La côte chalonnaise: une Bourgogne discrète à découvrir

Côte chalonnaise: des pinots noirs parfois aux antipodes, mais toujours d’une exquise buvabilité
Photo: Jean Aubry Côte chalonnaise: des pinots noirs parfois aux antipodes, mais toujours d’une exquise buvabilité

Les vins de Bourgogne sont hors de prix ? Belle est la lapalissade ! Et là, je ne vous parle pas des trois palettes tout juste arrivées à la SAQ directement des chais du Domaine de la Romanée-Conti et dont les crus panachés en caisses de bois, gravées aux initiales d’heureux propriétaires dont nous tairons bien sûr le nom, commandent à eux seuls l’équivalent de la moitié du PIB du Québec tout entier ! Il aurait été impensable il y a à peine 50 ans de constater qu’il existe désormais, sur cette bonne vieille Terre, des vins devenus intouchables pour le commun des mortels. Il n’y a pas de justice : être à la fois commun et mortel, c’est comme avouer, pour paraphraser Gainsbourg, que l’amour physique est sans issue !

Alors, on fait quoi ? Eh bien, on se rabat sur les magnifiques beaujolais, comme le font d’ailleurs de plus en plus d’amateurs avisés, tout comme on peut jeter son dévolu entre la Côte-d’Or et ces beaujolais de cru, en appellation bouzeron, rully, mercurey, givry et montagny en côte chalonnaise. Mais là encore, les prix prennent du galon.

Dans le prolongement naturel de la côte de Beaune, chardonnay, aligoté, gamay et pinot noir tracent ici des vins au profil généralement plus délicat et friand, accessible et polyvalent. Avec des exceptions bien sûr, telles les perles de chez Joblot ou Dureuil-Janthial, par exemple.

Les Amis du vin du Devoir se penchaient récemment sur leur sort avec un pirate dans le lot, rapidement démasqué, soit le Maranges 2015, Côtes de Beaune de la Maison Chanzy (37 $ – 13236055), visiblement pas à la hauteur des attentes avec une moyenne de groupe de ★★. Bon niveau d’ensemble pour le reste, bien que la moyenne de 37,60 $ par bouteille chatouille tout de même un brin les goussets. Les voici, brièvement.

Bouzeron 2014, Chanzy (28,80 $ – 13002988). Un rien d’évolution transforme l’aligoté qui offre ici, derrière une robe or citron, des nuances de poire pochée, de citron confit et de pomme verte sur une bouche vivace, de belle texture. Tarte à l’oignon ? (5) ★★★ Moyenne du groupe : ★★★

Bouzeron 2015, Faiveley (25,45 $ – 13386424). On rejoint ici le style Faiveley avec cette approche stricte et verticale, sans toutefois cette générosité fruitée des 2015. (5) © ★★ 1/2 Moyenne du groupe : ★★ 1/2

Montagny 1er Cru Buissonnier 2015, Vignerons de la Cave de Buxy (24,75 $ – 12454624). J’aurais voulu redoubler d’enthousiasme à ce prix et à ce niveau de hiérarchie, mais voilà, tout cela demeure un peu lourd, sans direction précise. Comme si ce chardonnay se cherchait un peu. Meilleur en bouche en raison de son onctuosité. (5) ★★ 1/2 Moyenne du groupe : ★★ 1/2

Rully Montagne « La Folie 2016 », Claudie Jobard, Bourgogne, France (32,75 $ – 13385974). Ça vibre bien ici, avec une jolie tension, mais aussi avec du « fond », de la sève et une incontournable présence fruitée. On mord littéralement dans la craie. Une superbe bouteille à coucher deux ou trois ans en cave. (5) © ★★★ 1/2 Moyenne du groupe : ★★★ 1/2

Mercurey 1er Cru « Clos Tonnerre » 2015, Michel Juillot (48 $ – 895334). Enthousiaste et flamboyante que cette cuvée de belle clarté où pivoine, noyau et cerise au jus se bousculent autour de tanins mûrs, sapides et bien vivants. Très réussi dans ce millésime ! Pas donné, mais quand on aime le pinot… (5+) © ★★★ 1/2 Moyenne du groupe : ★★★

Givry 1er Cru « Clos de Choué » 2016, Chofflet Valdenaire (42 $ – 11669391). Ça « cerise » ici encore une fois avec une rare conviction et une bouche déjà veloutée, d’une exceptionnelle cohérence. Rien de trop large, mais une personnalité affirmée sur le mode de l’élégance. (5+) © ★★★ 1/2 Moyenne du groupe : ★★★ 1/2

Givry 1er Cru « Crausot » 2016, François Lumpp (62 $ – 13061857). Bon, gratiné côté prix, mais par ailleurs hautement digeste sur tous les plans ! Un rouge ambitieux en tous points, coloré et profond, substantiel et consistent, aux flaveurs de gelée de cerise et de pétale de rose rouge, le tout cadré avec brio à l’intérieur d’un boisé noble, ajusté au quart de tour. Grande sève ! (10+) © ★★★★ Moyenne du groupe : ★★★★

La semaine prochaine : le zinfandel

À grappiller pendant qu’il en reste

Paxton AAA Shiraz-Grenache 2017, McLaren Vale, Australie (19,95 $ — 13879835) : Le vignoble, conduit ici en biodynamie, livre un rouge coloré immédiatement séducteur en raison de la souplesse de son fruité épicé, mais aussi du plaisir qui s’en dégage. À moins de 20 $, l’aventure est festive et régale si rapidement que l’on en oublie les brochettes d’agneau qui devaient l’accompagner. Servir frais. (5) © ★★ 1/2

Chardonnay 2016, Toolgate, Stratus Vineyard, Niagara-on-the-Lake, Canada (24,95 $ — 13864051) : Ce chardonnay compte parmi les plus brillants dégustés dans ce Canada qui, à l’est comme à l’ouest, gagne du galon sur plan de la qualité des vins. Il y a ici brillance et cohésion fruitée doublées d’une parfaite intégration du boisé. Pomme, citron, vanille, pêche… tout coule de source avec vivacité et moelleux de textures. À découvrir ! (5) © ★★★

Menetou-Salon 2017 Cuvée Le Charnay, Jean-Max Roger, Loire, France (25,75 $ — 10690519) : Si vous ratez celle-ci, sachez qu’il existe cinq autres cuvées de cette maison encore en vente à la SAQ, excellente maison par ailleurs ! Ça sauvignonne finement ici, avec cette impression nette de citron, de fleurs blanches et de talc au nez avec en bouche éclat, intensité, vivacité et finesse de texture. Des expressions qui révèlent avec brio à la fois le terroir, mais aussi une compréhension manifeste de celui-ci. Bien joué ! (5) ★★★ 1/2

Hermitage Farconnat 2014, J-L Chave Sélection, Rhône, France (77,75 $ — 13899810) : Une signature plus que fiable et cela, même en sa partie négoce. Pas d’esbroufe ni de clinquant ici, que l’expression harmonieuse d’un fruité bien lié au terroir pour mieux en dégager la texture serrante. Un rouge racé qui fait ses tout premiers pas dans la vie. L’attendre ne vous (lui) ferait pas de mal. (5 +) © ★★★★