement à cause du contexte local (et le traitement en agriculture biologique) que leur offre Julien Vial, mais aussi parce qu’ils filtrent la lumière provençale pour mieux en restituer la sève, à l’intérieur d’une ondulation fine mais savoureuse. Une référence ! (5) ★★★

Il y a aussi ce Pétale de Rose 2018, Château La Tour de l’Évêque, Côtes de Provence, France (20,60 $ – 425496), lui aussi modulé en finesse, avec cette tension énergique qui en révèle les détails pour mieux faire jaillir des profondeurs, tel un ballet de méduses auréolées d’iodes électroluminescentes, une brillance que seule Régine Sumeire sait sertir à dessein. (5) ★★★1/2

Avec le bio La Rectorie Côté Mer Rosé 2017, Collioure, France (28,70 $ – 11632441), nous mordons encore plus dans un terroir dont la composition du sous-sol imprime au vin une race et une dimension incontestables. La détente est longue à se faire, avec un relâchement aromatique et gustatif précis qui inscrit une salinité particulière à l’ensemble. Un rosé cérébral qui fuit les mondanités pour mieux se concentrer sur son essence unique. Rare. (5 +) © ★★★1/2

Encore soif ? Je pourrais vous proposer mille autres nuances de rose. À commencer par ce « Gris de Sauvignon » Fumées Blanches 2018 (Gascogne, France – 15,55 $ – 13963421 (5) ★★1/2), du dynamique François Lurton, bien sec et mordillant, au caractère affirmé sans toutefois être dépourvu definesse. Ou encore, le Vin Gris d’Amador 2017, Terre Rouge, Sierra Foothills, États-Unis (29,35 $ – 11629710), à la fois fouillé, complexe, riche et savoureux en profondeur, pourvu de cet assemblage où le mourvèdre et le grenache noir dominent, avec une sève digne d’un vin rouge de haut niveau. Un grand gris de soir, aux gastronomies multiples. (5 +) © ★★★1/2

Deux classiques de chez nous, soit Champs de Florence 2017, Domaine du Ridge, Saint-Armand (14,55 $ – 741702 – (5)★★), plein de sève, frais, au fruité intègre et généreux, ou encore, Cantina de la Vallée d’Oka Rosé du Calvaire 2018 (17,95 $ – 13835648), où le pinot noir joue les premiers violons sur une partition fruitée fine, tendue et rafraîchissante. (5) ★★ 1/2

Pinot Noir 2014, Greywacke, Marlborough, Nouvelle-Zélande (45,75 $ - 12258826) : Découvert sur le tard, il n’en demeure pas moins que ce pinot noir tire vers le haut toute la noblesse du grand noirien, une découverte qu’il aurait honteux de garder pour soi. Il y a ampleur et richesse ici, avec un fruité appuyé de mûre-cerise-framboise dont l’élevage porte habilement le message sur une finale longue, racée, généreusement texturée (10+) ★★★★ ©

À grappiller pendant qu’il en reste

Grüner Veltliner Terrassen 2016, Nikolaihof, Wachau, Autriche (22,95 $ – 13166181)
Le fruité s’incline ici derrière une puissance minérale qui lève et soulève l’ensemble à une magnitude qui se situe à 9 sur l’échelle de Richter, rien que ça. L’impression qui s’en dégage est d’une densité telle que le palais semble colonisé par une masse de roche solubilisée qui laisse en finale une bouche sèche, cadrée, précise et de belle longueur. Vin de lieu, assurément. (5) ★★★ ©

Chardonnay 2015, Valley of the Moon, Sonoma Coast, Californie, États-Unis (25,05 $ – 13915120). La maison souligne avec générosité un fruit dont le rayonnement persiste bien au-delà de notre galaxie d’émotions, le tout ajusté sous l’enveloppe d’un boisé alléchant et persistant qui n’altère en rien toutefois la magie de l’ensemble. À ce prix, il vaut bien quelques Hautes Côtes de Beaune bien nés. (5 +)★★★1/2 ©

Pinot Noir 2014, Greywacke, Marlborough, Nouvelle-Zélande (45,75 $ – 12258826). Découvert sur le tard, ce pinot noir n’en tire pas moins vers le haut toute la noblesse du grand noirien, une découverte qu’il aurait été honteux de garder pour soi. Il y a ampleur et richesse ici, avec un fruité appuyé de mûres, de cerises et de framboises dont l’élevage porte habilement le message sur une finale longue, racée et généreusement texturée.


Légende

(5) à boire d’ici cinq ans
(5+) se conserve plus de cinq ans
(10+) se conserve dix ans ou plus
© devrait séjourner en carafe
★ appréciation en cinq étoiles

guideaubry@gmail.com