En Bourgogne, du rêve à la réalité

Le mystère bourguignon: très faible pente, expositions variées, sols hétérogènes. Ici, une parcelle beaunoise.
Photo: Jean Aubry Le mystère bourguignon: très faible pente, expositions variées, sols hétérogènes. Ici, une parcelle beaunoise.

Le rêve peut subtilement dériver vers le cauchemar. À l’image du Little Nemo sorti de l’imagination du génial Winsor McCay, je tombais récemment du lit, car le train où je prenais place s’éloignait à vive allure de la Côte-d’Or alors qu’à l’opposé, mon esprit persistait à vouloir y revenir pour y terminer une bouteille de Chablis 2017 d’Alain Geoffroy, laissée en plan pour je ne sais quelle obscure raison. Des sueurs froides, en somme, pour un blanc qui, lui, commençait à diablement se réchauffer !

La réalité ? Mieux qu’en rêve puisque ce chardonnay (27,15 $ – 13479217) agissait une fois de plus comme cette éponge amoureuse des sols calcaires qui veulent sa peau et… qui réussissent à l’avoir ! Robe de belle brillance avec ses reflets verts, ses arômes francs de pomme, de fleur blanche et de citron doublés d’une bouche mûre, de jolie densité, avec ce qu’il faut d’acidité, de tenue et de « mordant minéral » pour assouvir sa soif. (5) © ★★★

J’étais bien réveillé. Déjà, avec ce crémant de Bourgogne blanc brut réserve Albert Bichot (28 $ – 13585378) et sa sélection de fruits issus de la Côte-d’Or qui assure ici une jolie base qualitative à un mousseux très raisonnablement dosé dont la texture et l’équilibre d’ensemble charment immédiatement (5) HHH ; puis, de la même maison, avec ce Secret de Famille 2016, pinot noir (25 $ – 11153281), qui n’est d’ailleurs pas un secret pour personne car bichonné avec ce décorum boisé qui en lisse la texture et en détaille l’ensemble avec harmonie. (5) ★★★

La suite ne me fit plus tomber en bas de mon lit, mais en bas de ma chaise, tant rêve et réalité fusionnaient. Saint Romain 2015, Domaine Taupenot-Merme (48,50 $ – 11094866) : il a tout de même de la gueule, de l’étoffe, du discours ce beau vin issu de cette appellation recluse sous les Hautes-Côtes-de-Beaune, entre Volnay et Auxey-Duresses. Ajoutez-y de la consistance et un fruité soutenu dans ce millésime d’exception et vous avez là un vin harmonieux et bien construit, susceptible de vous attirer beaucoup d’amis. Si vous le partagez, évidemment. À moins de 50 $, l’affaire est belle ! (5+) ★★★ 1/2

Marsannay Clos de Jeu 2014, Domaine Charles Audoin (58 $ – 13836966). Cette maison familiale livre, tout au nord de la Côte-d’Or sous Dijon, une expression riche et enjouée du pinot noir sur l’une des trois parcelles maisons. La robe est claire, moyenne, avec une touche d’évolution, les arômes évoluent vers des nuances animales sur fond de cerise noire bien mûre alors que le palais, frais et doucement structurant, déroule ses tanins sur fond de boisé et de salinité. Un flacon qui a de l’avenir, mais qui contente drôlement aujourd’hui, surtout sur le pigeon au sang ou, pourquoi pas, sur le magret de canard. (5+) © ★★★ 1/2

Aloxe-Corton 2016, Louis Jadot (74,25 $ – 13886218). Au pied de la colline de Corton, cette maison très sérieuse équilibre sa cuvée « village » avec à la fois ce fruité issu des parties sud et ce resserrement tannique révélé par les parcelles plus au nord. En somme, le meilleur des deux mondes : tension finement musclée des textures et éclat fruité très pur qui apparaît être garant d’un séjour en bouteille où s’ajoute déjà une profondeur de ton enviable. Résistez à l’envie de le boire maintenant ! (10+) © ★★★★

Nuits-Saint-Georges « Le Coteau des Bois » 2015, Jean-Claude Boisset (81,75 $ – 13749707). Juste derrière le village, à flanc de coteau, au-dessus des « plateaux » mais sous le bois, ce climat s’offre un pinot noir subtil et civilisé, ennobli plus encore par un 2015 sans fausses notes. Encore très jeune évidemment, mais le registre floral et épicé se distingue déjà entre les tanins frais, mûrs, bien serrés et la finale longue, au charme indéniable. Éviter de le déguster maintenant serait judicieux ; l’attente en sera récompensée. (5+) © ★★★1/2

À grappiller pendant qu’il en reste

Bourgogne D’Or 2016, Samuel Billaud, Bourgogne, France (27,60 $ — 13968176) : les chardonnays du nord (Chablis) et du sud (Mâconnais) se rencontrent en cuves sous la sensibilité d’un homme au doigté sûr pour célébrer ici une synergie fruitée des plus heureuses. L’éclat et la tension avivent et tirent l’ensemble vers le haut alors que la rondeur de la texture sculpte le corps d’un athlète de haut niveau. À la fois précis et de belle sensibilité (5 +) ★★★ ©.

La Dernière Vigne 2016, Pierre Gaillard, Rhône, France (25,90 $ — 10678325) : les fruits d’une dernière vigne peut-être, mais pas mon dernier verre de ce vin dont les fruits annoncent des libations des plus festives. Nous sommes au royaume de la cerise Burlat bien mûre couchée sur une texture déjà fort veloutée avec, ici et là, des accents de pinots noirs de la Côte-d’Or. C’est plutôt léger mais aussi étoffé, frais et d’un équilibre certain. Y résister ? Impossible ! (5 +) ★★★ ©

Mâcon-Verzé 2016, Domaine Nicolas Maillet, Bourgogne, France (27,95 $ — 14009321) : c’est du bio, c’est du gamay et c’est bon ! Troublant même, car l’expression du célèbre cépage se veut ici plus profonde et étoffée, charnue et bien serrée, sans doute dessinée en amont par des argiles locales soutenues. Un flacon qui fait plaisir tout en ne manquant pas de sérieux. Contrez cependant la légère pointe de réduction ici par un passage approprié en carafe (90 minutes) et servez à la bonne température (15 C) (5 +) ★★★ ©.

Givry 2015, Remoissenet Père & Fils, Bourgogne, France (32,25 $ — 12200940) : la maison reconnue pour ses boisés nobles trace ici un vin dont la richesse n’est pas sans lien avec un élevage sur lies circonspect. Il y a de la brillance dans le fruit, une expression des plus dynamiques, de belle densité, à la fois aérienne et terrienne. J’en ferais mon ordinaire, surtout lors du brunch du dimanche midi ! (5 +) ★★★1/2 ©

Fleurie La Madone 2017, Domaine J. Chamonard, Beaujolais, France (37,50 $ — 13108096) : nous naviguons ici au-dessus de l’ordinaire, bien au-delà même. Dans cette espace sans lieu ni date qui évoque tout de même ce passé où les vins savaient dire simplement le fruit de leurs entrailles terriennes. Rien de trop coloré ni de trop musclé, seulement un gamay de cru suintant son terroir granitique avec cette nostalgie vécue des grands vins admirablement guidés, de la taille à la vendange, puis de la fermentation à la mise en bouteille. Il en déroutera certains. Je suis déjà sûr d’en racheter une bouteille ! Pas mal sur la pintade ou le poulet fermier (10 +) ★★★★ ©.

Légende

(5) à boire d’ici cinq ans
(5+) se conserve plus de cinq ans
(10+) se conserve dix ans ou plus
© devrait séjourner en carafe
★ appréciation en cinq étoiles