De plus en plus de femmes s’illustrent dans l’univers du vin

Pour Françoise Roumieux, des vignobles Mayard à Châteauneuf-du-Pape, le vin a été une évidence. Fille de vigneron, elle a repris le domaine familial en 1989 et le gère avec son frère et sa sœur.
Photo: Vignobles Mayard Pour Françoise Roumieux, des vignobles Mayard à Châteauneuf-du-Pape, le vin a été une évidence. Fille de vigneron, elle a repris le domaine familial en 1989 et le gère avec son frère et sa sœur.

Vigneronnes, sommelières, cavistes ou oenologues, elles représentent le nouveau visage du vin. Autrefois éloignées des caves, souvent à l’ombre de leurs pères ou maris, les femmes occupent aujourd’hui une place de plus en plus importante dans le monde viticole.

« Les femmes ont maintenant compris qu’elles étaient considérées à la même valeur que leurs frères, et cela se voit de plus en plus », lance d’emblée Françoise Roumieux des vignobles Mayard à Châteauneuf-du-Pape, transmis de père en fille. Pour elle, le vin a été une évidence. Fille de vigneron, elle a repris le domaine familial en 1989 et le gère aujourd’hui avec son frère et sa soeur. « Être une femme n’a jamais été un handicap pour moi, même s’il y en a peu dans le secteur », assure-t-elle. Françoise Roumieux est aussi présidente de l’association Femmes Vignes Rhône, qui réunit les vigneronnes de sa région. « Le but est d’avoir une visibilité, de s’entraider, d’échanger sur nos compétences et nos valeurs », explique-t-elle.

De son côté, Isabelle Perraud, du Domaine des Côtes de la Molière à Vauxrenard dans le Beaujolais, n’est pas une héritière. Elle s’est lancée dans le monde du vin et a rejoint son mari, Bruno — relève de la 6e génération de vignerons dans sa famille —, en 1989. « Au début, j’allais à la vigne pour soulager mon mari ; comme la plupart des femmes, je n’avais aucun statut. Puis, j’ai suivi une formation en viticulture et en oenologie », relate-t-elle. Petit à petit, elle a pris sa place dans le domaine, pour aujourd’hui en faire partie intégrante. « Je ne viens pas du milieu du vin et je me sentais un peu comme une extraterrestre », ajoute la vigneronne. Entrer dans un monde majoritairement masculin et où les traditions sont très importantes n’a pas été chose aisée. Isabelle Perraud parle aussi des remarques sexistes et des oublis fréquents de mentionner les femmes lorsque l’on fait référence aux vignerons.

Photo: Domaine des Côtes de la Molière Isabelle Perraud, du Domaine des Côtes de la Molière à Vauxrenard dans le Beaujolais, n’est pas une héritière. Elle s’est lancée dans le monde du vin et a rejoint son mari, Bruno — relève de la 6e génération de vignerons dans sa famille —, en 1989.

Un chemin encore long

Pour Isabelle Perraud, l’un des problèmes, c’est que les femmes « n’existent pas », car elles sont les conjointes et qu’elles travaillent dans l’ombre. « Pourtant, autant que leur mari, elles vont à la vigne, mais elles n’apparaissent nulle part, donc elles ne sont pas légitimes », détaille-t-elle, même si cette réalité tend à changer progressivement. En outre, les femmes dans le monde du vin restent peu visibles dans les médias et ont du mal à se faire remarquer. C’est notamment de ce constat de sous-représentation médiatique qu’est né le mouvement #womendowine, lancé par l’association du même nom, qui tente de mettre en lumière les femmes dans le monde du vin. À l’origine, on trouve Sandrine Goeyvaerts, caviste à Liège, sommelière de formation, auteure d’un blogue et de livres sur le vin.

Pour Mme Goeyvaerts, le monde du vin est imprégné de machisme et de sexisme. « Pendant longtemps, on a considéré que le détenteur du savoir et de l’expertise c’était l’homme, même si les femmes étaient là, il y a donc beaucoup de réflexes ancrés », réagit-elle. Women do Wine, créé il y a trois ans, compte aujourd’hui près de 300 membres venant de 14 pays différents. « On voulait réunir toutes les femmes du vin et proposer une base de données pour faire découvrir les femmes du secteur », raconte Sandrine Goeyvaerts, qui constate que les choses commencent tout juste à bouger.

Photo: Archives personnelles Pour Sandrine Goeyvaerts, caviste à Liège, sommelière de formation, auteure d’un blogue et de livres, le monde du vin est imprégné de machisme et de sexisme.

Des femmes commencent à se distinguer dans le monde du vin. C’est le cas de la sommelière française Pascaline Lepeltier. Installée à New York depuis neuf ans, elle a été désignée personnalité de l’année 2019 par la Revue des vins de France, en plus d’avoir été lauréate 2018 du concours de Meilleur ouvrier de France en sommellerie (première femme à décrocher ce prix) et elle a obtenu le titre de meilleure sommelière de France la même année. « C’est bien, mais sur 12 récompensés par la Revue des vins de France, Pascaline Lepeltier est la seule femme », tient à préciser Sandrine Goeyvaerts. Pour elle, les « modèles » féminins restent trop peu nombreux dans le monde viticole, alors que les nouvelles promotions en oenologie atteignent la parité, que 30 % des exploitations viticoles sont gérées par des femmes et que l’on compte 20 % de sommelières en France et 80 % dans les pays nordiques, comme en Suède…

Un vin n’a pas de genre

« Il n’y a pas de vins plus féminins que d’autres », rappelle Françoise Roumieux. Un avis partagé par Sandrine Goeyvaerts, qui estime qu’en goûtant un vin il est impossible de savoir s’il a été produit par une femme ou un homme. « Je connais des vins qui, selon les clichés en vigueur, seraient définis comme féminins, car on pourrait dire qu’ils sont sensuels ou légers et en fait, non, ce sont des vins faits par des hommes », énonce-t-elle. De même, les femmes peuvent proposer des vins robustes, tanniques et puissants, tout autant que des vins plus délicats. « On ne peut pas réduire les femmes à des vins féminins. Elles font des vins différents selon leur personnalité et ce qu’elles veulent transmettre », ajoute-t-elle. Si les femmes commencent à prendre leur place dans le monde du vin, les clichés, eux, ont toujours la vie dure.