Vous boudez encore Bordeaux?

Il demeure que dans le vignoble girondin, plus qu’ailleurs, viticulture et finance couchent dans le même lit.
Photo: Jean Aubry Il demeure que dans le vignoble girondin, plus qu’ailleurs, viticulture et finance couchent dans le même lit.

Selon une étude citée dans l'Atlas mondial du vin des auteurs Hugh Johnson et Jancis Robinson aux éditions Broquet, le coût moyen de production d’une bouteille de bordeaux (en fonction de la densité de plantation, des rendements, des coûts viticoles, du foncier, etc.) avoisinerait les 4 euros (6,10 $). Pas de quoi fouetter un chat ni bâtonner des lies fines. Comment se fait-il alors, par exemple, que le Pavillon Rouge, second vin de Château Margaux, soit vendu chez nous 45 fois plus cher que ce même coût moyen ? La faute au négoce ? À Robert Parker ? À l’inflation ? À la cupidité des hommes ?

Bien sûr, comme en Bourgogne, nous orbitons là avec cet exemple parmi l’élite de la production. S’il demeure que le vignoble girondin, avec plus de 110 000 hectares, compte de beaux bordeaux sympathiques à prix tout de même très corrects dans 90 % des cas, il demeure qu’ici, plus qu’ailleurs, viticulture et finance couchent dans le même lit. Avec d’ambitieux rêves à la clé. Cela étant, j’aime boire du bordeaux. Visiblement, les Amis du vin du Devoir aussi. Pour preuve, ces quelques flacons commentés.

Domaine de Chevalier Blanc 2011, Pessac-Léognan (138,75 $ – 11750819). Chevalier blanc est la 8e merveille du monde. On y perçoit le chant des anges derrière des sauvignons devenus trompettistes célestes. La sève est fine, dense, vivace et ascensionnelle, déployant une palette de fruits blancs, de miel, de menthe, d’ambre et de vanille à vous faire confesser vos péchés les plus nobles. Finale d’anthologie. Grand vin qui pourra tenir. (10+) © ★★★★ 1/2. Moyenne du groupe : ★★★★.

Château le Puy 2014, Côtes de Francs (28,45 $ – 709469). Jamais d’esbroufe, toujours à sa place, patiemment enraciné dans l’âme de son terroir et de la famille Amoreau qui veille sur sa destinée : voilà le Puy. Tous les parfums, toutes les saveurs et textures d’un vin vivant, bien frais, se resserrant sur une longue finale minérale de graphite. Bel avenir ! (10+) © ★★★ 1/2. Moyenne du groupe : ★★★.

Château Ferrière 2014, Margaux (62,50 $ – 13368040). L’un de mes margaux préférés. Des cabernets glorieux pour un ensemble qui allie clarté, force et élégance. Racé. (10+) © ★★★★. Moyenne du groupe : ★★★.

Château les Ormes 2014, Saint-Julien (45,50 $ – 13496931). Coloré et profond, bien que fermé pour le moment, avec des tanins fins, au relief ruisselant comme des cailloux en bouche. Classe et harmonie. (5+) © ★★★ 1/2. Moyenne du groupe : ★★★.

Château d’Ardennes 2009, Graves (32,50 $ – 869933). Avec ses sensuels parfums de moka et ses tanins abondants, gras et fondants, ce petit bijou régale et transporte… maintenant ! (5) ★★★ 1/2. Moyenne du groupe : ★★★★.

Château Samion 2015, Lalande-de-Pomerol (53 $ – I.P. 514 288-9009). Toute la sensibilité et la sobriété de Jean-Claude Berrouet (Petrus) transpire ici dans ce rouge droit et exemplaire mais aussi exigeant, avec une précision fruitée toute diabolique. Gagne en ampleur et en intensité, révélant au compte-gouttes l’assise minérale du terroir. Superbe ! (10+) © ★★★★. Moyenne du groupe : ★★★.

Château Tour des Gendres, La Gloire de mon Père 2015, Côtes de Bergerac (25,20 $ – 10268887). Ce rouge bio de Luc de Conti fait la barbe à bon nombre de bordeaux plus prétentieux. L’approche est franche, précise, avec un fruité éclatant, tonique et abondant. Touche droit au but ! (5+) © ★★★. Moyenne du groupe : ★★★.

Château Tour des Termes 2014, Saint-Estèphe (38,25 $ – 13496957). L’empreinte est moderne, la structure, classique, intégrée, et le fruité est d’une superbe luminosité. De beaux jours devant lui ! Attendre. (10+) © ★★★★. Moyenne du groupe : ★★★ 1/2.

guideaubry@gmail.com

 

D’autres bons choix

Château Cailleteau Bergeron Prestige 2015, Blaye Côtes de Bordeaux (18,80 $ – 919373). Excellent bordeaux pour ces lundis soir que l’on veut draper dans un fruité sincère et une bavette à peine plus saignante qu’à point. (5) ★★ 1/2

Château Recougne 2014, Terra Recognita, Bordeaux Supérieur (19,50 $ – 12716276). L’approche est sans détour, avec son fruité serré et consistant, au relief bien senti. (5) ★★ 1/2

Château Bujan 2015, Côtes de Bourg (21,55 $ – 862086). Sous la houlette de Pascal Méli mais surtout de ses sols hétéroclites, ce Bujan déploie toujours une musculature fine et serrée, à la fois dense et parfumée. Ce 2015 ira loin ! (10 +) © ★★★ 1/2

Domaine Virginie Thunevin 2015, Bordeaux (22,60 $ – 13448883). Un bordeaux de côtes avec des notes minérales et fumées que vient enrichir un fruité mûr et imposant mais aussi tout en fraîcheur et en parfum. Puissant mais demeure équilibré. (5) © ★★★

Château Villa Bel-Air Blanc 2015, Graves (24,80 $ – 11341679). Ce blanc sec à la fois princier et parfaitement ajusté mise sur des sauvignons et sémillons suaves et mûrs, tous deux « léchés » en profondeur sous les avances discrètes mais sensuelles de la barrique neuve. Très bon ! (5 +) © ★★★ 1/2

Château Rollan de By 2012, Cru Bourgeois, Médoc (36,50 $ – 11454981). Ce médoc du Nord appose sa griffe avec toute l’autorité consentie à son rang et à son terroir. Un rouge qui commence seulement à s’ouvrir et à partager la ferveur d’un fruité très « médocain », droit et discipliné, un rien réservé. (5 +) © ★★★ 1/2

Légende

(5) à boire d’ici cinq ans
(5+) se conserve plus de cinq ans
(10+) se conserve dix ans ou plus
© devrait séjourner en carafe
★ appréciation en cinq étoiles