Manger au resto en période de confinement

Le restaurant Sardines joue dans les talles de plats à partager.
Photo: Sophie Grenier-Héroux Le restaurant Sardines joue dans les talles de plats à partager.

En ces temps hors de l’ordinaire, faire la critique de restaurants semblait révolu pour un bon moment. Jusqu’à ce que nombre d’entre eux décident de miser sur le prêt-à-manger. Entre l’idée d’en faire l’objet d’un papier et ladite critique, le choix de menus s’est multiplié rendant la décision finale bien difficile. Face au dilemme, j’ai décidé d’en essayer deux : le menu conjoint de deux buvettes et celui d’un restaurant même pas encore ouvert — ô sacrilège !

D’emblée, je vous avoue avoir un coup de cœur pour la cuisine de Jean-Philippe Lessard, chef à la Buvette Scott, qui travaille avec grand talent les légumes (j’ai encore en mémoire ce fameux plat de topinambours…) et des ingrédients qu’on voit peu souvent sur les ardoises, dont plusieurs poissons.

La petite sœur de la buvette, Sardines, ouverte depuis près d’un an sous la gouverne d’Étienne McKinnon, joue dans les mêmes talles de plats à partager. Si j’avais tâté le menu des desserts avec un ami l’automne dernier, je reportais toujours le moment de découvrir les plats salés (comme quoi il est mieux de ne jamais trop remettre à plus tard !). Le menu préparé par les buvettes m’a interpellée, curieuse que j’étais de la proposition de ces premiers restos réunis et convertis en prêt-à-manger.

Au moment de passer la commande, les deux adresses venaient tout juste d’annoncer leur menu pour emporter, et c’était la folie. La rupture de stock ne s’est pas fait attendre. Depuis, je sais que le système de réservation est mieux huilé et le menu renouvelé, afin de maintenir le plaisir. Ce soir-là, on nous proposait des charcuteries, des fromages, des huîtres et quelques plats préparés, en format entrée à partager comme c’est leur habitude. À la bisque de crevettes et moules, nous avons préféré l’agneau et l’houmous. Le tout agrémenté de leurs fameuses sardines en boîte, de focaccias et d’olives aux agrumes.

Photo: Sophie Grenier-Héroux Une sélection de plats indiens au resto l’Éléphant.

À la maison, nous venions de trouver nos aises dans notre nouvelle routine et avons réclamé un apericena : un apéritif qui n’en finit plus, repas parfait avec deux jeunes enfants ! Pendant que la bière Hors limite refroidissait, j’ai goûté aux vivres avant que quatre petites mains ne viennent y mettre un joyeux bazar !

Le plat d’houmous m’a ravie à la première bouchée. Non seulement la purée de pois chiches était soyeuse et goûteuse comme pas une, mais le céleri-rave rôti et les pleurotes marinés ajoutaient ce qu’il fallait en saveurs et en texture. Le plat s’est fini en un temps record, avec les focaccias parfaitement assaisonnées.

L’agneau, dont le centre bien rosé me réjouissait déjà, était servi en tranches garnies de sauce verte (majoritairement de la roquette, des feuilles de rabioles, du citron et des oignons verts) et accompagné de chou rouge émincé à peine salé et d’endives arrosées d’huile d’olive. L’ensemble était délicieux, même si la sauce verte prenait parfois un peu trop d’ampleur sur la saveur de l’agneau. Cela ne nous a pas empêchés de nous disputer le dernier morceau ! Quant aux olives et aux sardines, ces beaux classiques nous rappelaient qu’il faudrait faire de longs apéritifs plus souvent.

Connaissant la réputation et la popularité des produits de la brasserie Auval, j’étais curieuse de goûter à la bière Hors limite, surtout en raison de sa composition : hydromel et bière refermentés avec du marc de pinot noir du vignoble du Nival. Le mélange rosé et un brin effervescent est rafraîchissant. Un excellent jus qu’on déguste sans se lasser.

L’art subtil du poulet au beurre

La rumeur alimentait depuis plusieurs mois le bouche à oreille : avec le printemps arriverait aussi un restaurant de cuisine indienne. Et comme Québec est plus ou moins bien gâté en la matière, vous comprendrez que la nouvelle faisait son effet. Mais assurément moins d’effet que l’intrus malvenu qui a reporté l’ouverture de l’Éléphant prévue pour ces jours-ci.

Précision. Évidemment, une critique gastronome se fait — normalement — le devoir d’attendre quelques semaines avant d’écrire sur un nouvel établissement. Si j’ai enfreint cette loi non écrite, c’était, primo, par pure gourmandise et, secundo, parce qu’il s’agissait plutôt d’une « dégustation » de courtoisie. Afin de se titiller les sens pour l’après, quand tout ira mieux. J’ai proposé à mes filles un pique-nique dans le salon devant un film. Tant qu’à vivre des moments historiques, aussi bien essayer de rendre chaque journée mémorable ! Évidemment, nous sommes à mille lieues du concept qui ouvrira ses portes quelque part rue de la Couronne, dans le quartier Saint-Roch. Éléphant, projet d’une quarantaine de places porté par le chef d’origine indienne Darryl Masih et Alexandre Morin, de la Buvette Laurentienne, sera le joyeux mélange d’un speakeasy (endroit caché et secret inspiré des tavernes interdites de la prohibition) et d’un jeu d’évasion.

J’ai joué le tout pour le tout et commandé les quatre plats disponibles : du poulet au beurre, un Aloo gobi (choux-fleurs, pommes de terre, garam masala), un Channa masala (pois chiches, garam masala, tomates, ail et chili) et du bœuf au cari de Madras. Le tout avec pains naan et riz basmati à la coriandre. Après avoir réchauffé le tout, force était de constater que le riz sentait et goûtait le brûlé. Comme s’il avait roussi au fond du chaudron. Mais bon, ne vous inquiétez pas du gaspillage, mes filles n’en avaient que pour les féculents ce soir-là. Et pour le poulet au beurre !

Ah… ce poulet au beurre ! Juste à l’écrire, j’en salive encore. Poulet tendre noyé — mais c’est bien là la clé du succès ! — dans une sauce onctueuse préparée avec du yogourt grec, de la crème, de la sauce tomate et du garam masala. Rien de plus, rien de moins. Le pain naan a fait son travail, et je peux affirmer que j’aurais volontiers pris le plat pour moi seule ! À mon avis, le poulet au beurre est un baromètre de la cuisine indienne, et celui d’Éléphant inspire confiance pour la suite.

Toute la famille a aussi pris plaisir à découvrir l’Aloo gobi, plat tout en équilibre dans la cuisson des légumes et les épices. Un incontournable qui sera d’office sur le menu d’Éléphant lors de son ouverture, m’a-t-on dit. Et mon deuxième coup de cœur va au curry de bœuf avec des morceaux de gingembre et ses notes de lime. C’est bien fait, ça sort de nos classiques de cuisine et ça nous fait voyager. Bravo ! Par contre, les pois chiches étaient trop piquants. Le goût excessif du chili venait brouiller toutes nos papilles gustatives. Ce n’était sans doute pas voulu, d’autant que l’épice n’était nullement indiquée sur la courte liste des ingrédients.

Pour accompagner tout ça, on nous proposait des bières, dont quelques québécoises, et des vins passe-partout. Comme il est indispensable d’encourager les entreprises d’ici en ces temps difficiles, j’ai choisi une bouteille de rouge chez William J. Walter, qui garde une sélection remarquable de vins québécois. J’ai jeté mon dévolu sur un produit du Vignoble Pigeon Hill, un assemblage qui penche vers le pinot noir. Bio, franc et juste assez boisé pour qu’il ne tombe pas dans l’oubli. J’ai d’ailleurs noté quelques bouteilles et les olives farcies qui n’attendent que la chaleur printanière pour se faire inviter aux apéros de balcons ! Après la pluie, le soleil, non ?

Légendes

★ Je regrette de devoir vous en parler
★★ Pas mauvais, mais on n’est pas obligés de s’y précipiter
★★★ Bonne adresse
★★★★ Très bonne adresse
★★★★★ Adresse exceptionnelle pour la cuisine, le service et le décor

$ Le bonheur pour une vingtaine
$$ Une quarantaine par personne
$$$ Un billet rouge par personne
$$$$ Un billet brun par personne
$$$$$ Le bonheur n’a pas de prix

 

restaurant Éléphant // restaurant Sardines

★★★, $, Repas pour quatre, avant taxes, pourboire et alcool : 66,50 $ (quatre plats, cinq pains naan). Temporairement au 325, rue de la Couronne, Québec, G1K 2T7 581 300-3930. Menu disponible en commande par l’entremise d’Uber Eats. // ★★★★, ​$, Repas pour deux, avant taxes, pourboire et alcool : 51,20 $ (deux plats, deux focaccias, des olives et une conserve de sardines). 1, rue Saint-Jean, Québec, G1R 2V1 418 529-2919