Vin: l’Australie à un tournant (première de deux parties)

Le cabernet sauvignon Bin 407 montre une robe juvénile et profonde ainsi que des parfums exponentiels et détaillés (cèdre, graphite, cassis, menthe…) sur une bouche savoureuse.
Photo: Jean Aubry Le cabernet sauvignon Bin 407 montre une robe juvénile et profonde ainsi que des parfums exponentiels et détaillés (cèdre, graphite, cassis, menthe…) sur une bouche savoureuse.

Les astres étaient parfaitement alignés pour les Amis du vin du Devoir cette semaine avec une dégustation de vins des Antipodes à vous renverser cul par-dessus tête ! Vous en êtes encore aux bibines australiennes commerciales édulcorées gagnées par l’embonpoint ? J’y reviens la semaine prochaine avec une Australie vitivinicole qui brille allègrement en ce début de XXIe siècle. Pour l’instant, quelques candidats…

Savagnin 2016, Soumah de la Vallée de Yarra, Savarro (23,95 $ – 13529624). S’il demeure particulièrement déroutant, ce savagnin bien sec qui cumule une épaisseur fruitée et une espèce d’inertie tranquille suscite tout de même l’adhésion. Coing, poire, safran, curcuma…, tout se joue sur l’amertume et la longueur, sans le moindre caractère oxydatif des cousins non ouillés du Jura français. Pour ma part, il s’agit d’une première australienne avec ce cépage. Mais ce n’est certainement pas la dernière ! (5 +) ★★★ 1/2 ©. Moyenne du groupe : ★★★ 1/2

Riesling 2018 Two Hands « The Boy », Eden Valley (29,60 $ – 12540557). Cette vallée, dans le prolongement de la Barossa, sublime ses fruits à des altitudes élevées (de 300 à 500 mètres) qui en assurent l’intégrité aromatique. De très vieux rieslings « chantent » ici avec un mélange d’énergie et de délicatesse (rose, aubépine), avec une touche de silex qui alimente une motricité inouïe. Longue finale. Racé ! (10 +) ★★★ 1/2. Moyenne du groupe : ★★★

Chardonnay 2016, Filius, Vasse Felix, Margaret River (27 $ – 13738485). Tout à l’ouest, en bordure de mer, Margaret River livre des fruits d’une luminosité extrême, à la fois précis et bien tranchés. La maison Vasse Felix n’en retient que l’essentiel, l’élevant pour en arrondir les angles tout en maintenant la tension, la longueur. Vin de lieu, vin de fruit, dans son essence même. Finale nette, longue en bouche. (5 +) ★★★ 1/2 ©. Moyenne du groupe : ★★★

Pinot Noir 2017, Montalto, Pennon Hill, Mornington Peninsula (29,95 $ – 13922291). Cette péninsule qui s’avance dans la mer au sud de Melbourne consacre ce grand cépage (ici depuis 1886 à partir du clone MV6 en provenance du Clos Vougeot en Bourgogne) en lui offrant l’acuité, la finesse et le grain de texture nécessaire. Le fruité de cerise et de fraise brille ici avec éclat, mâche et une nette impression de digestibilité. Du niveau d’un beau Givry. (5 +) ★★★ ©. Moyenne du groupe : ★★★

Cabernet Franc 2017, Ma Petite Francine, Yarra Valley, Jamsheed Harem (34,75 $ – 13880377). Un coup de coeur personnel ici. Surtout un « nature » désarmant d’énergie, de franchise et d’envolée fruitée dont la simplicité juste du propos étonne et étonne encore. Sans avoir la finition de texture d’un Clos Rougeard, cette cuvée s’en rapproche par sa sève nourrie, fraîche et d’une impeccable fluidité de ton. La version en pinot noir n’est pas non plus piquée des hannetons ! (5) ★★★ 1/2 ©. Moyenne du groupe : ★★★

Mourvèdre 2015, The Twenty-Height Road, D’Arenberg, Mc Laren Vale (29,95 $ – 10250804). Il y a ici une véritable signature, une volonté engagée de livrer le meilleur de la ressource locale, à l’image des Yalumba, Lehmann, Henschke et autres Penfolds de cette île-continent. D’Arenberg vise ici la pureté derrière des tanins sphériques et bien mûrs, ouvrant sur une bouche ample, généreuse, fraîche, de haute tenue. On se régale ! (5 +) ★★★ 1/2 ©. Moyenne du groupe : ★★★

Cabernet Sauvignon 2015, Bin 407, Pendolds, Barossa Valley (99 $ – 13818426). Dois-je vous présenter la maison ? Ce grand vin parle de lui-même, avec cet assemblage savant des meilleurs vignobles de régions (Coonawarra, Wrattonbully, Padthaway, etc.) où excelle le grand « cab ». Robe juvénile et profonde, parfums exponentiels et détaillés (cèdre, graphite, cassis, menthe…) sur une bouche savoureuse, saline, vigoureuse, finement boisée (25 % de fût neuf français), d’une longueur d’anthologie. À méditer. (10 +) ★★★★ ©. Moyenne du groupe : ★★★★

À grappiller pendant qu’il en reste !

Trebbiano D’Abruzzo 2018, Ettore Galasso, Abbruzzes, Italie (14,80 $ - 13911233)

Une nouvelle apparition sur le marché, mais surtout une disparition rapide des tablettes en raison sans doute de son authenticité, et de cette sympathique rusticité que ce vin affiche, surtout servi sur des poissons tout simples et autres antipasti. Un blanc sec qui offre caractère, franchise et équilibre. (5) ★★1/2

Petit Bourgeois 2017, Vin de Pays du Val de Loire, Loire, France (18,15 $ - 13072302)

Jean-Marie Bourgeois est un homme aussi convaincant que la palette de vins variés qu’il vinifie, que ce soit chez lui en Loire ou en Nouvelle-Zélande. Un homme volubile et communicatif, à l’image de ce sauvignon exalté parfaitement maîtrisé, aux fruités multicolores, intenses, vivaces, hautement savoureux. La parfaite bouteille de bistrot à servir sur quelques crottins frais qui passeraient par-là. (5) ★★★

Beaujolais Blanc Grandes Mises 2017, Mommessin, Beaujolais, France (23,10 $ - 13498928)

Plus folichon qu’un mâcon blanc, mais plus large qu’un chardonnay régional de la Côte d’Or, ce beaujolais tient en haleine par son fruité substantiel nourri à même un élevage, mais surtout un terroir calcaire qui le resserre et lui allonge la finale. Un candidat qui arrive à point dans le paysage bourguignon en raison de son prix d’ami, mais aussi par sa profonde originalité. (5) ★★★ ©

Goulaine 2012, Les Bêtes curieuses, Muscadet Sèvres et Maine, Loire, France (29 $ - 13995123)

Pour avoir dégusté des melons de bourgogne ayant pris de la bouteille sur une, deux, voire trois décennies, je dois avouer l’immense potentiel de ces blancs secs légers et digestes dont on ne se doute pas, alors dans leur jeunesse, qu’ils puissent rebondir aussi longuement. Cette cuvée encore bien jeune nous en offre une première lecture. C’est tout d’abord discret, puis la mécanique fruitée et minérale se met en marche, gagnant subtilement en largeur, mais surtout en profondeur, terminant longuement, sur une finale saline. Huîtres? (5 +) ★★★ 1/2 ©   
Jean Aubry