Le Périgord et le Québec - Une longue amitié

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Des soixante-cinq antennes affiliées à l'association France-Québec, la régionale Périgord-Québec et ses quatre cent cinquante adhérents est la plus importante. Depuis trente ans, elle œuvre au rapprochement de collectivités. Entretien avec Dominique Rousseau, président de Périgord-Québec.

Outre la cinquantaine de Québécois qui vivent dans cette région du sud-ouest de la France, aujourd'hui quatorze villes et villages périgourdins sont jumelés avec des municipalités d'ici, principalement dans Lanaudière. Des jumelages très actifs qui permettent des échanges soutenus sur les plans scolaire, culturel, touristique et humain.

Comment expliquez-vous les relations étroites entre votre région, le Périgord et le Québec?

C'est une histoire d'hommes. Ce sont les citoyens qui sont les acteurs de cette coopération. S'il n'y a pas de gens motivés, il ne se passe rien. Il se trouve que l'on a eu des relations privilégiées avec le Québec depuis trente ou quarante ans, peut-être parce que, ici à Bergerac, nous avions l'Institut européen de recherche sur le tabac, que le Périgord était une forte région de production du tabac et qu'il y avait également au Québec des régions productrices de tabac, notamment Lanaudière. Par ce biais-là, des contacts professionnels se sont créés. Le directeur de l'Institut a d'ailleurs été président de Périgord-Québec pendant quinze ans. Il s'est souvent déplacé au Québec et a entraîné derrière lui tout un tas de gens qui ont été motivés. Moi-même, je suis allé la première fois chez vous il y a environ vingt ans pour un voyage professionnel au pas de course, et je suis tombé dedans. Je me suis juré de revenir plus longuement... aujourd'hui, les mauvaises années, je fais un voyage, les bonnes, j'en fais trois!

Quel genre de relations mettez-vous en place?

Nous ne nous occupons pas du tout de politique et très peu d'économie. Nous pouvons mettre certains acteurs en contact, les vins de la région de Bergerac sont particulièrement bien représentés à la SAQ et il nous est arrivé d'aider certains viticulteurs à pousser la porte. Mais notre rôle en la matière s'arrête là. En revanche, nous sommes très actifs, par le biais des comités de jumelage, sur le plan des échanges scolaires, culturels, touristiques et sportifs, principalement dans la région de Lanaudière, avec laquelle nous avons signé un pacte d'amitié.

En quoi cela consiste-t-il?

D'abord, il y a environ cinq mille Québécois qui visitent le Périgord chaque année. Ensuite, nous organisons de nombreux échanges scolaires pour des jeunes de 8 à 16 ans, qui partent à la découverte d'un autre continent. Et puis, il y a des actions plus momentanées. Par exemple, au moins de juillet dernier, je suis venu pendant deux semaines avec un groupe de vingt-deux musiciens de rue. On a visité nos villes jumelées, on a participé au Festival international de percussions de Longueuil, rencontré des groupes de fanfares et musique de rue. Nous avons des échanges de clubs cyclotouristes. En 2002, l'équipe des Sapeurs pompiers de Bergerac a participé au tournoi de beach volley de Repentigny, sa ville jumelle. Là, nous avons un projet pour que, en 2012, un groupe de randonneurs d'ici vienne marcher au Québec.

Vous tissez principalement des relations humaines...

C'est l'histoire de gens qui s'estiment, qui se respectent. On a créé au fil du temps des relations fortes, des relations amicales. Peut-être justement parce qu'on n'a parlé ni politique, ni business... Nous faisons surtout de la relation humaine. Quand on vient au Québec, on vit en famille, de même quand les Québécois viennent dans le Périgord. C'est ça qui crée la force de notre système et de notre relation.

Comment se passe généralement la première rencontre?

En amont, il y a de la peur des deux côtés: l'hébergeur a peur de mal héberger et celui qui est hébergé, de déranger... Passé cet a priori, tout le monde est enchanté. Le plus gros choc, finalement, pour les Français qui viennent chez vous, surtout en région comme dans Lanaudière, ce sont les horaires des repas, plus particulièrement le soir: vous pouvez passer à table à 17 heures alors que notre repas ne commence pas avant 19 heures. Le prix exorbitant des vins est également surprenant, tout comme le pain: chez nous, le pain de mie, les toasts, nous ne sommes pas très habitués. L'immensité du pays frappe beaucoup les esprits lors du premier voyage, tout est plus grand chez vous! En revanche, il n'y a pas vraiment de remarques autour de la langue. Nous avons chacun notre accent, nos expressions, mais cela reste du français et nous arrivons très bien à nous comprendre... les légères différences de sens sont plutôt de bonnes occasions de rire!

La langue française est-elle aussi un facteur de rapprochement?

Plus que la langue, je dirais la culture francophone. C'est un art de vivre, une façon de raisonner... Avoir une table avec une bonne bouteille de vin, prendre le temps de discuter autour d'un repas, etc. Face à la mondialisation qui nous emmène tous vers la même façon de penser, vers une uniformité de tout, la francophonie est un moyen d'avoir une autre manière d'approcher les choses. Et le Québec, qui a une forte imprégnation nord-américaine de par sa situation, garde une culture très francophone et francophile. Nous sommes deux peuples dans la même lignée. Pour les Québécois, la France est une base pour comprendre l'Europe. Et pour nous, les Français, le Québec est une base pour pénétrer le continent nord-américain.

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Collaboratrice du Devoir
2 commentaires
  • camelot - Inscrit 9 septembre 2011 13 h 15

    Question

    Je suis un grand amoureux du Périgord et de ses habitants. Plusieurs sont venus en Nouvelle-France. Plante rare, on a exporté le ginseng québécois au XVIIIe siècle. Est-ce que la truffe, diamant périgourdin, existe au Québec ? Je sais qu'elle affectionne les racines de chênes et de noisettiers. Or, le Québec abonde de ces espèces qu'on nomme aussi coudrier. En a-t-on déjà trouvé ?

  • Didier JACQUESET - Inscrit 10 septembre 2011 06 h 31

    AMITIE / AMISTATS

    Peut-être aussi le fait que le Périgord ait une double culture historique, occitane et française.
    Si les Québécois ont à promouvoir la langue française en contexte anglophone, les Périgourdins promeuvent la langue occitane en contexte francophone ... ça n'est pas toujours facile, mais ça ouvre des horizons quant à la conception de l'altérité et de la nécessaire pluralité culturelle du monde.

    Amistats als amics e amigas de Quebèc,

    D.J.

    Pour info:

    http://www.sudouest.fr/2011/09/03/une-fete-autour-

    http://www.lemonde.fr/livres/article/2011/09/08/le

    http://communes-oc.cg24.fr/

    http://www.culturedordogne.fr/component/content/ar

    http://albuga.free.fr/oc/culture/index.html