Paolo de Marchi, maître ès sangiovese

Le Cepparello: une unité d’ensemble qui frise la perfection tant il y règne une harmonie paisible.
Photo: Jean Aubry Le Cepparello: une unité d’ensemble qui frise la perfection tant il y règne une harmonie paisible.

Certaines personnes ont des lubies. Oh ! Rien de trop tordu, de gentilles lubies seulement, de celles qui ne feraient pas de mal à une mouche. Le vigneron toscan Paolo de Marchi, lui, son truc, c’est le sangiovese. À tel point que l’Italie entière lui reconnaît désormais la paternité d’un nombre impressionnant de clones* développés et adaptés en fonction de terroirs et de microclimats. Un monument végétal devrait lui être érigé pour services rendus. Sa modestie légendaire vous convaincra du contraire. Une autre de ses lubies.

Il y avait bien 25 ans que je ne l’avais pas vu au Québec. L’homme s’était alors prêté à une dégustation verticale de son fameux Cepparello, dont le premier millésime, livré en 1980, s’illustrait déjà comme une référence en matière de pur sangiovese, à l’instar des Flacianello, Percarlo, Pergole Torte, Soldera, Pietramora et autre Ronco delle Ginestre.

Réputé un rien irascible en raison du tandem acidité-amertume élevé, le Sangiogheto (traité de viticulture de Giovan Vetterio Soderini, 1600) serait issu, selon les dernières analyses ADN (Vouillamoz, 2004), d’un croisement entre le ciliegiolo et le calabrese di Montenuovo. Planté sur calcaire cependant, il offre un vin au profil aromatique floral insistant des plus élégants. Oui, le cépage se suffit à lui-même, mais il faut, en amont, lui assurer des assises et balises précises. Avec quelques décennies de vendange dans sa hotte (1976), De Marchi s’en rapproche même s’il avouera ne pas y être tout à fait encore. Un méticuleux, le monsieur !

Le vigneron travaille actuellement sur un clone de canaiolo (à petit grain) utile à enrichir et à affiner plus encore le grand sangiovese. Il se glisse dans une proportion de 15 % dans la cuvée Chianti Classico 2015 (34,25 $ – 515296) où, à l’image d’un merlot, confère épaisseur, rondeur et texture, lissant au passage le relief un rien tannique du sangiovese. Ce chianti est splendide sur tous les plans. Le fruité y est large, étoffé et bien frais, pourvu d’une caresse boisée qui ajoute au charme et à la plénitude. (5 +) © ★★★ 1/2)

Les racines piémontaises
Parallèlement à l’activité toscane, Paolo et son fils Luca partait à « l’assaut » du patrimoine familial dès 1999 du côté de la via Sperino au domaine de Lessona tout au nord du Piémont. Un véritable défi relevé ici dans un contexte où le vignoble local avait pratiquement disparu. Sur huit hectares, avec cette inébranlable opiniâtreté qui est la leur, le clan De Marchi ressuscite depuis ni plus ni moins qu’un véritable bijou culturel classé parmi les plus singuliers d’Italie.

Nous sommes ici au pays du cépage spanna (le nebbiolo local), mais aussi de la vespolina et de la croatina fichés dans des sous-sols où sables marins acides du pliocène, riches en minéraux et en oligo-éléments (fer, manganèse, aluminium et zinc) offrent un profil unique des grands cépages piémontais. Comment décrire les Lessona 2013 (93,25 $ – 13904244 – 100 % spanna) et Uvaggio (41,75 $ – 13798592 – 80 % spanna, 15 % vespolina, 5 % croatina) qui arriveront sous peu en quantités lilliputiennes chez nous ? Sortons du cadre étriqué de la dégustation pure ici. J’ai été pour ma part conquis par la grâce et la sérénité de ces deux cuvées, comme si elles recélaient des secrets cachés que seule la patine du temps pouvait libérer, au compte-gouttes. (10 +) © ★★★★

Quant au Cepparello 2015 déjà offert en ligne actuellement (106 $ – 13798349 – (10 +) © ★★★★ 1/2), unité d’ensemble qui frise la perfection tant il y règne une harmonie paisible. Un bio savoureux jusqu’en son âme, transposant ici une matière organique naturelle sous le couvert d’une humanité sensible et généreuse. Pour ma part, à Noël, ce sera la version 1988 dédicacée par Paolo, il y a 25 ans de cela…

* Clone : Reproduction d’un « individu » végétal dans le temps et dans un lieu afin de l’inscrire dans le contexte (terroir, microclimat) le plus favorable possible.

À grappiller pendant qu’il en reste

Nebbiolo d’Alba Paisan 2016, Bersano, Piémont, Italie (18,40 $ – 13594987) : Tout simple, néanmoins convaincant que ce nebbiolo bien frais, épicé, doté d’une structure moyenne qui le destine à un paillard de veau aux champignons ou à un simple bol de pâtes aux truffes. (5) ★★1/2

Inspiracion Valdemar 2015, Rioja, Espagne (19 $ – 11903344) : Cette base de tempranillo s’ouvre sur des flaveurs riches, à la fois florales et épicées, vanillées et boisées. Corps, matière et jolie fraîcheur sur une bouche qui s’épanouit avec harmonie, en amont d’une finale qui ne manque pas de longueur. Vin de soir où trône la viande braisée de votre choix. (5 +) ★★★ ©

 

Graciano 2015, Baron de Ley Varietales, Rioja, Espagne (22,35 $ – 12559830) : Ça sent la violette, la vanille et l’olive verte à plein nez, avec ce toucher de bouche lissé bien typique des vins élevés sous bois de la Rioja. Le charme opère sans qu’il soit question de réfléchir, jouant de textures fraîches et un rien serrée, le tout allongé sur une finale bien sentie. Relèvera une bavette ou une saucisse de veau grillée. (5) ★★★ ©

Chardonnay 2016, Quails’Gate, Vallée de l’Okanagan, Canada (22,95 $ – 12456179) : Le fruité de pêche mâtiné d’une touche boisée vanillée donne ici rapidement le ton. Un blanc sec bien frais à la texture onctueuse et animé d’une grande clarté. Harmonie et indice élevé de buvabilité. (5) ★★★ ©

Château Ducluzeau 2014, Listrac-Médoc, Bordeaux, France (31,50 $ – 13867527) : Où sont les Bordeaux 2015 sur notre marché ? En attendant, il faudra se contenter de ce 2014 plus linéaire, moins fouillé, mais qui ne manque pas pour autant d’intérêt. Le merlot dominant dans l’assemblage y est mûr et sphérique, appuyant une texture fine, fondue et bien fraîche sur une finale de belle longueur. (5) ★★★ ©

Domaine la Sœ​ur Cadette, Cuvée La Châtelaine 2017, Vezelay, Bourgogne, France (32,75 $ – 11094621) : L’ambiance se situe à cheval entre le glissant moelleux d’un beau mâcon du nord et l’acuité plus tranchée d’un chablis plus tonique et vertical. Une espèce de consécration fruitée dont la sève fine est modulée avec un souci du détail et de la précision manifestes. Un blanc inspiré dont le souffle fruité porte longuement, avec élégance et longueur. Apaisant, sensuel, mais aussi drôlement gourmand ! (5 +) ★★★1/2 ©

Quinta do Vale Meao 2014, Douro, Portugal (106 $ – 13171749) : Une solide base de touriga nacional de haute lignée assure ici la base de ce rouge sec impérial qui ne cesse, au fil de la dégustation, d’afficher la richesse de son patrimoine lié à son terroir d’origine. Qu’est-ce qui fait le grand vin ? Cette impression d’apaisement et de questionnement qu’il offre à un goûteur pris en otage sans vouloir se libérer de sa position, trop heureux qu’il est de la magie du moment. Il y a aussi, pour un vin, ce mélange d’ambition modulé avec élégance et raffinement tout en racontant une histoire sensible encore une fois du terroir qui l’a vu naître. Vous savez tout. Ne vous reste qu’à déguster, les yeux fermés. (10 +) ★★★★1/2 ©