Tradition et modernité vinicoles

La famille élargie de Pio Boffa, fondateur de la maison Pio Cesare, jouit des meilleurs vignobles de Barolo et de Barbaresco.
Photo: Jean Aubry La famille élargie de Pio Boffa, fondateur de la maison Pio Cesare, jouit des meilleurs vignobles de Barolo et de Barbaresco.

Opposer les termes « tradition » et « modernité », c’est un peu regarder un film en noir et blanc évoluer subtilement vers la couleur. Si on s’était fait à l’idée que ce n’était pas plus mal avant, voilà que l’ajout de couleurs semble donner un coup de pouce à une réalité qui paraît ne plus avoir de zones grises. Il est alors tentant de balayer du revers de la main cette synthèse d’expériences passées (certains diraient vieilleries) liées à la tradition pour mieux cavaler devant sous le regard d’un présent que l’on croit parfois bien naïvement être porteur d’avenir.

« Tradition is all about studying the test of time », résumait l’épicurien-blogueur-cuisinier américain David Lebovitz lors d’une récente entrevue dans son fief parisien où il officie désormais, mesurant au quotidien ce que les chefs français d’une autre époque apportaient encore comme contribution aux jeunes chefs de la génération d’aujourd’hui. En somme, prendre le meilleur d’un temps révolu ne peut faire de mal à un présent qui n’a pas encore tout vu.

Les grandes familles du vin n’échappent évidemment pas à ce rite de passage. Elles pourraient roupiller sur leurs lauriers, bien sûr, en ratant le métro des tendances actuelles. Mais elles pourraient aussi tirer de leurs expériences passées matière à enrichir, pour ne pas dire se démarquer, des « jeunes pousses » toujours avides de leur part récente de marché.

Un exemple parmi tant d’autres ? La maison piémontaise Pio Cesare. C’est qu’il était malin, l’aïeul Cesare Pio, en 1881, lorsqu’il décida de diversifier ses sources d’approvisionnement sur le terrain en ciblant des terroirs qui, par leur singularité et leur complémentarité, allaient permettre 100 ans plus tard à la famille élargie de Pio Boffa de jouir des meilleurs vignobles de Barolo et de Barbaresco. L’expression « mort de rire » se justifie amplement ici, quand l’on sait qu’un hectare des meilleurs crus de Serralunga d’Alba se négocie aujourd’hui entre 2 et 2 millions et demi d’euros !

Des classiques qui s’assument

Avec ses 70 hectares de vignoble — dont seuls les vignobles Il Bricco et Ornato font figure de crus uniques —, la maison Pio Cesare assure, à l’intérieur d’une approche artisane, cette idée de promouvoir un barolo et un barbaresco « classiques » où, au dire de Pio Boffa, « notre tradition s’exprime dans le fait que chaque millésime voit le jour dans la continuité du précédent ». S’installent ainsi, en raison d’un approvisionnement et d’un assemblage judicieux du patrimoine viticole maison, une qualité, et surtout un goût maison. Au prix parfois de sacrifices qui, en contrepartie, permettent à ces appellations princières d’être toujours à la hauteur, quel que soit le millésime.

Il me semble que la production n’a jamais été aussi maîtrisée qu’aujourd’hui. Les bancs (L’Altro, Piodilei, Gavi, etc.) sont précis et éclatants, alors que les rouges, élégants et mesurés (fantastique barbera Fides), possèdent à la fois la race et un raffinement sur le plan des tanins qui étonnent par leur civisme et leur raffinement. On n’arrive pas à ce niveau par hasard. La tradition, c’est aussi comprendre pour mieux interpréter ensuite le milieu d’où l’on vient et où l’on vit.

À surveiller lors de leurs arrivages respectifs :

  • L’Altro 2016 (29,45 $ – 968982 – (5) ★★★ 1/2) ;
  • Piodilei 2015 (52,25 $ – 11072026 – (5 +) ★★★ 1/2 ©) ;
  • Fides 2013 (45 $ – 10802349 – (5 +) ★★★★ ©) ;
  • Barbaresco 2014 (72 $ – 905026 – (10 +) ★★★★ ©) ;
  • Barolo 2014 (71,65 $ – 11187528 – (10 +) ★★★★ ©)) ;
  • Il Bricco 2014 (130,50 $ – (10 +) ★★★★ ©) ;
  • Ornato 2014 (124,50 $ – 13550079 – (10 +) ★★★★ 1/2 ©)

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Vous n’êtes pas de ceux qui font leurs emplettes de vin par des commandes privées au Québec ? Vrai qu’il y a plusieurs milliers de beaux produits sur les tablettes à la SAQ, mais saviez-vous qu’il en existe le double proposé par des agences qui fouinent et offrent des exclusivités provenant des quatre coins ronds de la planète vin ? Un salon leur est consacré les 28 (grand public) et 29 avril (pour l’industrie) prochains au Marché Bonsecours de Montréal. Son nom ? Le Printemps dézippé ! Rencontres de vignerons, dégustations et achats sur place sont au menu.

Légendes

(5) à boire d’ici cinq ans
(5+) se conserve plus de cinq ans
(10+) se conserve dix ans ou plus
© devrait séjourner en carafe
★ appréciation en cinq étoiles