Coeur de loup, une bien belle petite table

Décor sage, fond musical mesuré, service attentif dès les premières minutes, tout commence bien et mon joyeux groupe semble d’humeur à faire bombance au resto Cœur de loup.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Décor sage, fond musical mesuré, service attentif dès les premières minutes, tout commence bien et mon joyeux groupe semble d’humeur à faire bombance au resto Cœur de loup.

Les restaurants ouverts le lundi soir sont assez rares. Je veux dire les bons restaurants. La surprise de ce lundi-là s’appelle Cœur de loup, une belle surprise. Cœur de loup, comme dans le ver d’oreille que vous avez probablement déjà en tête ; mes excuses. Cette petite adresse pourrait facilement créer une dépendance tant la cuisine y est bonne.

Décor sage, fond musical mesuré, service attentif dès les premières minutes : tout commence bien, et mon joyeux groupe d’affamé.e.s semble d’humeur à faire bombance.

Cœur de loup présente son menu en cinq passages : premier, deuxième et troisième couplets, refrain et finale. Une vingtaine de choix qui forment une belle chanson. Des plats très marqués par l’Italie des origines de la cheffe et une générosité toute à l’honneur de cette dernière.

Mes amis ont tendance à crier famine assez rapidement une fois assis et Florence, au service, est intervenue rapidement avec les entrées pour apaiser tout le monde.

Des huîtres pour commencer, Malpèques écaillées avec soin, et quelques acras peut-être un peu faibles en morue mais accompagnés d’une mayonnaise citronnée, travaillée avec beaucoup de doigté, câpres, persil et paprika et cayenne pour mettre les papilles aux aguets de ce qui s’en vient.

Photo: Adil Boukind Le Devoir L’endroit présente des plats très marqués par l’Italie des origines de la cheffe Fabrizia Rollo et une générosité toute à son honneur.

La courge était encore de saison et ces belles bouchées rôties étaient goûteuses. Le fromage halloumi grillé et souligné de za’atar s’accorde parfaitement. Huile d’olive, citron, échalotes et oignons rouges donnent un tonus parfait. Quelques feuilles de menthe supplémentaires n’auraient pas nui.

Cette très généreuse assiette d’endives et radicchio en salade tiède, accompagnée de lardons italiens (guanciale), couronnée d’un œuf mollet et relevée d’une très réussie vinaigrette aux échalotes françaises suées, vinaigre de vin blanc et moutarde à l’ancienne aurait pu constituer un repas à elle seule.

Une autre assiette très esthétique de betteraves rôties au tahini et au balsamique, accompagnées de labneh (mi-chèvre, mi-vache), de cresson, de grenade et de sumac. Équilibre, dynamisme et originalité. Deux autres entrées impeccables, panais caramélisés, feta crémeuse, coriandre ; ou carpaccio richement décoré de champignons, de cresson, d’olives taggiasche sous de fines lamelles de parmesan et saupoudré de miettes de mie de pain rôti (mollica).

Photo: Adil Boukind Le Devoir

Deux plats de pâtes à se damner, pappardelles et spaghettis. Les premières, noires de leur encre de seiche, accompagnaient une sorte de ragoût tomaté aux fruits de mer (pétoncles, crevettes nordiques, calmars, petites pieuvres) ; une belle cuillerée de stracciatella immaculée complétait le tout. Savourer une assiettée de spaghettis parfaitement al dente est un moment de bonheur. En plus, ceux proposés par la cheffe étaient huilés juste comme il faut, saupoudrés de petits éclats de persil et relevés subtilement de piment.

La tartiflette ne passera pas à la postérité, mais n’est pas savoyard qui veut et le reste du repas était si délicieux que je m’en voudrais de trop insister sur cela. La voracité de mes convives est impressionnante, surtout les dames qui, tout en minaudant et en prétendant ne plus avoir faim, se sont jetées sur les desserts, comme la misère sur le pauvre monde.

Tarte rustique sur un superbe fond de pâte brisée, des cerises sures et une crème fleurette au citron, et une variation sur le thème du gâteau aux carottes : gâteau à la purée de tomate, babeurre et fleur d’oranger, ricotta vanillée sucrée et fouettée, glaçage au citron, le tout saupoudré légèrement de poivre rose.

La cheffe qui prodigue toutes ces largesses s’appelle Fabrizia Rollo. J’ai aperçu en cuisine à ses côtés deux autres personnes — Marion et Étienne — à qui l’on doit également tout ce plaisir d’un souper fort réussi.

Ouvert en soirée, du jeudi au lundi. Un plantureux souper pour deux a coûté 101,66 $ avant taxes et pourboire. Une aubaine compte tenu de la qualité de l’ensemble de la prestation. Bien sûr, la carte de vins étant courte mais très attrayante pour mes commensaux assoiffés, leurs factures étaient pas mal plus lourdes. Quand on est déshydratés et que l’on aime les vins de Loire plus que de raison, il est difficile de résister par exemple à un verre ou deux de ce, très justement nommés, Coeur De Loup, pinot noir ou chenin blanc.

Légendes

★ Je regrette de devoir vous en parler
★★ Pas mauvais, mais on n’est pas obligés de s’y précipiter
★★★ Bonne adresse
★★★★ Très bonne adresse
★★★★★ Adresse exceptionnelle pour la cuisine, le service et le décor

$ Le bonheur pour une vingtaine
$$ Une quarantaine par personne
$$$ Un billet rouge par personne
$$$$ Un billet brun par personne
$$$$$ Le bonheur n’a pas de prix

Coeur de loup

★★★ 1/2

$$$, 1141, rue Bélanger ☎ 514 278-5687