Philinos et Petros: un bon petit grec peut en cacher un autre tout aussi délicieux

Tranches d’aubergines frites et tzatzíki au restaurant Petros, rue Laurier
Valérian Mazataud Le Devoir Tranches d’aubergines frites et tzatzíki au restaurant Petros, rue Laurier

Afin de garder le sourire qui nous vient spontanément les petits matins d’été, rien de mieux que la cuisine grecque. Et ce bleu omniprésent et cette délicate amabilité des gens qui s’occupent de leurs clients avec application.

Petros et Philinos figurent parmi ces maisons où l’on vous accueille avec chaleur et où l’on vous nourrit comme si vous étiez de la famille en transit transi dans notre bonne ville. Deux petits Grecs qui redonnent espoir dans l’humanité, deux petits Grecs discrets et d’un délicieux exotisme. Aux deux adresses, les propositions sur le menu sont presque les mêmes. Celles testées chez l’un et l’autre se valent : saganaki, taramosalata, tzatziki et autres skordalia.

Pendant le Festival Montréal en lumière, j’ai eu le plaisir de guider plusieurs circuits gourmands Tastet (le site d’Élise Tastet) et notamment quelques Grecs. À la fin de chaque visite, les participants (99 % d’entre eux) étaient si contents qu’ils parlaient avec enthousiasme de prendre des billets pour Athènes ; ça teinte forcément la critique, même si j’essaie de garder la tête froide.

Honneur aux aînés, commençons donc par ce Philinos, installé depuis presque un quart de siècle avenue du Parc. En été, les repas ici ont tendance à s’éterniser tant la terrasse sous sa magnifique treille invite à la détente. En temps de froidure, les belles boiseries et l’ambiance générale incitent aussi à la détente. Et pour la paix de l’âme et du corps, Monsieur Charilaos Darmas, Harry pour les nombreux intimes, cuisine avec beaucoup de cœur ; depuis belle lurette et toujours avec la même attention aux moindres détails.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le menu du restaurant Petros propose à peu près tout ce que la culture gastronomique grecque a à offrir.

Testés plus exhaustivement par un glacial vendredi soir, deux plats vraiment dignes d’intérêt : une assiette de pieuvre (octapodaki) en entrée et loup de mer en plat principal. À lui seul, le petit saladier de pieuvre aurait suffi pour combler un appétit normal ; de belles bouchées de pieuvre parfaitement grillées, savoureuses et d’une remarquable tendreté.

Comme il se doit, le loup de mer est grillé et présenté ouvert dans sa longueur. La chair est vraiment délicieuse et quelques gouttes de jus de citron suffisent pour que l’on ait envie, une fois l’assiette nettoyée, d’entreprendre un joyeux sirtaki. En accompagnements, une généreuse portion de salade grecque, quelques pommes de terre huilées et saupoudrées d’origan et de succulentes feuilles de verdure cuites.

Un soir de grande chance, le chef sortira de sa cuisine pour illuminer la soirée avec son bouzouki. Autrefois, c’était systématique ; aujourd’hui, pour cause de début d’arthrose des doigts, le récital se fait plus rare.

Bienvenue chez Petros

Deuxième halte gourmande et tout aussi grecque, Petros Laurier. En novembre 2018, Le Devoir publiait une critique un peu anodine intitulée « Petros, une petite table grecque à Westmount ». Deux ans plus tard et au sujet de cette nouvelle adresse, mon enthousiasme est revenu. Ce Petros sur l’avenue Laurier Ouest est le troisième ouvert par le très dynamique Ted Dranias, le premier étant à Griffintown et le second à Westmount ; le patron annonce l’arrivée prochaine d’un quatrième dans la Petite-Italie, en lieu et place du très bon Salmigondis disparu prématurément. Le voisinage se réjouit de l’arrivée imminente d’un apportez votre vin aux couleurs de la Grèce.

Un décor bleu et blanc digne de ces petites psarotavernas qui brillent un peu partout en Grèce, de la Thrace jusqu’à la belle Crête. Le menu de Petros propose à peu près tout ce que la culture gastronomique grecque a à offrir. Pendant que nous essayons de procéder par élimination pour établir notre repas, on voit passer des assiettes chargées de côtelettes d’agneau, d’autres de pikilia maison, tartinades, feuilleté aux épinards et feta, gigantes (fèves tomatées), olives, fromage féta, petits piments doux marinés, feuilles de vigne farcies et betteraves marinées, d’autres encore de généreux plateaux de fruits de mer.

Dans la salle règne cette ambiance distinctive des maisons où la clientèle se sent la bienvenue et sait qu’elle repartira plus tard, complètement rassasiée.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir L’assiette de pieuvre et de calmars grillés du Petros a soulevé des «ah» et des «oh».

Commande est passée pour trois entrées et trois plats principaux. Les festivités commencent par d’impeccables légumes grillés (courgettes, poivrons rouges et jaunes, aubergines et dodus pleurotes érigés), suivis de deux assiettes de pieuvre et de calmars grillés qui ont soulevé des «ah» et des «oh».

La moussaka de Petros correspond à ce qu’on s’attend à voir arriver : sur un lit de courgettes et d’aubergines un mélange d’agneau haché et de pommes de terre recouvert d’une bizarre interprétation de béchamel. Ce à quoi l’on s’attend moins, c’est la portion très généreuse que seuls les très solides appétits réussiront à terrasser.

Les moules au vin blanc ne brillaient pas par leur originalité, mais j’ai encore en mémoire les frites maison qui les accompagnaient, belles coupes et cuisson parfaite, du bonheur simple, et mon assiette de gemista, deux gros poivrons farcis, était un temps fort du souper.

Monsieur Périclès qui gère la maison de main de maître ne mérite que des éloges pour son hospitalité et sa générosité envers clientes et clients. Un adorable nouveau-né de quatre jours (!) a lui aussi eu droit à une touchante considération.

Accords musicaux

Autres suggestions de puissants antidépresseurs, l’écoute de deux disques de merveilleuses voix grecques : D’un bleu très noir, d’Angélique Ionatos, et Herod Atticus Odeon, d’Éléni Karaïndrou, enregistré en 1988 dans cet éblouissant et ô combien émouvant Odéon d’Hérode Atticus construit en 161 au pied de l’Acropole et intelligemment rénové il y a quelques années.


Légendes

★ Je regrette de devoir vous en parler
★★ Pas mauvais, mais on n’est pas obligés de s’y précipiter
★★★ Bonne adresse
★★★★ Très bonne adresse
★★★★★ Adresse exceptionnelle pour la cuisine, le service et le décor

$ Le bonheur pour une vingtaine
$$ Une quarantaine par personne
$$$ Un billet rouge par personne
$$$$ Un billet brun par personne
$$$$$ Le bonheur n’a pas de prix

Philinos
★★★
$$$ 1/2, 4806, avenue du Parc ☎ 514 271-9099
Ouvert en soirée, du mardi au dimanche et midi du vendredi au dimanche. Au retour des beaux jours, ouvert midi et soir, sept jours sur sept. Avec plusieurs verres d’eau, ce somptueux repas a coûté 80 $ avant taxes et pourboire. Carte des vins très grecque et plutôt raisonnable.
 

Petros
★★★
$$$ 1/2, 34, avenue Laurier Ouest ☎ 514 312-0200
Ouvert en soirée, du lundi au dimanche. Au retour des beaux jours, ouvert midi et soir, sept jours sur sept. Avec plusieurs verres d’eau, ce somptueux repas pour trois personnes a coûté 162 $ avant taxes et pourboire. Pour accompagner ce repas très grec, vous pourriez ramasser à votre succursale préférée de la SAQ une bouteille du Domaine Tselepos Mantinia, un blanc 100 % moschofilero vendangé par Yannis et Amalia Tselepos et importé ici par le très grec Théo Diamantis de chez Oenopole.