Des heureux qui vous veulent du bien!

Les Bienheureux: des gaillards passés maîtres sur le plan des assemblages comme des élevages
Photo: Jean Aubry Les Bienheureux: des gaillards passés maîtres sur le plan des assemblages comme des élevages

Votre référence en matière de whisky est écossaise ? Je ne saurais vous contredire ! Mais elle peut aussi être d’Irlande, du Canada, des États-Unis, du Japon, d’Allemagne, de la Belgique, de l’Inde, de l’Italie, de Suisse ou de Norvège, sans compter Taïwan, la Suède, la Finlande, en comptant bien sûr la France qui est, avec plus de 200 millions de bouteilles bues chaque année, la seconde plus grande consommatrice mondiale.

La France ? Au dernier décompte, il y aurait une cinquantaine de petites maisons distillant orge, seigle, avoine et maïs. La matière première y est, l’expertise en ce qui a trait à la distillation a fait ses preuves depuis belle lurette et la futaille, elle, est d’une qualité sans faille. Il n’en fallait pas plus, dans ce contexte, pour que deux larrons — Jean Moueix et Alexandre Sirech — se consacrent entièrement au bonheur des gens, par l’entremise de leur toute jeune société si habilement nommée Les Bienheureux. À ce niveau, cela devient presque de l’altruisme tant la démarche s’avère pertinente !

Surtout que les eaux-de-vie, provenant de trois régions françaises, ne sont pas piquées des hannetons. Exigeants et pointus, les gaillards, passés maîtres sur le plan des assemblages comme des élevages pratiqués dans leur fief charentais, n’ont de toute façon pas le choix. La concurrence est rude et les gros joueurs ne souhaitent pas nécessairement leur laisser une once carrée de terrain. Leur approche ? Séduire une clientèle jeune et sophistiquée avec des produits de niche, certes léchés sur le plan visuel du contenant, mais aussi performants sur celui du contenu. À prix étudiés.

La famille des « triple malt » tricolores, Bleu, Blanc et Rouge, déclinés sous le nom Bellevoye et issus ici des distilleries lilloise, alsacienne et charentaise, s’avère déjà un trio dont la réputation, en France comme à l’export (valorisé par l’équipe), est déjà plus que solide. Et ce, après quelques années à peine d’opération.

Mais Moueix et Sirech ne sont pas pour autant assis sur leurs lauriers, les fesses plaquées sur une barrique et les pieds dans le vide à rigoler jusqu’à plus soif. Il ne faut jamais mélanger le fun et le plaisir. Ils évaluent constamment au contraire l’ensemble de la production hexagonale par des dégustations à l’aveugle, histoire de souscrire aux meilleurs approvisionnements possible. Bref, une gamme évolutive toujours marquée par cette idée originelle de rigueur et de boulot bien fait.

Bienheureux soient les rhums !

S’il ne faut jamais mélanger le fun et le plaisir (air connu), il n’est pas dit qu’il faille éviter de fusionner le rhum et le désir. Le désir bien sûr d’essayer d’en sublimer l’expression tout en sortant du sentier des recettes éprouvées. Comme assembler, par exemple, rhums agricoles et rhums légers (rones ligeros), infuser rhum et cacao ou élever longuement en futaille chauffée « à froid » un rhum d’une seule origine. Encore une fois, le résultat étonne. Les produits font peu à peu leur apparition chez nous, même si la majorité est à venir. Impressions sur quelques produits dégustés.

Bellevoye Bleu Triple Malt (69 $ – 13061478) En voilà un qui a du swing, à la fois frais, épanoui, fruité, joliment tourné. Non tourbé. ★★★

Bellevoye Blanc Triple Malt (n.d.) Affiné en fût du sauternais, ce malt, plus floral, est aussi plus suave, avec de jolis amers en finale. Non tourbé. ★★★

Bellevoye Rouge Triple Malt (112,25 $ – 13345041) Des malts entre cinq à huit ans d’âge et un assemblage des meilleurs fûts livrent un profil plus coloré, plus riche, à la fois complexe et velouté. Non tourbé. ★★★ 1/2

Rhum El Pasador de Oro XO (69 $ – 13062091) À ce prix, vous ferez des heureux ! C’est riche, ample, épicé, d’un équilibre et d’un charme fou. ★★★

Rhum El Pasador de Oro Gran Reserva (109,50 $ – 13347126) Ce Guatémaltèque a du panache ! Texture de rêve, sensuelle et opulente sans être lourde et affaissante. Coin du feu ? ★★★ 1/2

Rhum Embargo Esplendido Anejo (59,75 $ – 13574732 – Mai 2018) Assemblage de distillats de canne (Antilles françaises) et de mélasse (Cuba, Trinidad et Tobago) pourvu d’un moelleux caressant et d’intrigantes notes de calvados. Une affaire à ce prix ! ★★★ 1/2

Lectures recommandées Iconic Whisky. Les meilleurs whiskies du monde, Seconde Édition (Éditions de la Martinière) et Le guide Hachette des rhums : 400 rhums du monde commentés (Hachette).

 

Arretxea 2014, Irouléguy, Sud-Ouest, France (32,75 $ – 12097911)

Soyons sérieux et répondez-moi honnêtement : qui d’entre vous boit de l’Irouléguy ? Un peu de franchise, allez. Jamais, me direz-vous. D’ailleurs, ça mange quoi en hiver de l’Irouléguy ? En tout cas, c’est planté ici, en ce lieu bien nommé « maison de pierre » (Arretxea), avec du tannat, du cabernet sauvignon et du cabernet franc. Le blanc (cépages gascons) est à mon sens meilleur encore, mais vous n’en buvez pas non plus, car il est rare. Cela étant, et à mille lieues de tout jugement, osez tout de même un jour escalader le terroir pentu, mais surtout vous aiguisez les dents à même la mâche grandiose, mais aussi sévère que met en place ce duo de cabernets avec l’irréductible tannat. Pas du genre merlot à gogo ! Au-delà cependant du rideau de fer, ce filament de lumière brute qui, entre les doigts de Thérèse et de Michel Riouspeyrous et de leur empreinte biodynamique, perce et s’amplifie, comme si l’oxygène réveillait un géant endormi. Un gentil géant, bien évidemment. (10+) ★★★★ ©

 

guideaubry@gmail.com

Légende

(5) à boire d’ici cinq ans
(5+) se conserve plus de cinq ans
(10+) se conserve dix ans ou plus
© devrait séjourner en carafe
★ appréciation en cinq étoiles