Des étudiants chinois vont percer les secrets du vin de Bourgogne

Des étudiants dans un cours de dégustation du vin à la School of Wine de Dijon
Photo: Philippe Desmazes Agence France-Presse Des étudiants dans un cours de dégustation du vin à la School of Wine de Dijon

Dans une salle de classe de la School of Wine (l’école des vins) de Dijon, dans l’est de la France, des étudiants examinent au fond de leur verre un nectar de Bourgogne couleur rubis. Une dizaine de Chinoises, la moitié du groupe, sont assises aux premiers rangs.

Encore peu nombreux il y a 15 ans, les Chinois représentent aujourd’hui près de 30 % des 135 étudiants de l’établissement, prêts à débourser 12 000 ou 13 000 euros (entre 17 000 et 18 700 $CAN) par an pour s’initier aux grands crus et aux climats de Bourgogne, dans la capitale de l’ancien duché. En anglais, les étudiants s’appliquent à décrire la robe, puis le nez du vin, un Saint-Aubin premier cru, né sur la côte de Beaune à quelques dizaines de kilomètres de là.

Chen Yan-fen, lui, trouve au goût des notes de framboise et de fraise. « Pour la plupart des consommateurs chinois, le vin français est le meilleur parce qu’il a une longue histoire et qu’il est très célèbre dans le monde entier », explique l’étudiante de 30 ans, qui dit vouloir promouvoir en Chine les vins de Bourgogne, qui y gagnent depuis trois ans une réputation aux côtés des célèbres vins de Bordeaux.

Un produit de luxe

« En Chine, le vin est un produit de luxe. Et quand je dis à mes amis que j’étudie le management du vin, ils me disent : “ Wow, c’est cool ! , ajoute Liu Xin-yang, 22 ans. C’est un travail respecté, il n’est pas difficile de trouver un emploi avec ce diplôme. » Comme la majorité des étudiants chinois, elle repartira dans son pays pour vendre du vin — pas seulement français — ou travailler dans la jeune viticulture chinoise.

Avec l’arrivée de ces élèves d’Orient, l’établissement bourguignon s’est adapté en intégrant notamment un nouveau module intitulé « Faire des affaires en Chine ». Les étudiants français y voient une chance. Quentin Possidoni, 23 ans, prévoit d’ailleurs de « garder de bons contacts » avec ses camarades chinois. « On ne sait jamais ce que l’avenir nous réserve. C’est une bonne occasion », dit-il.

Jérôme Gallo, le directeur de l’école qui dépend de la Burgundy School of Business — l’école de commerce de Dijon a adopté l’an dernier un nom anglais —, doit cependant refuser chaque année des dossiers en provenance de Chine, pour maintenir un équilibre. Mais il voit d’un bon oeil les Chinois arriver de l’Empire du Milieu et repartir avec un bagage bourguignon.

« Ce qui nous intéresse, ce n’est pas seulement qu’ils ramènent du vin. C’est qu’ils ramènent dans leur coeur une partie de l’école, une partie de la Bourgogne et une partie de la France », affirme-t-il. « La Bourgogne est un porte-étendard assez formidable » de la filière viticole française de qualité, estime M. Gallo. « En France, on est accroché à l’idée selon laquelle la qualité du vin qu’on produit est d’abord issue du terroir, de la nature et du travail de l’homme sur la nature. »

C’est ce goût de la qualité que Gong Yan-ping cherche à transmettre à ses compatriotes. Ancienne élève de la School of Wine, cette Chinoise de 42 ans s’est définitivement installée en Bourgogne en 2011. Passionnée, elle organise des séminaires pour des professionnels du vin arrivés de Chine, qui viennent découvrir « des domaines moins connus, des appellations moins connues » que les grands crus. « La Chine n’est pas encore prête » à former ses professionnels. « Il faut les former ici, dans le pays d’origine », affirme Mme Gong.

L’esprit ouvert

Selon le professeur anglo-australien Steve Charters, un spécialiste du vin qui enseigne depuis 20 ans, dont la moitié en France, les Chinois apprennent vite : « Nous avons aujourd’hui des étudiants chinois qui sont souvent aussi expérimentés, qui dégustent aussi bien le vin, qui ont autant de connaissances que les Français, les Américains ou les Italiens. »

« Comme ils n’ont pas une culture très ancienne de consommation de vin, ils ont aussi l’esprit plus ouvert. Ils adorent le bordeaux, le bourgogne, mais c’est plus facile pour eux d’admettre que le Chili ou l’Afrique du Sud font de bons vins. »

La Chine fabrique aussi ses propres vins, qui représentent 80 % de la consommation du pays. Mais en matière de qualité, « elle n’est pas encore au niveau de la France. Cela prendra un peu de temps… » estime le professeur, en rappelant qu’il a fallu à la France « 2500 ans pour trouver ses meilleurs terroirs, les meilleurs endroits et les meilleures façons de faire du vin ».

Mais il en est sûr : « Lorsqu’ils auront trouvé les meilleurs sites, trouvé quels cépages doivent êtres plantés à quel endroit, les Chinois produiront du très, très bon vin. »