Hanzō, un excellent «izakaya» dans le Vieux-Montréal

Hanzō n’est pas un «izakaya» comme les autres. Hanzō est marqué par le film «Kill Bill», et l’âme du samouraï Hattori Hanzō flotte dans l’air.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Hanzō n’est pas un «izakaya» comme les autres. Hanzō est marqué par le film «Kill Bill», et l’âme du samouraï Hattori Hanzō flotte dans l’air.

Tatakis, sashimis, gyozas et autres yakitoris abondent en ville, et si les chefs japonais sont assez rares chez nous, on a quand même droit à une ribambelle de petites adresses d’inspiration nipponne plutôt sympathiques. Lorsque l’assiette est bonne, le client normal et la cliente pas trop snob semblent se soucier comme de leur première poutine de qui est en cuisine. Je dis ça même si le soir de mon passage chez ce sautillant Hanzō, M. Issei (prononcez « icé sann ») Hidaka, natif d’Osaka, était en cuisine.

La semaine précédente, le père Noël m’avait soufflé à l’oreille de passer sans tarder faire un tour sur la rue Saint-Nicolas, où se trouve cet izakaya (équivalent japonais approximatif des bistrots à la française). Mission accomplie et, si vous aimez les ambiances chaleureuses et la cuisine japonaise détendue, je vous recommande la maison.

Hanzō n’est pas un izakaya comme les autres. Hanzō est très marqué par le film Kill Bill, et l’âme du samouraï Hattori Hanzō (1541-1596) flotte ici dans l’air. Sabres japonais aux murs et diverses décorations évoquent soit le film soit l’empire du Soleil-Levant. Le menu propose ce que l’on trouve dans un izakaya de qualité. À quatre, nous avons eu le plaisir de tester une bonne dizaine de plats méritant, à une ou deux exceptions près, des soupirs de satisfaction et même quelques applaudissements.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Si vous aimez les ambiances chaleureuses et la cuisine japonaise détendue, je vous recommande la maison.

Ces gyozas, par exemple, constituaient un plat parfait pour mettre dans l’ambiance. Dans une inhabituelle pâte ayant pris le noir de l’encre de seiche, le mélange de porc, crevette, champignon noir était bien dosé et le mélange de yuzu koshō et d’huile de chili dynamisait parfaitement le plat.

La jeune fille au service avait suggéré la salade Hanzō, mâche, très fines tranches de kumquat confit, un peu d’oignon vidalia, quelques quartiers d’orange, une bien bonne idée. Si bonne en fait qu’à peine le premier bol grappillé, on a en commandé un second qui subit le même sort, nettoyé jusqu’à la dernière goûte de cette vinaigrette au yuzu appuyée d’un peu de piment de Cayenne. Ici encore, un équilibre parfait entre la douceur de la salade et de l’oignon et le ressort de l’assaisonnement.

Son autre suggestion « Hamachi sashimi » remporte le même succès. Une assiette très simple, cinq fines tranches de thon à queue jaune sur un fond d’huile de sésame relevé au ponzu avec ses évocations d’agrumes. Déposés en touches délicates, un petit tronçon de raisin et une câpre à la truffe complètent joliment le tout. J’ai eu à peine le temps de prendre cette photo qui m’émeut aujourd’hui.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le menu propose ce que l’on trouve dans  un «izakaya» de qualité. À quatre, nous avons eu le plaisir de tester une bonne dizaine de plats méritant, à une ou deux exceptions près, des soupirs de satisfaction et même quelques applaudissements.

Deux autres plats valent vraiment le détour : Kinoko et Okinawan taco rice. Le premier est un savoureux mélange de champignons et de grains de maïs en tempura et en pop-corn relevé au togarashi, dans une sauce très légère et un fond de beurre ponzu.

Le second est un clin d’œil à la présence des soldats américains sur l’île d’Okinawa. Ici, le chef propose de déguster le mélange de bœuf haché, fromage texmex, salade et riz — auquel il ajoute un peu de chorizo, de curry japonais et d’épices « jerk » — dans des feuilles d’algues nori séchées plutôt que dans les traditionnelles galettes de maïs. Un plat divertissant et délicieux.

Ni les côtes courtes de bœuf épicées ni les « Brisket de bœuf, aïoli au miso et karashi, pikliz » n’ont soulevé l’enthousiasme de la tablée. Ceci n’ayant toutefois pas empêché les deux assiettes de repartir en cuisine scrupuleusement nettoyées.

Alors qu’il s’agit d’un des plats emblématiques des izakayas, la version de rāmen de la maison manque selon moi d’intérêt, bouillon, nouilles et autres éléments, surtout le bouillon. Comme le reste du repas est vraiment réussi, on n’en tiendra pas rigueur. Ici encore, il s’agit de mon opinion, qui vaut ce qu’elle vaut.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le restaurant Hanzo est situé dans le Vieux-Montreal.

Au moment du dessert, on est soulagés d’être rassasiés et même un peu plus. En effet, ni le « Cheesecake au camembert, dulce de leche au miso » ni le « Brownie au chocolat » (oh vraiment, au chocolat ! ?) ne suscitent l’intérêt.

Par contre, tout au long de notre séjour, Yuri Koshiyama-Chia et ses collègues ont géré la salle avec beaucoup de talent, sourire et prévenance étant de rigueur quelle que soit la taille de la tablée. En début de soirée, la belle grande salle est plutôt calme ; vers 21 h, arrivée de plusieurs vagues de jeunes gens ; tout le monde a l’air affamé et assoiffé. Ces divers joyeux groupes ont eu droit aux mêmes égards que la nôtre ou celle, voisine, occupée par le célèbre François L., ex-Monsieur Touilleurs, et une amie. En fond sonore, même 50 Cent, pourtant plutôt connu pour le volume de ses interprétations, était domestiqué. Une bien belle soirée en vérité.

Ouvert le midi du mercredi au samedi et, en soirée, du mardi au samedi. Un souper pour deux aura coûté 75,64 $ avant taxes et service. En plus d’une efficacité et d’un entregent remarquables, Mme Koshiyama-Chia possède une connaissance remarquable de la carte des sakés, une des très belles en ville. Si vous êtes amateurs et que vous cédiez à ses arguments, le repas vous coûtera bien sûr pas mal plus.

Légendes

★ Je regrette de devoir vous en parler
★★ Pas mauvais, mais on n’est pas obligés de s’y précipiter
★★★ Bonne adresse
★★★★ Très bonne adresse
★★★★★ Adresse exceptionnelle pour la cuisine, le service et le décor

$ Le bonheur pour une vingtaine
$$ Une quarantaine par personne
$$$ Un billet rouge par personne
$$$$ Un billet brun par personne
$$$$$ Le bonheur n’a pas de prix

Hanzō

★★★ 1/2

$$, 417, rue Saint-Nicolas ☎ 514 543-6400