La fabuleuse histoire des «french tacos»

Nora, la propriétaire du restaurant Snatch, prépare des «french tacos», avec des frites et de la sauce au fromage, un phénomène dans l’Hexagone depuis une décennie.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Nora, la propriétaire du restaurant Snatch, prépare des «french tacos», avec des frites et de la sauce au fromage, un phénomène dans l’Hexagone depuis une décennie.

Le french tacos — avec un S même au singulier — est un véritable phénomène culinaire en France depuis une décennie. Pas vraiment un taco mexicain, plutôt un gyros roulé comme un burrito et pressé comme un panini, ce sandwich est garni de viande, de frites et de sauce au gruyère. Portrait de ce fast-food à la française qui trace son chemin au pays de la poutine.

Comme bon nombre de créations du genre, le french tacos, ou tacos, ou encore « matelas » — qu’on a renommé ici tacos français — est sans doute né d’une erreur, d’un test ou d’un élan de créativité. Dans tous les cas, son origine demeure floue. Plusieurs racontent que l’histoire aurait commencé au tournant des années 2000. Un homme de Vaulx-en-Velin, en banlieue de Lyon, derrière son comptoir de kebabs, aurait eu l’idée de marier la viande grillée avec des frites et une sauce à base de crème et de gruyère. D’autres donnent une part du mérite à Salah Dardouri, l’instigateur de la première chaîne de tacos et du plat tel qu’on le commercialise aujourd’hui. Après avoir goûté à ce sandwich à Lyon, il aurait eu envie de propager la bonne nouvelle dans sa région natale. Ainsi naissait Le tacos de Lyon à Saint-Martin-d’Heres, un quartier ouvrier de Grenoble. De boui-boui en casse-croûte, le tacos est finalement apparu dans les banlieues de Paris sous l’enseigne Mister Tacos, puis en son centre. Le succès ne s’est pas fait attendre, et aujourd’hui, plusieurs entreprises se partagent la clientèle et placardent les devantures de restaurants, O’Tacos en première ligne. C’est un classique des sandwicheries et des en-cas pour la route. Le tacos est à Paris ce que le bagel-fromage est pour New York. Il fait même de l’ombre au jambon-beurre.

Élément à part entière de la jeunesse estudiantine et de la culture des quartiers populaires, le tacos est devenu un symbole de la conquête française sur la scène de la restauration rapide. Le documentaire Tacos Origins revient avec une pointe d’humour sur les débuts modestes de ce « nouveau roi du fast-food », qu’il qualifie même de mythe moderne. Signe du temps : manger un tacos français est l’objet de nombreuses vidéos sur les réseaux sociaux, tel que TikTok.

Nouveauté au Québec

C’est cette frénésie qui a d’ailleurs incité Nora Abbar et son conjoint à ouvrir Snatch, un restaurant de tacos français à Montréal. Arrivée au Québec en juillet 2020 pour tenter une nouvelle aventure de vie, la famille Abbar savait déjà qu’elle ouvrirait un restaurant de tacos. Elle venait de quitter la région parisienne, où « il en poussait à chaque coin de rue », pour une terre fertile et quasi inoccupée par ce fameux produit. « On a décidé de prendre le train en route », relate Nora Abbar, heureuse de la réponse des Québécois. Celle qui a fait l’école de cuisine en France sous la gouverne du chef étoilé Thierry Marx voit dans le tacos français un plat gourmet. Elle fait tout maison, dont les sauces qui agrémentent le sandwich en plus de celle au fromage gruyère qui est la signature du mets. Les viandes sont halal, comme dans la majorité des restaurants qui en servent, et le poulet cordon-bleu est fraîchement préparé par Nora tous les jours. « On mise sur le côté authentique, fait maison, pour se faire connaître », précise-t-elle.

Mais qu’est-ce qui plaît tant dans cet hybride de cultures ? Produit facile à emporter, il attire les jeunes et les moins jeunes en quête de quelque chose de savoureux, de généreux et d’abordable. Au Snatch, les sandwichs nommés en l’honneur des personnages du film culte voyagent dans tous les sens. Crevettes, sauce curry-miel, oignons rouges, guacamole dans un, poulet mariné, sauce algérienne, merguez et poivrons grillés dans un autre ; il y en a certainement pour tous les goûts. D’autant plus qu’il se personnalise, ce qui touche la corde sensible de bien des gourmands.

Pour bien saisir l’engouement, l’auteure de ces lignes est partie à la découverte du french tacos. À Québec, Abdel Hamid Berrezouk a lui aussi saisi la chance de faire découvrir le sandwich en ouvrant cet été l’un des premiers restaurants consacrés au tacos français dans la capitale. Paris Tacos propose la formule classique : quatre choix de viande, la sauce fromagère, des frites et des choix de condiments, le tout dans une tortilla pliée en carré et mise sous la presse à panini.

Selon la recommandation du chef propriétaire, le poulet mariné et effiloché s’est lié à une sauce algérienne à base de mayonnaise et d’épices. Le résultat a des airs de crêpe farcie. C’est chaud, réconfortant, décadent. Dès la première bouchée, on sait qu’on va récidiver. Le Paris Tacos, tout comme le Snatch, propose aussi des produits et boissons européens, rappelant que nous sommes dans l’antre du fast-food français. Selon Nora Abbar, les Québécois sont sceptiques au départ, « mais une fois qu’ils y ont goûté, ils comprennent ! » Si la poutine figure sur son menu, elle a aussi créé le Doug, un tacos garni de poulet mariné, de sauce barbecue et de fromage en grains ; sorte d’hommage au Québec. « On n’a que nos tripes pour réussir [cette aventure] », lance l’entrepreneure, humblement. Fort heureusement pour elle, les Français installés à Montréal s’en sont déjà entichés et alimentent le bouche-à-oreille, comme il s’est fait il y a une dizaine d’années près de Lyon.

Poursuivre la découverte

Montréal

French Takos : deux adresses sur l’île de Montréal et une à Laval, au 2168, boulevard
Curé-Labelle.

Mont Tacos : huit adresses à Montréal, dont la première au 5470, chemin de la Côte-des-Neiges, et une à Ottawa, au 3059, avenue Carling.

Trois-Rivières

Restaurant Ephèse, 3097-A, boulevard des Forges

Québec

Via Grillades, 2600, boulevard Laurier

Sherbrooke

Cantine 75, 96, rue King Ouest



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