Le Mexique sans trop d’éclat

Deuxième adresse du même nom, La Catrina offre la même formule que la première, posée dans le Vieux-Montréal.
Marie-France Coallier Le Devoir Deuxième adresse du même nom, La Catrina offre la même formule que la première, posée dans le Vieux-Montréal.

Situé juste en face des bureaux d’Ubisoft sur le boulevard Saint-Laurent, à Montréal, le restaurant La Catrina a ouvert ses portes au tout début du mois de septembre. Deuxième adresse du même nom, elle offre la même formule que la première, que je n’avais cependant pas encore eu l’occasion d’essayer avant ce beau vendredi d’automne. Posé dans le Vieux-Montréal depuis le printemps 2019, le restaurant original connaissait un franc succès auprès des touristes avant les bouleversements des derniers mois.

Les propriétaires ont ciblé ce charmant local du Mile-End pour tenter de se faire connaître de la clientèle montréalaise. Malgré les restrictions sanitaires qui se resserrent une fois de plus, les clients sont au rendez-vous. L’endroit fait salle comble et refuse même plusieurs passants.

À l’avant, un énorme bar recouvert d’une jolie céramique blanc et bleu entoure le mixologue de la maison, très sollicité ce soir-là. Il reproduit les créations de la magnifique carte de cocktails signée Lawrence Picard. Derrière lui trône la vaste collection de spiritueux. Entourant la salle tout contre le mur, une longue banquette cognac et quelques tables en bois se chargent d’accueillir les autres clients. Ambiance feutrée et lumière colorée sont au rendez-vous. La musique, tant par ses décibels que par ses rythmes endiablés, donne envie de se trémousser. La salle arrière, qui abrite la cuisine ouverte, est plus modeste, mais plus lumineuse.

Le serveur, enjoué, vient rapidement nous voir et décline à la voix près d’une dizaine de plats. Difficile pour mes convives et moi de rester concentrés si longtemps sans repère visuel à l’appui. Nos nombreuses questions auraient pu mettre sa patience, ou la nôtre, à l’épreuve. Le menu imprimé, nous explique-t-on, est quant à lui sensiblement le même qu’à l’autre adresse.

Nous passons très rapidement sur la carte des vins, qui ne semble pas avoir été conçue pour les amateurs de bons jus. En revanche, la liste des cocktails, des mezcals et des tequilas témoigne d’une belle recherche et de beaucoup de savoir-faire. Le Mexico Mule, composé principalement de tequila, purée de lulo, nectar d’agave et bière de gingembre, aura à lui seul valu le détour. Le Catrina Royale, lui aussi à base de tequila, est allongé au cava, avec tomatillo et coriandre. Un peu moins séduisant, il demeure tout de même très réussi.

Sélection de tacos

Dès le premier coup d’œil, le ceviche qu’on a commandé en entrée nous laisse perplexes. L’arrivage du jour, de l’aiglefin, est coupé en épaisses lanières et n’arbore pas l’éclat et l’acidité espérés. Petits dés de concombre, de céleri et de radis baignent dans une eau trouble, surtout salée.

Ma complice et moi déroberons quelques bouchées du Queso Fundido qui est servi au même moment à l’autre moitié de notre quatuor. Cette sorte de petite fondue au fromage garnie de chorizo, d’agaves et de graines de citrouille s’avère franchement réconfortante, et plus réussie que notre ceviche.

Les tacos de toute la tablée arrivent sur une imposante planche de bois. Parmi la sélection, celui au poisson grillé dévoile surtout un goût de brûlé. Persistant, il empêchera la petite salade de chou rouge, le pico de gallo ainsi que la mayonnaise chili de briller.

Le taco au poulet frit avec mayonnaise chipotle et petits dés de melon d’eau, que j’ai pourtant bien aimé, n’a quant à lui pas fait l’unanimité. Le grand gagnant de la soirée est sans conteste le Nopales. Malgré une présentation moins attrayante, le mélange de cactus grillé, chou-fleur frit, champignons et haricots noirs est absolument exquis. Relevé juste ce qu’il faut avec du piment habanero, le plus mexicain des tacos servis ce soir-là !

En attendant le plat de résistance, impossible de résister à un autre cocktail : le Naked & Famous. L’assemblage de mezcal, Aperol, chartreuse et lime, fortement recommandé par notre serveur, est aussi délicieux qu’audacieux.

Comme pièce de résistance, nous décidons de partager cette côte de bœuf vieillie 45 jours, dont on nous vantait les mérites un peu plus tôt. Les marques du gril, cette fois bien maîtrisées, annoncent une cuisson impeccable. Accompagnée bien simplement de quelques oignons et poivrons sucrés, eux aussi grillés à la perfection, la bête a su nous charmer.

Quelques succulents churros — l’une des deux options de desserts du menu — viendront marquer la fin du repas. Il est possible de les déguster nature ou trempés dans du lait condensé sucré ou encore une petite sauce à l’ananas bien acidulée servis en accompagnement.

Un restaurant agréable et abordable, qui semble avoir tous les bons ingrédients pour plaire à la clientèle locale, mais dont les plats, au final, manquent un peu d’éclat.


Légende

★ Je regrette de devoir vous en parler
★★ Pas mauvais, mais on n’est pas obligés de s’y précipiter
★★★ Bonne adresse
★★★★ Très bonne adresse
★★★★★ Adresse exceptionnelle pour la cuisine, le service et le décor

$ Le bonheur pour une vingtaine
$$ Une quarantaine par personne
$$$ Un billet rouge par personne
$$$$ Un billet brun par personne
$$$$$ Le bonheur n’a pas de prix

La Catrina

★★★

5490, boul. Saint-Laurent, Montréal, 514 543-7172. Ouvert du mardi au jeudi, de 17 h à 22 h, et le vendredi et samedi, de 12 h à 23 h. Avec deux cocktails par personne, le repas a coûté 134 $ avant taxes et service.