Cadurcien ou argentin, le malbec est meilleur que jamais!

Essentiellement français de souche, le malbec trouve en Argentine, depuis la fin du XIXe siècle, larges chaussures à ses pieds à des altitudes variant entre 600 et 1100 mètres.
Photo: Jean Aubry Essentiellement français de souche, le malbec trouve en Argentine, depuis la fin du XIXe siècle, larges chaussures à ses pieds à des altitudes variant entre 600 et 1100 mètres.

Du côté de Bourges, en France, vers la fin du XVIIIe siècle, le cépage côt y était décrit comme une « baye grosse, ovale, cassante sous la dent, d’un noir bien foncé, grappe très longue d’une grosseur moyenne, très lâche, donnant beaucoup de vin d’une bonne qualité ». Le jus fermenté que l’on en tire aujourd’hui trouve sur une platée de fèves au lard bien gras — en version cassoulet pour les snobs — un refuge gastronomique des plus réconfortants en raison de sa prestance de joueur de rugby. C’est qu’il est coloré, le gaillard !

Essentiellement français de souche — son ADN suggère un croisement prunelard (du Tarn) et magdeleine noire (des Charentes) —, à une époque où il enrichissait à titre de vin médecin les crus de la Gironde, le malbeck (ou malbec) trouve en Argentine, depuis la fin du XIXe siècle (1868), larges chaussures à ses pieds à des altitudes variant entre 600 et 1100 mètres. Sa sève y est puissante et nourrie, parfois aussi fine que ses cousins cadurciens, toujours d’une fraîcheur pertinente. Les Amis du vin du Devoir se frottaient cette semaine à huit candidats à l’aveugle avec, bien sûr, un pirate : Carmenère 2015, Penasco Vineyard, Cremaschi Furlotti, Chili (23 $ – 13574388– (5) ★★★) pour brouiller les pistes. Jamais le cépage ne m’a semblé aussi bon ! Résultats des courses.

Château Lamartine « Cuvée Particulière » 2014, Cahors, Sud-Ouest, France (23,50 $ – 862904) Toujours cette finesse modulée avec élégance sur le plan aromatique pour un rouge sec palpable mais « froid » dans la tonalité, avec des tanins mûrs mais droits et très frais. Très classique. (5) ★★★. Moyenne du groupe : ★★★

Malbec Reserva 2016, Terrazas de los Andes, Mendoza, Argentine (21,70 $ – 10399297) Du charme, oui, suggéré par l’élevage, puis une trame aromatique et gustative profilée avec une vivacité qui n’emporte toutefois pas les tanins abondants, mais les relance tout en en amplifiant le fruité. Très crédible. (5) ★★ 1/2. Moyenne du groupe : ★★1/2

La Fage 2015, Cosse Maisonneuve, Cahors, Sud-Ouest, France (27,20 $ – 10783491) Ce bio vous attache à lui telle une pelle chargée en neige mouillée. Façon de parler. Car il y a beaucoup d’épaisseur ici, de mâche, de matière noblement fruitée. Le tout demeure frais, sans appesantir le palais. J’adore ! (5) © ★★★. Moyenne du groupe : ★★★

Château de Haute-Serre 2015, Georges Vigouroux, Cahors, Sud-Ouest, France (24,60 $ – 947184) Beaucoup de vin ici, mais de la nuance aussi. Millésime radieux pour une expression fruitée et épicée compacte, mais aussi très fraîche. Ajoutez un élevage précis et une longueur honorable. Belle affaire ! (5+) © ★★★ 1/2. Moyenne du groupe : ★★★ 1/2

Zaha « Toko Vineyard » 2014, Mendoza, Argentine (29,65 $ – 13094481) Ouf ! Poids lourd de haute voltige ici. Avec cette impression d’un croisement entre une corvina vénitienne et un mourvèdre languedocien. Puissance et tension (saline ?) sur fond fruité immense, le tout nuancé par des notes de zan et d’huile de cannabis (!). Longue finale (5+) © ★★★ 1/2. Moyenne du groupe : ★★★ 1/2

Malbec 2015, Luigi Bosca, Lujan de Cuyo, Argentine (27 $ – 12896879) Quelle classe, quelle personnalité ici ! De l’étoffe des beaux malbecs issus de terroirs au pedigree certain. C’est complexe, profond, serré et nuancé sur le plan des tanins, long en bouche. À ce prix, extra ! (5+) © ★★★ 1/2. Moyenne du groupe : ★★★ 1/2

Le Cèdre 2014, Verhaeghe fils, Cahors, Sud-Ouest, France (63 $ – 12450404) Le clan Verhaeghe, c’est du sérieux. Et ce malbec pur jus bio vous trace le sourire qu’il faut ! Le bouquet déjà, ample et profond, suggère le meilleur quoiqu’en mode fermeture pour le moment. Clarté et texture fruitée sur un ensemble digeste, d’une impressionnante longueur en bouche. Simplement un grand cru ! (10+) ★★★★. Moyenne du groupe : ★★★ 1/2

À grappiller pendant qu’il en reste

Chant des Vignes 2016, Jurançon sec, Domaine Cauhapé, Henri Ramonteu, Sud-Ouest, France (18,75 $ – 11481006) : Trois points forts ici. À savoir l’originalité profonde d’un cépage (le gros manseng complété ici par la caramalet) et la présence forte d’une origine, la joute amicale acidité/amertume sur une base de vin sec au goût exotique de thé matcha et un prix à ce point amical qu’il serait dommage de ne pas en faire provision. Surtout que ce blanc est très polyvalent à table (5) © ★★★

Beaujolais « Les Grands Eparcieux » 2016, Famille Chasselay, Bourgogne, France (21,20 $ – 12792092) : La grâce toute simple d’un gamay élaboré avec coeur et sensibilité. Un bio léger comme l’air, à la fois souple et croquant, tendre et de première fraîcheur. Pour le dire sans détours, un pied de nez à toute grisaille qui pourrait obscurcir le meilleur de votre temps (5) ★★★ Kloof Street 2016, Swartland Rouge, C. A Mullineux, Afrique du Sud (21,95 $ – 12483927) : Cette syrah ne manque pas de culot. Elle sait vous attendre, au détour du palais, proposant un fruité souple, rond et épicé qui se resserre en milieu de bouche sous ce qu’il me semble être une sensation minérale profonde du terroir. Un rouge de corps plus que satisfaisant, original dans son propos, de belle longueur (5) © ★★★

Chablis 2017, Domaine Louis Moreau, Bourgogne, France (27,65 $ – 11094727) : Le millésime 2017 a conservé une remarquable qualité en dépit des pertes de volumes alors que le 2018 – que l’on annonce triomphal à tous points de vue – lui succédera sous peu. Celui de la famille Moreau m’a semblé retenir une formidable énergie, offrant à la fois une densité peu commune sur une expression cristalline et saline immédiates. Un blanc sec léger, vivant, de belle longueur. Classique (5) © ★★★

Sancerre 2016 « La Porte du Caillou », Henri Bourgeois, Loire, France (27,95 $ – 12565172) : Ce sauvignon roule son fruité avec une expression, un éclat, une intensité qui ne passent pas inaperçu. C’est floral et bien net, avec cette touche de basilic frais et de pamplemousse blanc qui tend le palais tout en l’amplifiant. Un sancerre sincère et plus que crédible (5 +) © ★★★ 1/2

Syrah 2014, Rust en Vrede, Syellenbosch, Afrique du Sud (29,45 $ – 13613113) : Cette maison sud-africaine offre toujours une gamme de vins de haut niveau révélant avec acuité le potentiel de la région. Des vins de sève, de caractère et de profondeur, à ne pas placer dans le premier palais venu. Il y a une ambiance, un ton, un chapitre entier qui se déroule ici sous nos sens, comme si le fruité avait déjà laisser place à des histoires plus extraordinaires encore. Détaillé et complexe au nez comme en bouche, il s’assure d’une texture fondue aux nuances de cèdre, de réglisse et d’épices rares sur une longue finale ample et vineuse. À ce prix, il a beaucoup à raconter (5+) © ★★★ 1/2

Nebbiolo 2016, Schiavenza, Langhe, Piémont, Italie (42,75 $ – 13750581) : L’approvisionnement en nebbiolo « régional » piémontais atteint presque aujourd’hui le niveau de celui consenti pour un pinot noir bourguignon 1er cru issu d’appellations « satellites ». C’est comme ça. Faudra s’y faire. L’italien en vaut-il la chandelle ? Lorsqu’il y a maîtrise dans l’exécution comme sait en rendre compte celui-ci, aucuns doutes possibles. C’est surtout sur une finesse aromatique et gustative que ce dernier brille, avec ce tanin frais, mûr et bien serré, longuement palpable. Gagnera avec un peu de bouteille (5 +) © ★★★

Château Haut-Breton Larigaudière 2014, Margaux, Bordeaux, France (44 $ – 732065) : Vrai que le radieux millésime 2015 à Bordeaux trouve actuellement sa place en tablettes, ce qui n’empêche pas pour autant de se frotter à ce 2014, sans doute moins chaleureux côté ambiance, mais pourvu de cette étoffe, de cette droiture qui signent les millésimes plus classiques. La robe est soutenue et les arômes déjà variés, avec cette dominante cabernet qui confère fraîcheur et structure, le tout décliné sur un ensemble cohérent, bien nourri, habilement élevé. Longue finale (5 +) © ★★★ 1/2

Petite Incline 2016, Maison Roy Fils, Willamette Valley, États-Unis (59,50 $ – 12882338) : Il y a à la fois un mélange de tension et de relâchement dans les vins de la Côte Ouest, comme si fraîcheur et maturité cohabitaient pour faire monter les enchères fruitées tout en creusant dans un sillon terroir – du moins c’est le cas ici – pour structurer le tout et prolonger la finale. Ce pinot noir offre ampleur et un bouquet large où cerise mure et zeste d’orange cohabitent sur un ensemble fondu, d’une richesse appréciable. Canard aux cerises ? (10+) © ★★★ 1/2

Évènements vins au Centre Phi

Il y a cet homme, nommons-le Michel-Jack Chasseuil, dont la folie douce réside dans ces quelque 40 000 flacons (souvent mythiques) réunis au fil des ans et dont il célèbre le génie en les buvant, mais aussi et surtout en en parlant. C’est ce qu’il fera lors de ces Récits millésimés le 22 octobre au Centre Phi de Montréal. Aussi, le 23 octobre : table ronde avec le magazine Caribou et dégustation accords vins et desserts ; 24 et 25 octobre : la cérémonie du vin de Thierry Forbois. info@centre-phi.com

Légende

(5) à boire d’ici cinq ans
(5+) se conserve plus de cinq ans
(10+) se conserve dix ans ou plus
© devrait séjourner en carafe
★ appréciation en cinq étoiles