Une bénédiction tout simplement papale

Un chapelet de beaux châteauneufs !
Photo: Jean Aubry Un chapelet de beaux châteauneufs !

Une commune du côté d’Avignon, un palais papal gothique installé au XIVe siècle puis, dès 1936, l’accession de l’appellation châteauneuf-du-pape à titre de 1re AOC viticole de France sous l’impulsion du vigneron et juriste Baron Le Roy de Boiseaumarié, et voilà déjà une bénédiction de premier ordre. À tel point qu’à l’image de bordeaux, de bourgogne, de champagne ou encore de cognac, la célèbre appellation de 3200 hectares est devenue au fil des siècles une marque de commerce enviable aux quatre coins de la planète ronde.

Les Amis du vin du Devoir se recueillaient avec une ferveur redoublée cette semaine devant Sa Sainteté grenache (noir et blanc) dont les cardinaux cinsault, syrah, mourvèdre, counoise, picardan, roussanne, clairette, bourboulenc et j’en passe de plus loyaux encore communient au plus haut niveau lors d’assemblages aux relents de conclaves.

Ma prière : augmenter la production de blancs qui, à l’heure actuelle, couvrent à peine 10 % de la production. Ce Clos de l’Oratoire des Papes blanc 2006 dégusté récemment avec quelques fervents en a médusé plus d’un ! Comme le diable est dans les détails, je me suis permis d’en glisser un, soit ce Cairanne 2016 du Domaine Richaud (40 $ – 12711037) pour confondre les hérétiques. Peine perdue ! Tous l’ont reconnu tout en appréciant ses tanins mûrs, son corps et sa sapidité d’ensemble. Une référence bio ! (10+) © ★★★★. Moyenne du groupe : ★★★ 1/2.

Quelques mots sur d’autres candidats élevés à la prêtrise…

Domaine de Beaurenard blanc 2017 (52,75 $ – 13382132). Six cépages blancs ici pour une clarté de ton et une envolée à la fois fraîche (chèvrefeuille) et consistante, le tout souligné par un élevage judicieux. À boire maintenant, sur une quenelle de brochet, ou dans huit à dix ans. (10+) © ★★★★. Moyenne du groupe : ★★★ 1/2

Domaine du Pégau blanc 2015 (69,50 $ – 12966777). Une évolution déjà qui, à l’aveugle, évoque un croisement entre un meursault pour le moelleux et un pouilly-fuissé pour l’empreinte minérale tout en évoquant un grand roussillon. Caractère, sève, énergie, amplitude. (5+) © ★★★★. Moyenne du groupe : ★

Château Mont-Redon 2013 (46,25 $ – 856666). La syrah confère ici un côté sexy en raison de sa sève fruitée sur un ensemble aux tanins souples mais présents, à la fois savoureux et élégants. Petite verdeur en finale cependant. (5+) © ★★★ 1/2. Moyenne du groupe : ★★★

Clos de l’Oratoire des Papes 2016 (51 $ – 13745642). S’il n’a pas la classe du Mont-Redon, celui-ci offre en revanche un caractère animal de venaison qui plaira aux chasseurs de bonne volonté. Solide fruité soutenant une trame tannique fraîche qui appelle le boudin noir ou le lièvre au sang et aux petits oignons. (5+) © ★★★ 1/2. Moyenne du groupe : ★★★ 1/2

Domaine Charvin 2016 (76 $ – 12440687). L’impression d’un pénitent qui entre au confessionnal pour distiller sa confession tant le secret règne ici. Peu expressif mais consistant, avec des tanins abondants, serrés, fins et compacts. Attendre la bénédiction à venir. (10+) © ★★★ 1/2. Moyenne du groupe : ★★★

Domaine de Villeneuve V. V., 2015 (66,75 $ – 11884913). Un ange est descendu sur cette cuvée bio ! Tous étaient transportés, certains lévitaient littéralement. Les limbes du bonheur, quoi. Le panache du mourvèdre structure cette cuvée aux relents bourguignons dont la sincérité fruitée, l’éclat et la brillance lui assurent une place de premier choix près de Saint-Pierre au paradis. (10+) © ★★★★. Moyenne du groupe : ★★★★

Pierre Usseglio Fils 2015 (52 $ – 10257521). À ce prix, l’affaire est belle. Un châteauneuf classique, d’une harmonie parfaite, d’une sève lisse, épicée, anisée, fraîche, enrobée et consistante. Un cardinal de Richelieu qui entre dans la pièce sous les grandes orgues ! (5+) © ★★★★. Moyenne du groupe : ★★★★

À grappiller pendant qu’il en reste

Riesling « Herrenweg » 2017, Domaine Barmès-Buecher, Alsace, France (30,25 $ — 11153117) : Dans les traces de François Barmès, Geneviève, Sophie et Maxime poursuivent l’aventure familiale à l’intérieur d’une production cousue main agrobiologique de premier niveau. Chacun des crus, dont ce Herrenweg, trouve à moduler sa fréquence à l’intérieur d’une extraordinaire liberté de tons, de nuances. On y sent ici un riesling étoffé, à la fois nerveux, mais aussi arrondi, sur une trame légère, mais aussi consistante. Délicieux sur une lotte au safran, par exemple. (10 +) ★★★★ ©

Chablis 2017, Jean-Paul et Benoît Droin, Bourgogne, France (35,25 $ — 13888125) : Les gels ont réduit dramatiquement une récolte qui s’avère ici paradoxalement d’une qualité à vous laissez béat de bonheur. La sève et la densité fruitées offrent une impression d’opulence ici au chardonnay qui, sur une empreinte terroir certaine, demeure d’une remarquable sapidité. Dégusté sur une poule aux haricots et aux lardons, ce grand blanc sec s’est révélé un compagnon dont je ne voulais absolument pas me débarrasser tant il se montrait captivant et sincère. Merci à la famille Droin pour ce bijou ! Si vos goussets le permettent, placez deux bouteilles du 1er Cru Montmains (60 $ — 11678845 – (10 +) ★★★★ 1/2 ©) du même millésime en cave. On s’en reparle dans huit ou dix ans ! (5 +) ★★★ 1/2 ©

Aloxe-Corton 2016, Comte Senard, Bourgogne, France (73,25 $ — 13611679) : Depuis que la charmante Lorraine Senard est à la barre du domaine, il serait de l’ordre de l’euphémisme d’affirmer que la santé du domaine se porte bien ! Le style s’est, à mon sens, précisé, avec cette espèce de « respiration » dans le pinot noir qui lui offre de la hauteur, de la perspective. Cette cuvée table sur des arômes nets et purs, le tout doublé d’une bouche subtile, très précise, appuyée par des tanins fins joliment enveloppés. Évoluera avec grâce. J’en ferais mon vin du lundi soir, même sur une cuisse froide de poulet rôti. (5 +) ★★★★ ©

Légende

(5) à boire d’ici cinq ans
(5+) se conserve plus de cinq ans
(10+) se conserve dix ans ou plus
© devrait séjourner en carafe
★ appréciation en cinq étoiles