Surfer sur la réputation d’une pâte maison

Du côté des plats, le menu du Milano va dans tous les sens. Mais la pizza demeure la vedette.
Photo: Francis Vachon Le Devoir Du côté des plats, le menu du Milano va dans tous les sens. Mais la pizza demeure la vedette.

Pour cette première critique comme collaboratrice au Devoir, j’avais envie de faire dans la simplicité avec une cuisine qui rejoint le plus grand nombre. Et avec l’inauguration récente d’un second Nina pizza napolitaine dans le faubourg Saint-Jean-Baptiste, l’ouverture de Pizzazorg dans le quartier Saint-Sauveur, l’arrivée des franchises 900 aux quatre coins de la ville et j’en passe, on peut affirmer que la pizza se porte bien à Québec. Et allons-y d’une première confidence : j’en raffole ! Il était donc tentant d’aller voir comment se porte celle de Milano, l’une des plus vieilles pizzerias de la capitale.

On s’y retrouve, ma sœur et moi, un mardi soir en pleine heure de pointe. La place exiguë est bondée. À la bonne heure ! Pour la petite histoire, mes parents ont eu leur premier rendez-vous galant chez Milano, il y a presque 40 ans. C’était donc tout naturel que j’invite ma cadette à m’accompagner. Après tout, nous étions dans l’antre qui nous avait vues naître, en quelque sorte !

Un diner à l’italienne

Dès qu’on passe la porte, l’accueil est sympathique, mais pressé. Le brouhaha ambiant nous donne l’impression d’arriver en plein milieu du souper chez la parenté, ce qui donne le ton : ici, on ne se casse pas la tête, on casse la croûte. On devine de nombreux habitués, surtout des têtes grisonnantes et aussi deux ou trois familles venues sustenter la marmaille en pleine semaine de relâche.

Le lieu, rénové il y a quelques années, est chaleureux. Les banquettes de cuir rouge et les chaises en bois peint en noir et blanc donnent une ambiance à mi-chemin entre le diner et le restaurant familial avec un petit quelque chose de la trattoria italienne. Et c’est exactement ce que nous retrouverons aussi sur le menu.

 
Photo: Francis Vachon Le Devoir Le restaurant Pizzéria Milano à Québec

J’ai dit que la place est exiguë. Elle l’est encore plus lorsqu’on nous coince entre deux tables, nous laissant trop bien entendre le murmure des conversations voisines. Nous décidons de nous concentrer sur les plats proposés après avoir commandé du vin, un pinot noir, qui nous accompagnera tout au long du repas. On ne se déplace pas chez Milano pour la carte des vins, soyons francs. On y trouve des valeurs sûres pour accompagner à peu près tous les plats qui, eux, sont très variés. Bières, cocktails et boissons gazeuses ont aussi leur place. Diner et restaurant familial, rappelez-vous. Nous flirtons dans les eaux confortables des indémodables.

Pour nous lancer, je nous oblige à prendre deux entrées inspirées d’Italie que j’affectionne particulièrement : les polpettes et la planche d’antipasti. Les deux petites boulettes de veau sont bien moelleuses avec une sauce marinara savoureuse et en bonne quantité, recouverte de parmesan. Par contre, un nid de roquette fatiguée, des olives Kalamata tranchées tout droit sorties du pot et quelques crudités viennent brouiller le tout. Personnellement, j’aurais préféré n'avoir qu’une généreuse boulette nappée de sauce avec un morceau de pain pour faire trempette.

Du côté des antipasti, cela tombe à plat ici aussi. J’avais beaucoup d’espoir pour les artichauts frits — sans doute un relent des artichauts à la juive dégustés à Rome l’an dernier —, et mes attentes ont vivement été déçues. La panure, parfaitement délicate et croustillante, enrobe des artichauts tirés d’une conserve. C’est fade et ça a le goût de l’eau. Moi qui avais tant envie de faire découvrir cette spécialité italienne à ma sœur, on remettra ça ! L’aubergine marinée nous laisse aussi perplexes par son manque de chair. C’est bon, mais sans plus. Le saucisson calabrese et les olives, bien charnues, sauvent la mise.

Du fromage en abondance

Du côté des plats, je l’ai dit plus haut, le menu va dans tous les sens. Bien que la pizza demeure la vedette, c’est une évidence qu’on a voulu ratisser large. Salades, burgers, club sandwich, pâtes… mais notre envie de pizza ne se laisse pas démonter. On songe à piger dans la section des spécialités avec la Subtile (bacon, poireaux grillés, figues) ou la Basilic (mozzarella, capicolli, basilic, tomates séchées) pour finalement jeter notre dévolu sur deux pizzas végétariennes, la Margherita pignons (sauce tomate, mozzarella, ail, basilic, tomates, parmesan, noix de pin) et la Forestière (sauce crème, mozzarella, emmental, champignons forestiers et de Paris, huile de truffe). Nous n’avons jamais regardé les classiques pizzas du chef, garnie ou Milano. Notre première erreur.

Ici, pas de four napolitain ou au bois. On mise plutôt sur la réputation de la pâte faite maison depuis 1968, comme il est écrit sur le mur en entrant. On nous la propose en version classique (avec croûte) ou mince. Ma sœur et moi choisissons la seconde option. Ce qui se révèle aussi à reconsidérer. Sitôt débarrassées de nos entrées, nous voyons arriver les pizzas promptement. Celle aux champignons est lourde avec la crème et les fromages qui camouflent la pâte. Déception, je ne note aucune odeur ni saveur de truffe. La serveuse m’assure que les champignons forestiers sont réhydratés dans l’huile de truffe, mais devant mon air surpris, m’offre d’en ajouter un filet. C’est bienvenu, et ça change tout.

La Margherita est recouverte de sauce marinara au goût d’ail très prononcé, de quelques dés de tomates fraîches, de noix de pin, le tout complètement tapissé de mozzarella râpée et de quelques brins de basilic finement haché, voire imperceptible. Ma sœur me regarde et prend un air médusé. Je hausse les épaules. L’omniprésence du fromage sur nos pizzas nous confirme ce qu’on avait pressenti, nous sommes dans un diner familial aux accents italiens. Rien de plus. On ne cherche pas ici la finesse ni le savant mélange de quelques ingrédients choisis avec soin, on veut de la nourriture réconfortante. On veut être rassasié sans plus. Et la pâte ? Bonne dans son genre, mais je cherche encore le je-ne-sais-quoi qui fait sa réputation.

 
Photo: Francis Vachon Le Devoir L’institution du quartier Montcalm est restée dans ses bonnes vieilles pantoufles, ce qui n’est pas, en soi, une mauvaise chose. Les initiés et les nostalgiques y trouvent leur compte après tout.

Une finale en douceur

Si je raffole de la pizza, ma sœur, elle, est un véritable bec sucré ! C’est donc sans surprise qu’elle s’informe du choix de desserts. L’enthousiasme évident de notre serveuse pour le pouding chômeur maison nous va droit au cœur. Cela me semble la finale parfaite dans ce genre d’endroit. Le gâteau et son coulis au sucre sont réussis, et l’ajout généreux de noix de Grenoble apporte une belle fraîcheur à l’ensemble. Fort malheureusement, le centre du gâteau est froid. Décidément, pas notre jour de chance.

Une note sur le service. L’équipe de deux personnes qui s’assure de servir tout ce beau monde est très efficace. Nous ne sommes aucunement dans la création d’un lien avec le client. Les commandes arrivent au pas, le suivi sur les plats arrive à point nommé, les verres d’eau ne sont jamais vides. On se sent pris en charge, et c’est tant mieux.

En quittant Milano, je suis repue, mais je reste sur ma faim. De toute évidence, le milieu de la pizza a évolué à Québec, et l’institution du quartier Montcalm est restée dans ses bonnes vieilles pantoufles, ce qui n’est pas, en soi, une mauvaise chose. Les initiés et les nostalgiques y trouvent leur compte après tout. Moi qui croyais découvrir un secret bien gardé, j’ai plutôt fait le constat que l’on peut manger de la meilleure pizza ailleurs pour le même prix. En revanche, si vous avez envie d’une toute garnie sans fla-fla dans une ambiance familiale, Milano connaît la recette.

Les plus : Service efficace. Terrasse sympathique en été.
Les moins : Manque de finition dans tous les plats commandés.
Coût pour un repas pour deux, avant taxes, pourboire et alcool : 59,50 $ (deux entrées, deux pizzas 8 pouces et un dessert).

Légendes

★ Je regrette de devoir vous en parler
★★ Pas mauvais, mais on n’est pas obligés de s’y précipiter
★★★ Bonne adresse
★★★★ Très bonne adresse
★★★★★ Adresse exceptionnelle pour la cuisine, le service et le décor

$ Le bonheur pour une vingtaine
$$ Une quarantaine par personne
$$$ Un billet rouge par personne
$$$$ Un billet brun par personne
$$$$$ Le bonheur n’a pas de prix

Milano

★★ 1/2

$, 194, rue Crémazie Ouest, Québec ☎ 418 529-2919, restomilano.ca