Vent de fraîcheur au Clocher penché

Les propriétaires du Clocher penché ne se sont pas contentés de mettre du maquillage sur les murs. Ils ont secoué le bâtiment au grand complet, dépoussiéré tous les recoins jusqu’au menu, qui a délaissé le canevas de la table d’hôte pour se faire plus spontané.
Photo: Francis Vachon Le Devoir Les propriétaires du Clocher penché ne se sont pas contentés de mettre du maquillage sur les murs. Ils ont secoué le bâtiment au grand complet, dépoussiéré tous les recoins jusqu’au menu, qui a délaissé le canevas de la table d’hôte pour se faire plus spontané.

Il y a de ces endroits où il fait bon s’attabler peu importe l’heure ou le jour, où l’on se sent à son aise autant avec les amis qu’avec mamie, où manger est un plaisir ponctué d’exclamations. Le Clocher penché, dans le quartier Saint-Roch, a toujours fait partie de cette courte liste. Alors qu’il sortait fraîchement d’une remise en beauté, on a accouru pour reluquer l’intérieur et voir si le renouveau se trouvait aussi dans les assiettes.

Bien que le Clocher penché ait toujours été parmi nos favoris, nos derniers repas dans l’antre de la rue Saint-Joseph nous avaient laissé sur notre faim, au propre comme au figuré. On y mangeait bien, mais on ne ressentait plus l’empressement d’y revenir. Verdict ? Les propriétaires ne se sont pas contentés de mettre du maquillage sur les murs. Ils ont secoué le bâtiment au grand complet, dépoussiéré tous les recoins jusqu’au menu, qui a délaissé le canevas de la table d’hôte pour se faire plus spontané.

Le lieu est maintenant tout de blanc vêtu, avec des accents de couleur sarcelle. La longue banquette qui sépare la salle de la cuisine définit à elle seule la nouvelle ambiance du restaurant, placée sous le signe de la rencontre. On vient ici en couple, par affaire, en famille, et ce joyeux mélange trouve une certaine intimité que ne permettait pas l’ancienne disposition.

L’acoustique du plafond a aussi été revue. Lors de notre visite, la place affichait complet et nous n’avons jamais eu à hausser le ton pour nous faire entendre. La nouvelle configuration du bar, déménagé au fond de la salle, le rend plus accessible et invitant, tout en ajoutant du dynamisme au décor. La firme Appareil Architecture a fait un magnifique travail.

Verve ravivée

Et dans les plats ? Dès le premier coup d’œil, les propositions ouvrent l’appétit. Plus alléchantes et invitantes les unes que les autres, elles portent la signature du Clocher penché, qui, depuis près de 25 ans, met de l’avant les aliments locaux et tisse des liens avec les producteurs. Le chef, Mathieu Brisson, est une référence en matière de cuisine de saison. Et c’est avec grand plaisir qu’on constate que la verve avec laquelle il cuisine a été, elle aussi, ravivée.

Sur la nouvelle carte, petits et grands plats se côtoient, laissant aux gens le plaisir de piger çà et là. Le menu ne s’étend pas en longueur. Souvent un gage de qualité. Huître et poireau, chausson de boudin et pommes, crème de maïs, champignons sauvages : les récoltes du moment foisonnent. Le coup de départ est donné avec un pain de fesse moelleux et un beurre de culture agrémenté de cerfeuil frais et de fleurs de sauge. Joli comme tout, bien exécuté ; ça donne le ton pour la suite.

Parmi les plats figure une salade de tomates et de jambon cru. L’invitée souligne l’audace de proposer une telle salade, alors qu’elle peut tomber si facilement dans la banalité. Pas ici. Le mariage entre les tomates ancestrales, le jambon, les feuilles de laitue craquantes et les croûtons de pain est en tout point parfait. Le ceviche de flétan, lui, est servi dans un jus de pêche avec mélisse, poivrons et fleurs de moutarde du jardin de notre serveur. Charmant ! Une touche qui viendra donner le piquant nécessaire à l’ensemble très porté sur le fruit.

Avec cela, un jus de Pinard et Filles, trouvaille introuvable du sommelier Marc Lamarre, l’homme derrière la cave du Clocher — la plus dynamique en ville depuis la fermeture du Moine échanson. Le Brutal, un blanc, nous réjouit beaucoup. Cet assemblage unique de riesling, chardonnay, cabernet franc, savagnin et gamay est une heureuse surprise. Autre coup de cœur, le morgon Côte du Py, de Jean Foillard, dans le Beaujolais. Un rouge d’automne avec sa chaleur et ses pointes de cannelle.

Savoir recevoir

Et la qualité du service ? Ici, ce sont des naturels. Posés, gentils, accueillants, on sent vite que ce n’est pas l’envie de faire du volume qui prédomine, mais celui d’offrir aux gens un bon repas dans un cadre d’une simplicité désarmante. Et c’est ainsi qu’on se fait offrir à la mi-temps de la soirée la fameuse faisselle. Le fromage frais est servi sur pain plat avec canard séché et lamelles de carottes et radis croquants.

Après un temps mort assez long pour faire sourciller un peu, la félicité est revenue avec une assiette de thon de la Gaspésie. Tout dans ce plat était délectable. La courge delicata rôtie avec sa peau croustillante, le poisson tout juste saisi qui prenait une belle dimension avec le croquant des graines de citrouille et des graines de moutarde. Et le crémeux du beurre blanc, avec la tombée de poireau et les chanterelles, rendait le coup de grâce.

Sans être dans l’ombre, le bœuf saisi avec sa vinaigrette à la truffe, galette de pomme de terre et légumes racines était un beau clin d’œil aux origines bistro français du Clocher penché. C’est d’ailleurs ce même clin d’œil que l’on retrouve dans le choix des desserts, où figurent clafoutis aux framboises et Paris Brest. À l’image du restaurant qui a su miser sur les classiques de son architecture pour s’actualiser, le menu ne déstabilisera pas les adeptes, mais saura assurément séduire celles et ceux qui aiment une cuisine plus vive et pétillante.


Légende

★ Je regrette de devoir vous en parler
★★ Pas mauvais, mais on n’est pas obligés de s’y précipiter
★★★ Bonne adresse
★★★★ Très bonne adresse
★★★★★ Adresse exceptionnelle pour la cuisine, le service et le décor

$ Le bonheur pour une vingtaine
$$ Une quarantaine par personne
$$$ Un billet rouge par personne
$$$$ Un billet brun par personne
$$$$$ Le bonheur n’a pas de prix

Le Clocher penché

★★★★

$$$
203, rue Saint-Joseph Est, Québec, 418 640-0597. Ouvert du mardi au dimanche, de 17 h à 22 h. Repas pour deux, avant taxes, pourboire et alcool : 108 $ (cinq plats et deux desserts)