Vin: le Sud-Ouest, un pays dans le pays

Le Sud-Ouest français: originalité, diversité et caractère, mais aussi et surtout, complicité des hommes pour en extraire toute la substantifique moelle.
Photo: Jean Aubry Le Sud-Ouest français: originalité, diversité et caractère, mais aussi et surtout, complicité des hommes pour en extraire toute la substantifique moelle.

Tels des cercles concentriques focalisant une production des plus diversifiées sur le plan du « manger vrai » — dont les vins bien sûr se chargent en toute complicité de délayer agréablement le bol alimentaire —, le Sud-Ouest français bordé au sud par les Pyrénées, au nord par le Massif central et à l’ouest par l’océan Atlantique donne l’impression de pouvoir vivre en autarcie tant ses ressources semblent inépuisables.

Ici, les identités sont fortes. Qu’il s’agisse de celles des femmes et des hommes, fiers et laborieux, comme ces fruits de la terre, qu’ils soient pruneau, cèpe ou truffe, piment d’Espelette, foie gras, Noir de Bigorre, garbure, piperade, ortolan, caviar et autres, sans oublier l’armagnac pour faire passer tout ça. Parcourir alors les vignobles du Béarn, de Bergerac, de Buzet, de Cahors, des côtes du Marmandais, des coteaux du Quercy, de Fronton, de Gaillac, de Gascogne, d’Irouléguy, du Jurançon, de Madiran ou encore de Marcillac élève un peu plus le niveau de difficulté. Lequel ? Celui de s’en sortir sain et sauf !

Des ambassadeurs de marque

Sur le plan des vins, valoriser ce territoire gourmand hors de son creuset pour séduire les consommateurs où qu’ils soient n’est certes pas une mince affaire, mais les « munitions » pour y parvenir existent. Des prix plus qu’attractifs combinés à une production franchement originale pour une gamme aussi diversifiée que polyvalente, complice pour tout palais qui sait flairer la belle affaire.

Deux maisons innovantes tirent leur épingle du jeu, en raison d’un dynamisme et d’une vision qui méritent d’être soulignés : la maison familiale d’Yves Grassa & Fils ainsi que l’entreprise Lionel Osmin & Cie dont les nombreuses collaborations avec les artisans du cru assurent une mise en lumière du meilleur de la production locale. Des approches complémentaires qui démontrent que l’on sait se serrer les coudes dans ce coin de pays riche de tous ces petits pays intérieurs réunis.

Yves Grassa & Fils

J’ai rencontré Yves Grassa il y a plus d’un quart de siècle chez lui, en Bas-Armagnac, au château du Tariquet. De la stature du Madirannais Alain Brumont : impossible de placer un mot. Des machines d’hommes ! Des visionnaires tout terrain. Des remueurs de cailloux. Bref, pas reposants, les messieurs. Si l’armagnac est au départ son arme de séduction spirituelle, l’homme comprend rapidement que les cépages locaux possèdent, en raison de leurs précurseurs d’arômes (l’école du Bordelais Denis Dubourdieu), de quoi séduire une nouvelle génération de consommateurs avec des blancs aromatiques vivaces, expressifs, digestes et passablement gourmands, merci. Les fils Armin et Rémy poursuivent aujourd’hui le travail, valorisant une production forte à l’export (plus de 47 pays) et en France où ils sont véritablement ici prophètes en leur pays.

Lionel Osmin & Cie

Vous avez déjà sifflé quelques quilles de la série des Pyrène Cuvée Marine (12,80 $ – 11253564) ★★ 1/2, Pays de Cocagne (13,40 $ – 12989661) ★★ 1/2 et Beau Manseng (14,80 $ – 13188778) ★★ 1/2 ? Difficile de bouder l’été et les copains avec ce type de vin !

Mais ils ne sont que la fine pointe de l’iceberg de la maison de Lionel Osmin et de ses comparses. Depuis sa création en 2010, la maison observe, cible, développe, tisse et taille sur mesure à même la matière première du grand Sud-Ouest une batterie de beaux vins (et eaux-de-vie) en fonction des lieux, mais aussi et surtout, en liaison avec des gens habités par leur terroir. Une complicité entre les hommes, mais aussi avec une démarche sur le plan environnemental soucieuse d’en pérenniser l’habitat. La pépinière de cépages indigènes (abouriou, mansois, ondenc, mauzac, loin de l’oeil, etc.) trouve, sous la foison d’assemblages, de vignobles, de mises en bouteille classiques et autres grandes cuvées, à offrir, à coût réaliste, un véritable terrain de jeu à celles et ceux qui adorent le goût de l’aventure. Lionel Osmin & Cie : non seulement une marque de confiance, mais une confiance dans les hommes.

À grappiller pendant qu’il en reste!

Marcillac Mansois 2016, Lionel Osmin & Cie, Sud-Ouest, France (18 $ - 11154558)
Dans la foulée des appellations Cahors, Buzet et Gaillac, la maison pige ici dans une palette de terroirs en appellation Marcillac pour y dénicher les cépages mansois qui sauront, par leurs synergies, édifier cette cuvée. Bien sûr, l’idée de soif est manifeste mais il y a plus ici. Cette rondeur de texture liée à merveille sur un ensemble léger, épicé et franchement savoureux. Pas des plus complexes mais un digne ambassadeur de terroir, original jusqu’au bout du pédoncule. Le tout, vinifié proprement (5) ★★★

Churchill’s Estates Douro 2015, Portugal (19,90 $ - 12362931)
À moins de 20 $, voilà un beau morceau de pays mais aussi, dans ce pays tout au nord du Portugal, un beau morceau de terroir exprimé. Les personnalités des cépages locaux s’imposent avec assurance, corps, volume et expression, avec leurs nuances de violettes, de poivre, de réglisse et de marc frais. Vin de puissance qui ne néglige ni l’élégance ni la longueur. Franchement savoureux! (5+) ★★★ ©

La nit de les Garnatxes 2016, Capçanes, Montsant, Espagne (23,05 $ - 13909889)
Le grenache noir joue sur la fine corde raide de la tension et de l’expansion, mordant à même les sous-sols de schistes d’ardoise (licorella) pour tracer son petit bout de chemin minéral, en exaltant d’une part le floral et de l’autre la pierre sèche. C’est finement construit, avec un relief à peine astringent, rapidement enrobé par une vinosité chaleureuse mais toujours très fraîche d’expression. Une jolie leçon de terroir (5+) ★★★ ©

Cami Salié 2016, Jurançon Sec, Lionel Osmin & Cie, Sud-Ouest, France (26 $ - 13402316)
Il est vrai que la gastronomie, qu’elle soit issue des produits de la mer, des airs ou de la terre, saura s’envoyer en l’air avec une espèce de concupiscence des plus heureuse tant ce blanc sec de caractère saura s’adapter à tous coups. Petit et gros manseng jouent la carte de l’originalité, proposant une gamme de fruits blancs et d’amers à vous coloniser la bouche en profondeur, en longueur. Un blanc de sève qui sait vous retenir et vous retenir encore pour un dernier verre, tant il fascine (5+) ★★★ 1/2 © 

Vouvray 2017, Pierres Rousses, Paul Breton (33,75 $ - 13996337)
Si l’impression de lécher ces pierres rousses est manifeste il faudra se rassurer car ce « sec-tendre » va bien au-delà du minéral en installant une présence fruitée aussi fine que pointue, une présence dont le dynamisme et l’énergie trouvent sur les amers nobles de la finale une apothéose de rêve. Le chenin s’ennoblie ici avec beaucoup de sérénité (10+) ★★★★ © 
Jean Aubry

Légende

(5) à boire d’ici cinq ans
(5+) se conserve plus de cinq ans
(10+) se conserve dix ans ou plus
© devrait séjourner en carafe
★ appréciation en cinq étoiles