Vin: c’était meilleur avant?

Henri et Madeleine Laroche au Domaine Laroche, à Chablis, en septembre 1961.
Photo: Domaine Laroche Henri et Madeleine Laroche au Domaine Laroche, à Chablis, en septembre 1961.

Meilleur avant le déluge ? Noé n’avait pas encore planté ses vignes préphylloxériques, alors difficile de savoir. J’ai souvenir pour ma part d’une époque où le fromage d’Oka avait un goût divin, où la Cherry Blossom de Lowney’s exigeait des heures d’exercice lingual sophistiqué pour s’approprier la cerise en question tant l’enveloppe chocolatée était charnelle et où le gallon de St-Georges Sélectionné, élaboré par Les Vins Bright, n’avait rien à voir (et n’a toujours rien à voir) avec le Nuits-Saint-Georges « Clos des Porets » Saint-Georges d’Henri Gouges.

Globalement, les vins contemporains n’ont jamais été aussi bons. J’avancerais même que nous vivons une époque en or sur le plan qualitatif, qu’il n’y a à peu près plus de vins malpropres et fautifs sur le marché. À l’exception peut-être de quelques vins nature qui prennent encore les vessies des consommateurs pour des lanternes mal allumées en laissant croire que les défauts d’autrefois sont devenus, comme par magie, les qualités d’aujourd’hui. Mais tout ça se tassera bien un jour. Alors, c’était meilleur avant (MA) ou c’est meilleur maintenant (MM) ? Dégageons quelques pistes.

Consommateur. Le choix des produits offerts était-il meilleur avant ? Qu’on en juge : avec ses 64 magasins et 383 produits proposés en 1921 à la Commissions des liqueurs, le Québécois dispose désormais aujourd’hui à la SAQ d’un réseau de 403 succursales et de plus de 12 000 produits (avec plus du double en importation privée). Vrai qu’il ne pourra pas se procurer un Château Margaux 1950 à 4,25 $ (le 1949 se négocie autour de 3460 $ aujourd’hui — MA), mais bon, le Domaine de l’Île Margaux à 20 $ n’est pas mal non plus.

L’industrialisation de l’après-guerre et le productivisme qui l’accompagne auront miné la viticulture avec des produits phytosanitaires nettement plus près du cancer que du sanitaire. La montée en flèche d’une agriculture biologique permet dorénavant ce choix de plus en plus prisé par une génération montante de jeunes consommateurs (MM), même s’il faut regretter une plus grande standardisation du produit (MA).

Une poignée de journalistes avait l’habitude de faire la pluie et le beau temps sur tout ce qui avait trait au vin (critique, prix, tendances et influences, etc.) avant l’apparition de la Grande Toile (MA ?), alors qu’un million deux cent vingt-trois influenceurs et deux clics, pardon, créateurs numériques, y vont allègrement aujourd’hui de leur grain de sel à vous confondre parfois la salière au complet (MM ?).

Industrie. Les pressions de l’industrie sur les prix auront eu la peau de vignerons qui n’auront pas su s’adapter aux nouvelles exigences du marché, que ce soit dans la grande distribution ou ici même, à la SAQ, où le citron promotionnel est parfois pressé au point où il n’y a plus que les grandes marques qui peuvent encore jouir de l’agrume en question (MA). Sur le terrain, au vignoble, l’avènement de la machine à vendanger, aussi perfectionnée soit-elle, aura infléchi la qualité du vin en aval (MA) bien qu’elle procure aussi au vigneron, à titre « d’assurance récolte », un revenu assuré en cas de pépin climatique (MM).

À cette phrase sibylline entendue dernièrement : « C’était meilleur avant parce qu’après c’est pendant », je dirais que le vin est meilleur maintenant parce demain est un autre jour et qu’hier on s’en fout. Avis aux procrastinateurs !


À grappiller pendant qu’il en reste

Les Moulins de Turquant 2017, Couly-Dutheil, Saumur blanc, Loire, France (19,70 $ — 13591971). Vous souhaitez votre chenin blanc sec doté d’une belle maturité doublée d’une solide densité ? Cette cuvée saura du moins envelopper de sa sève riche poissons et volailles où poireau, citron et crème fraîche sauront tenir tête à la délicieuse pointe d’amertume qui prolonge ici longuement la finale. Un blanc généreux tout ce qu’il y a d’amical côté prix. (5) © ★ ★ ★ 

M, Paul Mas, Prima Perla à St-Hilaire, Crémant de Limoux brut, France (20 $ — 13032511). Le chardonnay s’offre ici une tribune où la sensualité de sa texture, le grillé et le brioché donnent le ton. L’approche est aguichante, expressive, ronde et enjouée, la tenue de bouche porteuse et réjouissante et la finale nette et franche. Bref, un mousseux de premier ordre à prix d’ami ! (5) ★ ★ ★ 

Mâcon-Lugny « Les Crays » 2017, Joseph Drouhin, Bourgogne, France (20,20 $ — 13319061). Il y a du tonus, de l’intensité et, comme bon nombre de 2017, une jolie densité dans ce blanc sec d’une droiture exemplaire. Le tout se bouclant sur une finale nette, à peine minérale. Et par ici le croque-monsieur ! (5) ★ ★ ★ 

Château Cambon 2017, Beaujolais, France (24 $ — 12454991). Ce gamay aimerait bien vous inviter à plus de modération dans le simple geste de le boire, mais il n’y arrive tout simplement pas. Que voulez-vous, il est comme ça. Rien de massif, que du lisse et du coulant, avec un fruité qui ensoleille le palais sans toutefois l’assécher. Tout le contraire ! Servir frais sur un jambon-beurre. (5) ★ ★ ★ 

Monarcha cabernet sauvignon 2013, Palencia, Columbia Valley, États-Unis (24,75 $ — 13675816). Derrière une robe sombre et un nez engageant et puissant défilent ici un bouquet d’arômes intenses, mûrs et torréfiés qui font la part belle à un fruité riche, pourvu de tanins frais et bien structurants. La version « merlot » est aussi recommandable. Un rouge généreux à servir sur un « fosso buco », par exemple (palette de veau au lieu des jarrets, braisée façon osso buco). (5) © ★ ★ ★ 

Petit Chablis 2017, Domaine Louis Moreau, Bourgogne, France (25,20 $ — 11035479). Le fruité se love ici autour d’une tige en acier inoxydable tout en se propulsant sous la dynamique soutenue d’une remarquable acidité. C’est lisse et ça glisse froidement, avec éclat et énergie. En tout point conforme à ce millésime à la fois dense et tendu. (5) ★ ★ ★ 

Thea 2017, Seméli, Péloponnèse, Grèce (27,80 $ — 13581262). Partir sans bagages et viser les plages pour faire naufrage le plus simplement du monde en Grèce, avec d’une main poissons et citrons et de l’autre, ce blanc sec vivace et percutant à base de moschophilero. On peut toujours rêver et c’est bien comme ça. Vous aurez toujours le flacon et son histoire à défaut du reste, avec cette expérience de nez et de bouche vécue avec clarté, intensité, légèreté et salinité. Un vin qui du reste ne manque ni de longueur ni de personnalité. (5) ★ ★ ★ 

Déjà le printemps et voilà qu’une 9e édition du Printemps DézIPé se pointe le nez avec plus de 400 vins proposés en importation privée. Vous êtes conviés à la découverte en compagnie de vigneronnes et de vignerons dont le geste altruiste est de vous récompenser d’avoir pu passer à travers cet hiver de force (merci Réjean) désormais remisé aux oubliettes de notre mémoire collective. En attendant l’année prochaine. Bref, ça se passe aujourd’hui et demain, soit le 30 et 31 mars au Marché Bonsecours à Montréal mais aussi le 1er avril pour les professionnels de l’industrie seulement. La cerise sur le gâteau ? La possibilité d’acheter sur place tous les vins que vous voulez, à l’unité ou à la caisse. Elle est pas belle la vie ?

Info : http://www.raspipav.com/salondezippe/salonvip.php
studio-vin.com