Vesta: une pizzeria de qualité, tendance trattoria

Vesta, la déesse du foyer dans l’Antiquité romaine, est sûrement très fière de parler de cette maison avec ses copines de la mythologie. En effet, on mange vraiment bien dans cette pseudo «pizzeria de quartier». 
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Vesta, la déesse du foyer dans l’Antiquité romaine, est sûrement très fière de parler de cette maison avec ses copines de la mythologie. En effet, on mange vraiment bien dans cette pseudo «pizzeria de quartier». 

L’élégance du décor est ce qui surprend en premier dans cette pizzeria qui est beaucoup plus que cela. On sent, bien sûr, que la soirée risque de coûter pas mal plus que le 0,99 $ de la pointe offert en ville, mais comme l’élégance se double ici de confort, on est prêt à saigner un peu son porte-monnaie.

Ce qui surprend moins, par contre, est la qualité de la cuisine, de la carte des vins et du service ; le célébrissime duo de chefs entrepreneurs, Stefano Faita et son partenaire Michele Forgione sont en effet derrière cette jolie adresse. Comme ils ont déjà trois adresses à gérer — Impasto, Gema et Tousignant —, ils ont eu la sagesse de s’associer avec deux jeunes fringants, Anthony Di Iorio en cuisine et Benjamin Lemay-Lemieux à la cave.

Le chef Di Iorio impressionnait déjà chez Gema avec de succulentes pizzas, et le sommelier Lemay-Lemieux est l’idole de tous les amateurs d’excellentes bouteilles de tous les restaurants susmentionnés. Le soir de notre visite, ni l’un ni l’autre n’étaient présents, mais la soirée s’est passée dans une certaine allégresse grâce au travail irréprochable des personnes en cuisine et en salle, et nous sommes sortis en sifflotant de bonheur.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le chef Anthony  Di Iorio

Vesta, la déesse du foyer dans l’Antiquité romaine, est sûrement très fière de parler de cette maison avec ses copines de la mythologie. En effet, on mange vraiment bien dans cette pseudo « pizzeria de quartier ». Le menu de Vesta offre une petite dizaine d’entrées et salades, une dizaine de pizzas et quatre desserts. Pour s’assurer que tout le monde y trouve son compte, le chef y a ajouté une trentaine d’extras, légumes, viandes et fromages. En ce beau dimanche soir, toutes les tablées semblaient y avoir trouvé leur bonheur et les plats défilaient allègrement.

Conseils éclairés et cuisine lumineuse

Sur les conseils éclairés de Jessy, l’impeccable jeune homme qui s’est occupé de nous toute la soirée, nous tombons dans quelques festivités apéritives : Nœuds à l’ail et rappinis straciatella. Les premiers sont des petites bouchées de pâte à pizza frite, posées sur un fond de sauce crémeuse, fromage, poivre sauce et beurre à l’ail (cacio e pepe). Pour les seconds, que l’on appelle aussi en français brocoli-rave, en plus de quelques tranches très fines de piment explosif et de quelques gros grains de raisins blancs qui équilibrent l’explosion, la cuisine marie les rappinis à peine blanchis à des filets de straciatella, ce délicieux fromage des Pouilles.

Suivent trois pizzas : l’incontournable « Pepperoni », sauce tomate, pecorino, mozzarella et fines tranches d’un petit pepperoni, la « JMK », sauce tomate, pecorino, ail, basilic, origan, mozzarella et fior di latte et la très chaudement recommandée par Jessy « Boscaiola », sauce tomate, oignons caramélisés, mélange de champignons, mozzarella, huile de truffe.

Toutes trois ont une pâte parfaitement croustillante à l’extérieur et d’une surprenante rondeur à l’intérieur. Le levain soutient parfaitement les ingrédients de chacune sans jamais empiéter sur les saveurs des garnitures choisies.

Même équilibre dans l’utilisation judicieuse de l’huile de truffe dans la Boscaiola, un élément souvent mal dosé et qui, par conséquent, étouffe tout sous ses puissants effluves.

 
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le menu de Vesta offre une petite dizaine d’entrées et salades, une dizaine de pizzas et quatre desserts.

Quand, à 20 h 30, dans un établissement italien, il n’y a plus de spaghettini tomate et boulettes de viande, on peut supposer deux choses : soit la cuisine planifie très mal son inventaire, soit la maison est si populaire que dès le premier service, tout le monde s’est précipité sur ce plat. Après vérifications, il y avait eu ce soir-là grosse affluence dès 17 h.

À défaut de spaghettini, il reste des penne. Jessy, qui a l’art de changer le négatif en positif, dit des phrases comme : « La cuisine m’informe que nous n’avons plus de spaghettini ce soir, mais je dois vous dire que notre plat de penne est exceptionnel et blablabla… » Pour renforcer le positif et cacher ma déception, je demande si, par hasard, il resterait quelques boulettes de viande. Il en restait (« Boulettes de Nickie ») et elles étaient délicieuses, tendres et accompagnées d’une succulente purée de tomates qui a été scrupuleusement nettoyée dans une scarpetta de groupe endiablée. On remerciera ce Nickie pour sa recette.

Ces penne vantées par notre guide étaient effectivement délicieuses, crème, pesto, pecorino et une idée de pistaches.

Les desserts retenus — gâteau noisettes et tiramisu — étaient à la hauteur de tout le reste, irréprochables. Le gâteau avait ce moelleux que l’on recherche toujours et le tiramisu contenait cette dose parfaite de café qui fait les grands tiramisus et tire vers le haut comme le dit le nom.

Du personnel de qualité

Pour conclure, il faut mentionner deux détails qui n’en sont pas : 1. Malgré un chauvinisme très italien dans la composition de la carte des vins, le choix et la sélection proposés à la clientèle assoiffée impressionnent. Du très beau travail du sommelier, notamment en vins nature. (Note à Vesta : nature étant un adjectif invariable, il s’écrit sans « s » ; donc à corriger sur le site…) 2. Le service chez Vesta est un exemple de ce qui se fait de mieux en ville ; pour une petite adresse, le travail des gens en salle (y compris la connaissance de la carte des vins) est un modèle et ajoute au plaisir de manger ici.
 

Ouvert à midi du mercredi au vendredi et en soirée, du mardi au dimanche. Trois entrées, une pizza, une assiette de pâtes et deux desserts ont coûté 82 $, avant taxes et pourboire. Marie et moi n’avons bu que de l’eau. Mme et M. Filion sont tombés dans la boisson et monsieur a cité Jean Gabin pour expliquer ses pulsions : « Je boirai du lait le jour où les vaches mangeront du raisin. »

Légendes

★ Je regrette de devoir vous en parler
★★ Pas mauvais, mais on n’est pas obligés de s’y précipiter
★★★ Bonne adresse
★★★★ Très bonne adresse
★★★★★ Adresse exceptionnelle pour la cuisine, le service et le décor

$ Le bonheur pour une vingtaine
$$ Une quarantaine par personne
$$$ Un billet rouge par personne
$$$$ Un billet brun par personne
$$$$$ Le bonheur n’a pas de prix

 

Vesta

★★★ 1/2

$$$, 206, rue Jarry Est ☎ 514 543-7725