O’Thym: commencer l’année à une bonne adresse

La petite salle agréable, le décor chaleureux et le service à l’avenant du restaurant «apportez votre vin» O’Thym concourent à rendre la soirée plaisante.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir La petite salle agréable, le décor chaleureux et le service à l’avenant du restaurant «apportez votre vin» O’Thym concourent à rendre la soirée plaisante.

« Nous croyons en une alimentation saine et locale. O’Thym propose une cuisine du marché mettant en valeur les produits d’ici, alliant savoir-faire et créativité. Cuisine savoureuse, ambiance décontractée, décor épuré et service attentionné. Pour le brunch et le soir, apportez votre vin. »

Commencer l’année avec un petit restaurant qui énonce ainsi sa profession de foi a quelque chose de réjouissant. Les réjouissances se sont poursuivies toute la soirée, et vous parler de cette maison est un plaisir supplémentaire.

Petite salle agréable, décor chaleureux et service à l’avenant concourent à rendre la soirée plaisante. Felix au service a été impeccable tout au long du repas.

L’arrivée ne s’était pourtant pas passée dans l’allégresse : 1. j’avais en effet oublié qu’il s’agissait d’un « apportez votre vin » ; et 2. au lieu de la belle table en milieu de salle — « réservée spécifiquement », nous a-t-on dit —, on nous a collés à une table face à la porte et sur le chemin des gens au service.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Un magret de canard, sauce argousier

Heureusement, le monopole gouvernemental des bouteilles possède une succursale pas trop loin et, à mon retour avec une bouteille de sancerre, mes commensaux ont dit que cette table leur convenait très bien. L’amuse-bouche — betterave, canneberges, graines de tournesol et huile de maline — offert par la maison achève de mettre de la bonne humeur. En route donc pour une belle soirée.

Il y a beaucoup d’intelligence dans ce menu ; beaucoup de goût et d’application aussi à valoriser les producteurs locaux. Ce qui est servi dans vos assiettes diffère parfois légèrement de ce qui est annoncé au mur, mais c’est généralement pour tenir compte de ce qu’il y a de meilleur au moment de votre visite.

Ainsi, ces pétoncles annoncés au tableau noir comme venant de Nouvelle-Écosse avaient en fait quitté le Nouveau-Brunswick ; ils étaient dodus, goûteux, avec un délicieux petit arrière-goût d’embrun. Le chef les accompagne de chou nappa rouge fermenté, de beurre blanc au gingembre biologique, de surette de pomme et de cerfeuil, le tout sur un lit de courge Patidou en purée. Quelques pousses d’oseille viennent en décoration.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Un tartare de cerf rouge des Appalaches

Autre entrée savoureuse, une salade de carottes dans une assiette élégante. En tronçons et rondelles, la racine est subtilement fumée et mariée à de la ricotta de bufflonne, quelques éclats d’endive, des graines de tournesol et, ici également, persil ciselé et pousses d’oseille qui donnent un petit élan au plat.

La maison propose un « Trou normand, Sorbet argousier, verveine, vodka ». Distrayant.

Jérôme, l’ami grenoblois à notre table, avait lu « Carré d’agneau de Kama-sutra ». Après explications et rectification, Kamouraska lui a semblé tout aussi exotique. Sur leur lit de purée de pommes de terre douce, les deux côtelettes ont été scrupuleusement rongées et l’accompagnement de mozzarella de bufflonne, chou frisé, sauce « ô thym » adoucie au miel, nettoyé tout aussi méticuleusement. Tout en étant au courant des prix en boucherie, le comptable en moi a remarqué que seulement deux côtelettes peuvent difficilement former un carré. Je dis ça comme ça…

L’onglet de bœuf IPE au tableau avait été remplacé par du steak de côtes (short ribs pour le ROC et une partie des carnivores francophones). De belles pièces de viande cuites à la perfection, d’une tendreté remarquable, accompagnées de chanterelles tubes, d’une délicieuse purée de chou-fleur, de quelques choux de Bruxelles et d’une généreuse persillade « à l’ail » précise (inutilement) la carte.

Madame Nicole, Landaise gourmande, épouse du Grenoblois, a jeté son dévolu sur l’assiette végétarienne. Ici, le même soin et le même souci du détail. Légume en fin de saison, ce chou-fleur avait été « poêlé et laqué avec un mélange de jus de champignons fermentés, de tamari canadien, de sirop d’érable et de sauce épicée maison » dixit le chef. Parfaitement escorté de pois fourrager et d’un œuf bio poché et — sans doute par manque d’inspiration — du même persil ciselé et des mêmes pousses d’oseille vus dans d’autres assiettes. La maison a par contre la délicatesse d’accompagner le plat, non d’une mayonnaise, mais d’une « végénaise » à la truffe de mer, une algue venue de Nouvelle-Écosse. Aux omnivores, le menu propose deux autres versions : Extra foie gras ou Extra boudin.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Foie gras

L’énoncé de la carte des desserts est aussi intéressant que le reste du menu. Le financier était tel qu’il doit l’être lorsque préparé avec soin, et le dulce de leche à l’érable lui ajoutait une touche savoureuse. Le pouding au pain était succulent, servi en tempura et accompagné d’une glace à la bière noire ainsi que d’un caramel de champignons.

J’ai cru bon de noter l’origine de quelques produits utilisés par le chef Noé Lainesse dans sa cuisine : Saint-Nicéphore, L’Ange-Gardien, Bromont, Saint-Charles-sur-Richelieu, Saint-Jean-sur-Richelieu et Martinville. Les visiteurs étaient très impressionnés, et moi ravi de leur ébahissement.

Le soir de ma visite impromptue, la brigade était bien dirigée par Raphaël Buteau. On pourra également admirer le travail méticuleux d’équilibriste de Sara Camila apportant de la cuisine en sous-sol de lourds plateaux chargés de ces assiettes savoureuses.

Ouvert tous les soirs dès 17 h 30. Brunchs les samedis et dimanches de 10 h à 14 h. Une quinzaine de choix de plats délicieux pour la très modique somme moyenne de 19,20 $.

Légendes

★ Je regrette de devoir vous en parler
★★ Pas mauvais, mais on n’est pas obligés de s’y précipiter
★★★ Bonne adresse
★★★★ Très bonne adresse
★★★★★ Adresse exceptionnelle pour la cuisine, le service et le décor

$ Le bonheur pour une vingtaine
$$ Une quarantaine par personne
$$$ Un billet rouge par personne
$$$$ Un billet brun par personne
$$$$$ Le bonheur n’a pas de prix

O’Thym

★★★ 1/2

$$$, 1112, boulevard de Maisonneuve Est ☎ 514 525-3443