Escapades viticoles en Estrie

Caroline Rodgers Collaboration spéciale
Vue du Domaine Les Brome depuis le balcon de la propriété des Courville
Photo: Léon Courville Vue du Domaine Les Brome depuis le balcon de la propriété des Courville

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Avec l’automne qui se prête à merveille aux balades gourmandes à la campagne, le succès de la Route des vins Brome-Missisquoi ne se dément pas depuis sa création. Ce sont plus de 130 000 visiteurs par an qui sillonnent la route en voiture, en autobus ou à vélo, s’abreuvant de paysages, d’air pur et des produits viticoles du terroir québécois.

La Route des vins, qui a été créée en 2004, compte 22 vignobles répartis sur un circuit de 140 km. On y trouve, entre autres, les deux plus anciens vignobles du Québec, le Domaine des Côtes d’Ardoise et le Vignoble de l’Orpailleur, qui ont entrepris leurs activités respectivement en 1981 et 1982. Environ 60 % des vins du Québec sont produits dans la région.


« Avec la participation des restaurants et des auberges de la région, nous avons su créer un environnement touristique intéressant », dit Léon Courville, vigneron et copropriétaire depuis 1999 du Domaine Les Brome. Cet ancien président d’une banque converti au noble métier de viticulteur produit une quinzaine de vins — rouges, blancs, rosés, de glace — et un vin de vendanges tardives. Son domaine, situé à Lac-Brome, compte plus de 80 000 plants de vigne d’une douzaine de cépages.

Activités

En plus d’offrir des visites guidées et diverses formules de dégustation, la plupart des vignobles de la Route des vins proposent des activités thématiques plus élaborées, et plusieurs d’entre eux permettent au public de participer aux vendanges dans la période allant du 10 septembre au 2 octobre. Au Vignoble de la Bauge, par exemple, on peut devenir vigneron d’un jour et expérimenter les divers aspects de ce travail. Au Domaine des Côtes d’Ardoise, jusqu’au 23 octobre, on peut visiter Nature et création, une exposition de sculptures extérieures qui présente une centaine d’oeuvres. Au Domaine du Ridge, à Saint-Armand, les dames sont invitées à participer au foulage traditionnel du raisin par les pieds.

« Les vignes exercent une espèce de fascination sur les gens, dit Léon Courville. C’est impressionnant de voir toutes les belles rangées de vignes bien taillées. Les visiteurs trouvent ça très beau. »

De plus, bon nombre d’auberges de la région, notamment l’Auberge Lac-Brome, l’Auberge La Belle Verte, à Dunham, ou l’Auberge des Appalaches, à Sutton, proposent des forfaits très variés incluant le séjour, des repas et des tournées de vignobles. Certains séjours incluent des activités sportives ou culturelles. Pour ceux qui souhaitent profiter de leur visite sans se soucier de conduire, l’entreprise Kava Tours, spécialisée dans les excursions viticoles, offre des tournées guidées en minibus à partir de Montréal ou de Bromont.

La viticulture au Québec

Si l’histoire de la vinification québécoise est courte en comparaison des traditions européennes, la production locale est en constante amélioration et le réchauffement climatique donne un coup de pouce aux producteurs, selon Léon Courville.

« En ce qui concerne le climat québécois, trois éléments sont à prendre en compte ici : nous avons le froid, la lumière et la chaleur pendant le jour, et l’eau. Les vignobles d’ici utilisent différentes méthodes pour protéger leur vigne pendant l’hiver. Chez nous, on utilise de la toile géotextile ; j’en aurais assez long pour la dérouler sur 80 km ! Avec ça, on est capables de passer l’hiver. Nous n’avons plus les rudes hivers d’autrefois. C’est évident que le réchauffement nous aide. Il est rare, de nos jours, que l’on ait du frimas à la fête du Travail. Nos mois de septembre sont exceptionnels depuis quelques années, et un avantage au Québec, c’est qu’il y a beaucoup de pluie. Cette année, nous avons une récolte magnifique. Pendant toute la période de floraison, en mai, il a fait chaud, il y a eu du soleil et énormément de vent, ce qui aide à la pollinisation. Nous avons eu les conditions idéales. »

Comme bien des vignerons québécois, Léon Courville a appris une bonne partie de son métier par essais et erreurs. Il a vendu 80 000 bouteilles l’an dernier.

« Malheureusement, nous avons une seule récolte par an, dit-il. La vinification est un long apprentissage. Nous n’avons que quinze ans d’histoire, c’est tout petit pour un vignoble. »

Le fait d’avoir la Route des vins représente un atout énorme pour les producteurs de la région.

« Le vin est probablement l’activité touristique la plus importante dans Brome-Missisquoi, dit-il. On peut vendre nos produits aux visiteurs. Et pour moi, un grand bénéfice d’être vigneron, c’est de pouvoir rencontrer des gens et leur parler de ce qu’on fait. C’est une partie du métier que j’aime beaucoup. »