Bistro Liu: le vrai goût de la Chine, à Laval

Depuis plus de 20 ans, Suzanne Liu propose une cuisine allumée qui permet de goûter à ce mélange de tradition et de modernité que les chefs chinois mettent à leurs menus.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Depuis plus de 20 ans, Suzanne Liu propose une cuisine allumée qui permet de goûter à ce mélange de tradition et de modernité que les chefs chinois mettent à leurs menus.

Ce bistro-ci a une riche histoire derrière lui. En fait, la riche histoire du Bistro Liu est plus exactement celle de sa cheffe et propriétaire, Suzanne Liu. Cette Hongkongaise arrivée au pays en 1976 a fait beaucoup pour la cuisine chinoise à Montréal. On parle ici de cuisine chinoise loin des egg rolls et autres chow mein ; cette nouvelle cuisine chinoise qui nous fait découvrir des légumes que nous ne connaissions pas et des plats que nous ne soupçonnions pas.

Depuis plus de 20 ans, madame Liu propose une cuisine allumée qui permet de goûter à ce mélange de tradition et de modernité que les chefs chinois mettent à leurs menus. Il y a un peu plus de 20 ans, donc, madame Liu faisait le bonheur des clients de l’ancien hôtel Quatre Saisons, rue Sherbrooke, où elle cuisinait au restaurant Zen. Déjeuners, dîners et brunchs mémorables.

Pour être maîtresse chez elle, elle ouvrait en avril 1999 son premier restaurant, Soy, rue Saint-Denis. À cette date, une grande bannière annonçait « Spécial d’ouverture : repas à 1 $ ». Inutile de vous décrire l’achalandage immédiat. « On avait prévu de faire ça pendant 15 jours, mais au bout d’une semaine, on était brûlés, » explique en souriant la cheffe. J’avais pour ma part interprété cette bannière comme un coup de marketing, mais finalement écouté les conseils de mon amie Josée B. qui m’avait recommandé de laisser mes préjugés de côté et d’aller essayer le nouveau resto. Tout était si bon que j’étais ressorti de ce Soy époustouflé.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir La propriétaire Suzanne Liu

Le 24 juin 2001, un incendie rasait l’édifice et il fallut attendre 2003 pour retrouver Soy, cette fois sur le boulevard Saint-Laurent en plein cœur du Mile-End. Adresse différente, mais cuisine identique, délicieusement chinoise et parsemée de petits plats empruntés aux pays voisins. Dès l’ouverture, les fines baguettes du quartier, Ubisoft et compagnie, ont dévoré les plats de madame Liu. Fin 2018, pour raison de santé, la cheffe décidait de vendre son restaurant du boulevard Saint-Laurent.

On pensait l’avoir perdue, mais « comme ma convalescence s’est vraiment bien passée, que je me suis très rapidement ennuyée et que tous mes amis me pressaient de revenir en cuisine, j’ai décidé d’ouvrir le Bistro Liu en juin 2019 », explique-t-elle. Confucius soit loué !

Dans une section assez calme du boulevard Dagenais Ouest, entre les autoroutes 13 et 15, pas très loin de la rivière des Mille Îles, le petit bistro de madame Liu va se faire beaucoup d’amis sur l’île Jésus qui pourront se régaler de sa cuisine intelligente sans devoir se dépêtrer des labyrinthes de cônes orange de Montréal.

Le menu est le miroir de ce que la cheffe sait faire en cuisine : les classiques chinois que nous connaissons ici, avec une touche personnelle attestant de la curiosité de madame Liu. Dumplings du jour poêlés, vivifiés par un petit vinaigre rouge au gingembre ; pad thaï et multiples riz frits ; général Tao omniprésent. Dans tous les plats du menu, on constate des techniques et des montages ramenés de voyages en Asie.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Calmars et crevettes frits sauce teriaki crèmeuse

Un mercredi midi d’automne, le petit local est calme, quelques tablées de gens apparemment comblés par leurs assiettes. La salle est pleine de délicieuses senteurs. Aux murs, on reconnaît deux très beaux masques hérités du restaurant L’orchidée de Chine aujourd’hui fermé. Sur une petite étagère, quelques produits d’épicerie chinoise qui inspirent confiance.

Pour notre table, on commande quatre plats qui permettent de vérifier que la convalescence de madame Liu n’a pas altéré le talent de la cheffe. Je vous confirme que tout est bien là, l’œil vigilant pour suivre les cuissons, la main toujours aussi sûre pour doser les mélanges et mariages.

Ces crevettes croustillantes sautées à l’ail et au poivre moulu, à la chair très tendre et très parfumée, rappellent celles que les Cantonais affectionnent particulièrement. Ce premier plat me laisse seulement perplexe devant la rapidité avec laquelle mon amie Émilie, toute mince et élégante, se métamorphose en ogresse affamée, pour ne reprendre son sang-froid qu’une fois le plat nettoyé.

Le riz frit épicé servi avec un mélange de petits légumes et plein de senteurs de coriandre et d’ail disparaît, lui aussi, à une vitesse surprenante.

L’assiette de poulet dans une sauce balinaise est, elle aussi, à la hauteur de nos attentes et en portion plus généreuse que ce à quoi nos appétits s’attendaient ; de belles bouchées de poulet très tendres, cuites dans une sauce épicée aux arachides, à la citronnelle et aux feuilles de combava, où apparaissent en arrière-plan galanga et lait de coco.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Aubergines asiatiques épicées à la sichuannaise avec tofu, fêves germées, basilic thailandais au Restaurant Asiatique Liu à Laval

Le moment fort du repas aura été le plat d’aubergines asiatiques de madame Liu. Épicées à la sichuanaise, ces petites aubergines reconnaissables à leur joli mauve clair possèdent une douceur particulière et un goût incomparable. La cheffe les fait sauter à la poêle et les sert avec un peu de tofu et de basilic thaïlandais, une sauce aux fèves de soja et des tranches de daïkon mariné.

À celles et ceux qui aiment vraiment sa cuisine, madame Liu propose des cours sur divers thèmes : le général Tao, les sautés asiatiques, les riz frits, etc. On apprend et on déguste. À venir en 2020 pour former la relève, des cours pour les plus jeunes.

Ouvert le midi du lundi au vendredi et en soirée du lundi au samedi (fermeture à 20 h lundi à mercredi et à 22 h les autres soirs). Une quarantaine de plats de 4,50 $ à 28 $. Un plantureux repas du midi pour deux a coûté 44,35 $ avant taxes et pourboire et on est repartis sur la Vespa avec un gros doggy bag, comme on dit dans l’Hexagone. Pour l’instant, le Bistro Liu est dans la catégorie « Apportez votre vin », mais une demande a été déposée auprès de la Régie des alcools, des courses et des jeux pour un permis d’alcool qui finira par arriver. À suivre.

Légendes

★ Je regrette de devoir vous en parler
★★ Pas mauvais, mais on n’est pas obligés de s’y précipiter
★★★ Bonne adresse
★★★★ Très bonne adresse
★★★★★ Adresse exceptionnelle pour la cuisine, le service et le décor

$ Le bonheur pour une vingtaine
$$ Une quarantaine par personne
$$$ Un billet rouge par personne
$$$$ Un billet brun par personne
$$$$$ Le bonheur n’a pas de prix

Bistro Liu

★★★ 1/2

$$, 3124, boulevard Dagenais Ouest, Laval ☎ (450) 622-9988