Ce fameux vin «noir» d’Avola

Le nero d’Avola est actuellement le cépage le plus planté de l’île de Sicile.
Photo: Jean Aubry Le nero d’Avola est actuellement le cépage le plus planté de l’île de Sicile.

En exagérant un tantinet, on pourrait affirmer que la Sicile a été, au fil des siècles, visitée par tant d’« estrangers du dehors » qu’elle donne l’impression d’être une auberge espagnole de premier choix. L’insulaire y a du caractère alors que ses vins, passablement rustiques à une époque où les vinifications s’effectuaient à la va-comme-je-te-pousse, affichent aujourd’hui un éclat à rendre désormais jaloux l’astre diurne derrière ses rutilantes Ray-Ban.

Une batterie de cépages autochtones originaux poussent sous un soleil de plomb avec des sous-sols volcaniques (l’Etna), calcaires (tufa), graves, sables noirs et autres argilo-calcaires pour exprimer une sensation de fraîcheur qui apparaîtra inhabituelle dans un tel contexte. Que ce soit le frappato di Vittoria, le nocera, le nerello mascalese, le nerello cappuccio, le cerasuolo, le grecanico, le grillo, le carricante mais aussi, et surtout, le nero d’Avola, actuellement le cépage le plus planté de l’île.

Plusieurs maisons familiales, dont Tasca d’Almerita, Donnafugata, Cos, Cusumano, Fessina, Gulfi, Scurati ou encore Planeta les enrichissent de leur savoir-faire en lui soutirant d’autres qualités que celles qui consistaient à une époque pas si lointaine à améliorer, à l’image des vins médecins, les cuvées piémontaises, toscanes et même françaises. Aujourd’hui, assemblé ou non, le noir d’Avola donne l’impression d’une voluptueuse syrah qui, après s’être encanaillé avec de gentils loubards, rentre sagement à la maison.

La passion nero d’Avola selon Planeta

J’assistais tout récemment à un séminaire dirigé par l’oenologue hongroise Patricia Tóth, entrée chez Planeta en 2005 pour une durée de six mois et qui y est toujours. Difficile, semble-t-il, de se soustraire au pouvoir d’attraction de cette maison qui, sous l’énergie mais surtout la vision de Diego Planeta, semble mettre les bouchées doubles depuis la plantation des toutes premières vignes en 1985 du côté de Menfi, à l’ouest de l’île.

N’importe qui vous le dira d’ailleurs : Diego a été et est toujours cette dynamo dont la contribution, avec aujourd’hui six propriétés réparties d’est en ouest, imprime aux nero d’Avola locaux des variations que les membres de sa famille exploitent avec une passion qui ne semble jamais assouvie. Il y a bien sûr Menfi (vignobles Ulmo et Dispensa) mais aussi Vittoria (Dorilli et son fameux cerasuolo), Noto (Buonivini et son moscato) puis, en remontant la côte est, Castiglione di Sicilia (Feudo di Mezzo et ses roches noires en bordure de l’Etna) et Capo Millazo (La Baronia, dernière plantation en 2015 sur 8 hectares, véritable « doigt » sablo-alluvionnaire s’étirant dans la mer).

Pas moins de 31 cuvées différentes (sur 372 hectares !) sont proposées. En voici quatre où le nero d’Avola domine, en assemblage ou non.

Plumbago 2015 (23,80 $ – 11724776). La robe est aussi vivace que le vin qui s’active en bouche avec vigueur mais aussi avec une patine et un glissant particulièrement régalant. Éclat et séduction. (5) ★★★

Cerasuolo di Vittoria 2015 (24 $ – 10553362). Imaginez du ploussard jurassien faisant la bamboula avec un gamay nature du beaujolais et vous avez là un rouge de corps moyen, peu coloré mais diablement friand, satiné et sexy sur le plan texture. Fusion magique entre frappato di Vittoria et nero d’Avola. (5) ★★★ 1/2

Mamertino 2015 (33 $ – I. P. au 514 948–5050). Fascinant à tous points de vue ! L’ajout de nocera à l’assemblage tire l’ensemble vers le haut tout en associant les saveurs minérales à la salinité de la mer toute proche. Couleur, puissance, corps, sève pleine et chaleureuse avec, comme toujours cette vivacité naturelle qui lui colle à la peau. Grand vin d’origine (10 +). © ★★★★

Santa Cecilia 2014 (42,25 $, à surveiller automne 2018). Tout simplement, la consécration du nero d’Avola. Ces 2014, 2011 et 2007 dégustés le prouvent amplement. Surtout ce dernier aux flaveurs multipistes, d’une profondeur, d’une longueur inouïes. Mélange de puissance et de finesse, de volume, de rondeur et d’autorité, le tout décliné sur une trame déjà veloutée, détaillée et d’une exquise fraîcheur. (10 +) © ★★★★

Vous en voulez plus ?

Le nero d’Avola est un cépage qui adore la chaleur et est particulièrement choyé en Sicile. Il offre de plus, selon les climats et terroirs, de subtiles variations, toujours portées par une vibrante acidité en raison d’un pH particulièrement bas. Une prédisposition qui en fait un candidat de choix sur cette île où le cépage était déjà cité au VIe siècle. Dans le meilleur des cas, il peut se bonifier bien au-delà d’une décennie. Voici d’autres propositions de bon niveau actuellement disponibles.
 
  • Nari 2016, Firriato (9,55 $ – 11905809 – (5) ★★ 1/2)
  • Segreta 2015, Planeta (16,95 $ – 898296 – (5) ★★ 1/2)
  • Sedarà 2015, Donnafugata (18,95 $ –10276457 – (5) ★★★)
  • Sotto il Sole 2016 (19,75 $ – 12114646 – (5) ★★ 1/2)
  • Zisola 2013, Mazzei (24,30 $ – 10542225 – (5) ★★★©)
  • Feudi del Pisciotto Versace 2015, Castellare di Castellina (28,70 $ – 13044387 – (5 +) ★★★1/2 ©)
  • Sàgana 2014, Cusumano (29,95 $ – 11292580 – (5) ★★★ 1/2 ©)
  • Nero di Lupo 2016, Cos (30,75 $ – 12538561 – (5 +) ★★★ 1/2 ©)
  • Tancredi 2014, Donnafugata (33,25 $ – 10542129 – (10 +) ★★★ 1/2 ©)
  • Pithos Rosso 2015, Cos (40 $ – 13368031 – (5 +) ★★★★ ©)
  • Nerobaronj 2011, Gulfi (46,25 $ – 12152757 – (5 +) ★★★★©)
  • Siccagno 2014, Arianna Occhipinti (46,75 $ – 12613955 – (5 +) ★★★★ ©)
  • SP68, 2016, Arianna Occhipinti (61,50 $ – 1,5 l – 12429470 – (10 +) ★★★★©)

Légende

(5) à boire d’ici cinq ans
(5+) se conserve plus de cinq ans
(10+) se conserve dix ans ou plus
© devrait séjourner en carafe
★ appréciation en cinq étoiles