Les restaurateurs appellent à la solidarité de la population

Pour Guillaume St-Pierre, chef copropriétaire du Battuto, il faut tout faire pour aider les petites entreprises locales: «C’est rendu une responsabilité sociale.»
Photo: Francis Vachon Le Devoir Pour Guillaume St-Pierre, chef copropriétaire du Battuto, il faut tout faire pour aider les petites entreprises locales: «C’est rendu une responsabilité sociale.»

Après la déception essuyée, les manches se sont retroussées chez bon nombre de restaurateurs à la suite de l’annonce du gouvernement de lundi. Prêts à « faire leur effort de guerre », les restaurateurs appellent à la solidarité de la population pour les aider à traverser l’automne.

La décision annoncée de fermer les salles à manger dans les restaurants en zone rouge n’était pas une surprise pour quiconque avait lu le code de couleurs. La secousse n’en était pas moins grande dans le milieu de la restauration, un des derniers secteurs d’activité à avoir rouvert en juin, et qui se retrouve sitôt fermé.

« Je ne peux pas joindre ma voix aux restaurateurs qui sont outrés, parce que je ne suis pas outrée. Oui, c’est plate d’avoir mis tant d’efforts, je pense que notre game était bonne au niveau des mesures [sanitaires]. Par contre, le restaurant, c’est du social, et pour limiter le social, eh bien [c’est ce qu’il fallait faire] », explique Pénélope Lachapelle, copropriétaire de Nina pizza napolitaine.

Misant sur le bon côté des choses, elle affirme que le fait travailler en équipe réduite est rassurant en pareille situation. « Savoir que personne ne peut aller dans les bars, ne pas se réveiller tous les jours en se demandant si quelqu’un va être malade, ça soulage. » Elle souligne l’importance d’encourager les restaurants durant les prochains mois « qui ne seront pas le fun pour personne. La deuxième vague va porter un coup sur les restos plus précaires ».

Pour Guillaume St-Pierre, chef copropriétaire du Battuto, il faut tout faire pour aider les petites entreprises locales. « Je pense que c’est rendu une responsabilité sociale, un devoir pour notre survie future. Avec cette deuxième vague, ce n’est pas qu’on a la corde au cou, mais l’eau commence à monter ! Il faut consommer local encore plus », affirme-t-il. La popularité pour ses menus pour emporter vécue au printemps le réconforte quant aux prochaines semaines. « Cet engouement, c’est magique et essentiel. »

Geste de soutien

« Ce que je trouve beau là-dedans, c’est la mobilisation du secteur. On répond présent pour les prochains jours. La balle est dans le camp du consommateur », renchérit Vincent Lafortune, fondateur de Québec Exquis. La 10e édition de son festival qui rassemble chefs et producteurs locaux a dû être annulée au printemps. Elle revient dès le 8 octobre dans une formule « à la maison » qui avait été pensée en cas d’un second confinement.

M. Lafortune y voit une bonne occasion d’aider les restaurateurs. « Quand je voyais les grands événements remis à plus tard, comme le Festival d’été et le Festival de jazz, je me suis dit : si je reporte à 2021, je n’effectue pas ma mission de soutenir le milieu et c’est sûrement l’année où les restaurants ont le plus besoin de Québec Exquis. […] Je vois ça comme un geste concret de soutien pour passer au travers des 28 jours », dit-il.

S’il sent que « la restauration est un peu prise en otage », Pierre Moreau, p.-d.g. du groupe Restos Plaisir, tente aussi de rester optimiste. Celui qui est à la tête de 11 restaurants de la capitale, dont le café du pavillon Pierre Lassonde au Musée national des beaux-arts, a dû fermer deux restaurants après le confinement. « Comme patron, c’est jamais facile. Tu es responsable envers ton organisation et tes employés. On a dû prendre les mesures pour assurer la survie de l’entreprise, resserrer les dépenses et supprimer des postes administratifs. Je suis persuadé qu’on va passer à travers, mais ça va prendre quelques années avant qu’on puisse reprendre la vitesse de croisière. »

Tous « dans le même bateau »

Après un été somme toute réussi, petits et grands joueurs de l’industrie espèrent relever ce nouveau défi sans y laisser trop de plumes.

« Ce n’est pas de gaieté de cœur [qu’on a reçu la nouvelle], mais là, ce qui est important, c’est la santé financière des petites entreprises, faire travailler notre monde. Même si on s’insurgeait contre le gouvernement… Je pense qu’il faut être patient. On est ensemble dans le même bateau », ajoute Guillaume St-Pierre.

Même son de cloche du côté de Vincent Lafortune, qui n’hésite pas à dire que les prochaines semaines seront cruciales et décisives. D’autant plus que novembre n’est jamais un mois facile, avec ou sans pandémie, et que décembre sera dépourvu de partys de Noël. « Après ça, le mot le plus populaire de 2020 c’est l’adaptation. Chacun la gère comme il le peut. Tout ça repose sur un sentiment de survie. »

Lors de la première vague au printemps, Pénélope Lachapelle et ses associées chez Nina Pizza napolitaine trouvaient important de faire l’effort collectif pour ralentir la propagation du virus. « On a fermé un mois, un mois et demi avant de savoir ce qui allait arriver. »

Pour la deuxième pause, du moins pour l’instant, les restaurateurs savent mieux où se trouve la ligne d’arrivée. « Là, c’est 28 jours. Vingt-huit jours quand je sais ce qui m’attend, c’est moins difficile, indique Mme Lachapelle. On travaille sur une nouvelle formule midi pour Saint-Roch, les filles [à la succursale de la rue Saint-Jean] vont continuer les panuozzo. La situation que l’on vit, ça nous permet au moins d’essayer des choses et de continuer à être créatives. »

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