Le Portugal intérieur (2)

Beira Interior: «La fraîcheur des montagnes». C’est le credo de cette vaste région située au sud du fleuve Douro, une région contrastée par des nuits fraîches et des journées torrides qui assurent, dans ce coin de pays encastré, une vivacité inhabituelle aux vins. Ici, vignobles à la Quinta Dos Thermos.
Photo: Jean Aubry Beira Interior: «La fraîcheur des montagnes». C’est le credo de cette vaste région située au sud du fleuve Douro, une région contrastée par des nuits fraîches et des journées torrides qui assurent, dans ce coin de pays encastré, une vivacité inhabituelle aux vins. Ici, vignobles à la Quinta Dos Thermos.

Elle a pour nom Uniao das Adegas Cooperativas do Dao et est, comme son nom l’indique, un regroupement de plusieurs coopératives en appellation Dao. Cinq au total pour être plus précis, fusionnées sous l’acronyme UDACA. La coopérative a d’ailleurs de tout temps été privilégiée, sans doute plus ici, au Portugal, qu’en Europe en général. Certaines se sont effondrées, soit faute d’une dynamique de revitalisation et d’une adaptation au marché, soit à cause du nombre grandissant de mises en bouteille au domaine pratiquées par une nouvelle génération de vignerons.

Il ne faudrait tout de même pas les bouder en les mettant toutes dans le même panier. Si les économies d’échelle peuvent assurer aux consommateurs des prix souvent très enviables, il demeure que certaines coopératives y arriment une qualité d’ensemble qui l’est tout autant.

C’est le cas d’UDACA, dont le prix médian départ chai bouteille se situe à un peu moins de deux euros (2,75 $), avec une production de deux millions de cols exportés à 80 %. Ajoutez une marge de 145 % (plus les taxes) pratiquée par la SAQ et vous avez alors un prix oscillant chez nous à moins de 12 $.

Question : alors que le Portugal peine à afficher une montée en gamme qui lui permettrait de rivaliser à armes égales avec les autres pays producteurs, ne serait-il pas concevable de voir la SAQ réduire sa marge pour permettre à l’amateur québécois — de plus en plus connaisseur par ailleurs — d’apprécier à bon prix le réel potentiel de l’offre portugaise ? Pas de quoi fouetter une promesse électorale, me direz-vous, mais quand même.

Chez UDACA, plusieurs marques déclinent une gamme qui, sans atteindre des sommets de complexité, révèle à la fois les sols granitiques du Dao et l’expression des cercial, bical, encruzado, touriga nacional, jaen et autre alfrocheiro. Fait à signaler : près de 40 % des vins proposés par les coopérants et dégustés à l’aveugle par un comité mixte sont chaque année refusés ! Une démarche qui tire vers le haut la qualité d’ensemble. Le Brut Réserve (cercial, malvasia, bical) avec ses 24 mois sur lattes est extra (10 $ !), de même que ce Dom Divino où domine l’encruzado (même prix) ainsi que ce Dao rouge, cuvée 50e anniversaire, et cet Adro da Sé qui font la part belle au grand touriga nacional. L’oenologue Carlos Silva peut ici être fier !

Autres maisons de l’AOC Dao dignes d’intérêt : Quinta de Cabriz, Casa de Santar, Quinta dos Roques, Quinta de Viseu, Borgès, Sandinus.

Beira interior. « La fraîcheur des montagnes ». C’est le credo de cette vaste région (16 000 hectares) en altitude (moyenne de 500 mètres) située au sud du fleuve Douro, une région contrastée par des nuits fraîches et des journées torrides qui assurent, dans ce coin de pays encastré, une vivacité inhabituelle aux vins.

Les moines cisterciens ne se doutaient pas alors, au XIIe siècle, du haut de la Figuera de Castelo Rodrigo qui « regarde » l’Espagne à quelques kilomètres au nord-est, de l’indéniable qualité des cépages siria, fonte cal, arinto, chardonnay et autres marufo et rufete en rouge plantés dans les sols de granite et de schistes chauffés à blanc.

La coopérative locale, forte de ses 800 adhérents, tire ici son épingle du jeu avec des vins simples mais équilibrés et bien construits. Curiosité unique ici, cette cuvée Pinking à base de vignes plus que centenaire de siria, un blanc sec vivace, sapide et minéral à la robe saumonée dont la particularité est de contenir à la fois des anthocyanes dans la pellicule et la pulpe de ce raisin blanc. Un « blanc-rosé » qui trouverait preneur chez nous, à petit prix !

Quinta Dos Thermos. Son père Alexandre faisait l’acquisition de premières vignes en 1945 sur le versant sud de la Serra da Estrela (plus haute montagne portugaise culminant à 2000 mètres) tout au centre du Portugal ; son fils Joao Carvalho reprend le flambeau en 1993, après avoir monté une affaire prospère dans le textile local. Aujourd’hui, Quinta Dos Thermos compte 54 hectares en production biologique et compte parmi les plus innovatrices et les plus prometteuses du Beira interior.

Pour vous en convaincre, dégustez le Vinhas Velhas 2015 (24,50 $ – 13616517 – (5) ★★★) à base de marufo, de trincadeira, de jaen et de rufete. Mais ma grande surprise, sur place, a incontestablement été cette syrah pure, au profil la rapprochant d’un beau crozes-hermitage. C’est dire ! Autres très belles maisons à découvrir en Beira interior : Monte Barbo et Almeida Garret Wines.