Découvrir le monde… en restant chez soi

Maria-José de Frias et sa fille Zoya proposent une cuisine panafricaine subsaharienne avec des influences québécoises. En participant à La fourchette et le micro, «on voulait partager notre histoire, notre culture, comme ce que l’on fait dans nos assiettes, mais de façon orale», raconte Zoya.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Maria-José de Frias et sa fille Zoya proposent une cuisine panafricaine subsaharienne avec des influences québécoises. En participant à La fourchette et le micro, «on voulait partager notre histoire, notre culture, comme ce que l’on fait dans nos assiettes, mais de façon orale», raconte Zoya.

Imaginez. Un menu trois services prêt-à-manger, les confidences et l’histoire des gens derrière ces saveurs insoupçonnées qui résonnent dans votre foyer, le tout agrémenté de coups de cœur musicaux. Voilà ce que propose le Centre Phi avec sa série La fourchette et le micro, un trio d’entretiens et d’expériences culinaires créées en réaction au confinement.

Cherchant une formule pour garder le lien avec son public, le laboratoire multidisciplinaire a misé sur le plaisir de la nourriture et de l’humain. « L’art culinaire a toujours fait partie de nos intérêts, explique Myriam Achard, responsable des nouveaux médias pour le Centre Phi. « Beaucoup de restaurants font du prêt-à-manger. On voulait [ajouter] une expérience audio qui accompagne tout au long du repas […] comme si le chef était assis à ta table. »

Table mise, il ne manquait que les convives. D’emblée, Danny St-Pierre, à qui on avait demandé de tester le concept durant l’été, reprend sa place. Il nous raconte son histoire, ses tractations et la naissance du petit nouveau, Accomodation Danny. S’y ajoutent les frères Akim et Abdel Acacia, du restaurant Piklìz, pour un voyage en Haïti avec survol des Caraïbes jusqu’au Québec. Enfin, Maria-José de Frias et Zoya, mère et fille, nous révèlent les raisons de leur venue à Montréal et le réconfort qu’elles y ont trouvé ; l’essence même de leur restaurant Le Virunga.

Cette adresse de la rue Rachel propose une cuisine panafricaine subsaharienne avec des influences québécoises. Métissées et se disant citoyennes du monde, les propriétaires cherchent à encourager la rencontre de cultures en unissant « différentes inspirations qui nous représentent, souligne Zoya. Pour le plat principal [créé pour La fourchette et le micro], par exemple, ma mère voulait vraiment reproduire les saveurs de son enfance ».

« Synonyme de vivre »

C’est d’ailleurs en nous décrivant la préparation de l’attiéké, un couscous de manioc, que commence l’histoire de ces deux femmes originaires du Congo. Authentique et personnelle, elle met en lumière le quotidien de Maria-José de Frias avant qu’elle parte pour des vacances en Belgique dont elle ne reviendra jamais. Elle aborde aussi la longue hospitalisation de Zoya qui, avec un appétit en dents de scie, plongera néanmoins avec avidité dans le monde culinaire de Joël Robuchon. À travers son émission Bon appétit bien sûr, le célèbre chef français réussira à faire saliver Zoya et nourrira chez la « maman poule » l’envie de cuisiner pour sa fille.

« Depuis mon enfance, la nourriture fait partie de ma vie, l’amour de la cuisine a toujours été là, même si je faisais autre chose professionnellement,se souvient Maria-José. Arrivée à Montréal, j’ai voulu continuer dans ça, parce que j’avais vu ma fille renaître. Je me suis dit : “La nourriture, c’est vraiment la vie. La vie m’a fait le cadeau de ma fille, je vais essayer de le partager avec ceux que j’aime.” J’estimais que la vie nous donnait une deuxième chance. »

Photo: Adil Boukind Le Devoir On découvre la culture africaine à la table du restaurant Le Virunga.

Sitôt installée, Maria-José s’est inscrite à l’école de cuisine du collège LaSalle. Elle avait 40 ans. Rapidement, la nature du restaurant s’est révélée, comme elle le relate dans la capsule audio. « Beaucoup [de gens] avaient une idée réduite de l’Afrique. Pour beaucoup, c’était une terre de famine, de guerre et de pauvreté. Je les ai rassurés en leur disant qu’en Afrique, il y avait plus que ça. L’Afrique est le grenier du monde. »

L’idée a fait son chemin et le Virunga a ouvert en 2016. Recevant des élans d’amour et de reconnaissance de la clientèle qui ne cesse de s’agrandir, elles recueillent aussi des témoignages touchants depuis la parution de la série du Centre Phi. « On voulait partager notre histoire, notre culture, comme ce que l’on fait dans nos assiettes, mais de façon orale. Mais on ne s’attendait pas à ce que ça soit si personnel. Finalement, c’est presque devenu une séance thérapeutique ! » rigole Zoya.

«  Une petite influence dans la vie de quelqu’un, c’est du bonheur. Ça nous touche beaucoup », répète Maria-José, reconnaissante de cette belle aventure humaine. « Et comme on dit chez nous : pour mieux connaître quelqu’un, il faut s’asseoir et manger avec lui. » L’incursion dans l’univers du Virunga est ponctuée de pièces musicales de l’artiste Moridja Kitenge Banza, ajoutant la touche nécessaire à ce moment de communion où le mot-clé est le partage.

L’expérience La fourchette et le micro est offerte jusqu’au 31 janvier. 22 $ à 45 $/repas (3 services), 30 $ pour le lien audio. Infos et billetterie : phi-centre.com/programmation/