Des merveilles oxydatives dans votre verre

Qu’ils soient chauffés, mutés et longuement soumis au contact de l’air en barrique, en foudre ou en dame-jeanne entreposée dans des conditions extrêmes, les vins oxydatifs trouvent dans l’apport d’oxygène matière à s’accomplir pleinement.
Photo: Jean Aubry Qu’ils soient chauffés, mutés et longuement soumis au contact de l’air en barrique, en foudre ou en dame-jeanne entreposée dans des conditions extrêmes, les vins oxydatifs trouvent dans l’apport d’oxygène matière à s’accomplir pleinement.

L’essentiel des vins que nous dégustons sont traités de façon à ce que l’apport en oxygène pour les concevoir ait été judicieusement ménagé. Le milieu « réducteur » en bouteille leur assurant ultérieurement le lent développement des parfums comme des saveurs que nous leur connaissons. Ici, « l’oxygène est l’ennemi du vin ». Dans le meilleur des cas, 10, 15 ou 20 ans de bouteille invitent le fruité originel à s’ouvrir sur une patine de flaveurs tertiaires plus détaillées encore.

D’autres types de vin, à l’opposé, qu’ils soient chauffés, mutés et longuement soumis au contact de l’air en barrique, en foudre ou en dame-jeanne entreposée dans des conditions extrêmes, trouvent dans l’apport d’oxygène matière à s’accomplir pleinement. Ici, « c’est l’oxygène qui fait le vin ». Nous sommes dans ce que l’homme de science conçoit comme étant un milieu « oxydatif ». Avec une saturation en oxygène qui donne naissance à ces aldéhydes reconnaissables entre autres par ces parfums de noix, de caramel ou de pommes blettes. La mise en bouteille stoppe et emprisonne alors toute évolution aromatique et gustative ultérieure.

C’est à ces derniers que se sont frottés, avec un intérêt manifeste, les Amis du vin du Devoir dernièrement. Une fascinante immersion dans un univers tout aussi mystérieux qu’il est complexe à décrire. Une plongée parfois abyssale de profondeur, où les amers jouent un rôle de premier plan. Quelques mots sur chacun d’eux.

Château Musar Blanc 2008, Gaston Hochar, Liban (47,75 $ – 13391371). La patine oxydative fine se fraie ici un chemin discrètement. Cire, miel, cumin et nuances résinées portent un ensemble à la fois vivace, rond et d’une appréciable longueur. Assemblage très original composé des cépages obaideh et merwah. (5+) ★★★  1/2 © Moyenne du groupe : ★★★ 

Ramato Pinot Grigio 2014, Channing Daughters, Long Island, États-Unis (30 $ – n.d.). Les 16 jours de macération fournissent à ce vin orange une touche cuivrée (ramato) sur une base très légèrement oxydative où pomme mûre et épices dominent. Déroutant, certes, mais vaut le détour. (5+) ★★★  Moyenne du groupe : ★★ 1/2

Domaine Philippe Vandelle Vin jaune, L’Étoile 2009, Jura, France (59 $ – 10887400). Ce « jaune » élevé sous voile pour un minimum de 75 mois est évidemment incontournable. Très sec, salin même, ce blanc sec offre vivacité, puissance et expression avec ses nuances de cédrats confits, de figue sèche, de tire éponge et de brou de noix. Coq au vin et ses morilles ? (10+) ★★★ 1/2 Moyenne du groupe : ★★★ 1/2

Puerto Fino, Lustau, Xérès, Espagne (22 $ – 115683347). Ce palomino très sec et vibrant, aux flaveurs de pomme verte et de citron, a divisé le groupe ici. Une gloire aux amers, pourtant, ici des plus remarquables, à petit prix. ★★★  Moyenne du groupe : ★★

Madère Leaccocks’s 5 ans Dry Sercial, Portugal (27, 50 $ – 10896664). L’impression d’une mistelle à base de calvados tant l’expression fruitée, saline et très fraîche domine. Amplitude et rondeur sur une finale épicée. ★★★  Moyenne du groupe : ★★★  1/2

Madère Broadbent 10 ans Sercial, Portugal (104 $ – n.d.). Le célèbre auteur britannique donne son nom à cette cuvée de haut niveau, à la fois douce et vivace, profonde, minérale et intense. Longue finale développée sur le pruneau sec. ★★★★ Moyenne du groupe : ★★★★

Porto Tawny 20 ans, Sandeman, Douro, Portugal (59,75 $ – 13559655). N’a pas la précision incisive du Taylor 20 ans, mais il régale par ses saveurs suaves, au goût de crayon, de cèdre, de noix et de clémentine séchée. Servir frais. ★★★  1/2 Moyenne du groupe : ★★★  1/2

Vecchio Samperi, Marco de Bartoli, Sicile, Italie (96 $ – 13217102). La solera opérée sur le cépage grillo pendant une vingtaine d’années livre un vin aux mille facettes oxydatives, avec un goût profond et salin de châtaigne, de noix et de carvi. Quelque douze grammes de sucre au litre, mais une expression verticale unique. Longueur d’anthologie. Top ! ★★★★ 1/2 Moyenne du groupe : ★★★★

guideaubry@gmail.com

Légende

(5) à boire d’ici cinq ans
(5+) se conserve plus de cinq ans
(10+) se conserve dix ans ou plus
© devrait séjourner en carafe
★ appréciation en cinq étoiles