Nourri au beurre: le plaisir d’aller souper à Boucherville

Le menu de Nourri au beurre est assez court pour ne pas étourdir et suffisamment varié pour que chacun y trouve son bonheur.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le menu de Nourri au beurre est assez court pour ne pas étourdir et suffisamment varié pour que chacun y trouve son bonheur.

Un chef propriétaire d’un restaurant de la Rive-Sud, dont je tairai le nom par respect pour sa modestie, m’avait suggéré de « passer faire un tour » chez ce Nourri au beurre. « C’est du beau travail, vous devriez apprécier », avait-il dit. Comme son propre restaurant est une belle table, j’avais pris bonne note de son conseil afin d’y passer un jour. Lors de ma visite, j’ai effectivement apprécié, et mes amis à la fourchette exigeante et à l’appétit féroce tout autant que moi.

Un vendredi soir, se retrouver dans une sorte de centre d’achats de banlieue n’est pas nécessairement la sortie qui me vient spontanément à l’esprit. En arrivant rue Lionel-Daunais, qui avait fait les manchettes le matin même avec du grabuge entre mauvais garçons, j’ai vraiment espéré que le tuyau refilé par le Bouchervillois susmentionné ne soit pas percé.

À 19 h, la salle est pleine, une trentaine de clientes et clients sont attablés et semblent avoir bien du plaisir avec leurs assiettes. Il règne dans la salle ce léger brouhaha caractéristique des soirées réussies et courtoises pour les autres clients. Un jeune homme jovial et chaleureux nous accueille et nous installe à une table d’où, pour mon plus grand bonheur, je pourrai toute la soirée avoir une vue parfaite sur la cuisine ouverte. Cela me permettra entre autres choses de constater que tout ce temps, le chef et sa brigade seront attentifs à leurs différentes tâches respectives et ne commettront aucun de ces faux pas qui, à l’occasion et dans d’autres maisons, gâchent ma soirée et forcément votre lecture de mes ronchonnements.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir

Magret de canard venu de Marieville au restaurant Nourri au beurre

Le menu de Nourri au beurre est assez court pour ne pas étourdir et suffisamment varié pour que chacun y trouve son bonheur. Michel dit : « On partage ? » Ce à quoi Ron réplique : « Je ne partage jamais. » Après quelques menaces bien senties, il convient de partager. Ron est un trompettiste délicat et une âme sensible surtout à des arguments massues, les gros biceps de Michel par exemple.

Trois entrées, trois plats principaux et deux desserts plus tard, tout le monde est heureux. Heureux et repu. Michel parce qu’il a pu partager, Ron parce qu’il a pu s’empiffrer de ses choix et des nôtres et moi parce que je sais que je pourrai vous recommander cette table.

Bien sûr, la maison ne s’appelle pas « Brise de tofu » ou « Foam de légumes », c’est donc, sans être lourd, un peu riche, un peu beurré, un peu comme une chose délicieuse dont on se sentira coupable plus tard.

Ce « Clam chowder » par exemple était aussi généreusement chargé que ceux que l’on nous sert sur la côte est des États-Unis, portion Maine. Une belle chaudrée, de délicieuses bouchées de palourdes, des pointes de céleri et de carottes, des morceaux de pomme de terre en juste quantité et une crème d’une texture veloutée parfaite.

Les deux autres entrées sont aussi goûteuses, mais plus sautillantes. Ainsi, avec cette vinaigrette à la lime très pertinente, quelques graines de grenade et de très fines tranches de concombre compressé, le ceviche de pétoncle mettait de la bonne humeur à table.

L’entrée suivante s’appelle « Popcorn de ris de veau à la Thaï ». Les ris de veau traités en popcorn étaient un peu chiches en ris et riches en panure. Pimentée avec discernement, c’est-à-dire sans excès risquant de blesser des palais sensibles d’Occidentaux, la belle salade d’herbes — basilic, roquette, coriandre, oignons verts et graines de sésame — constituait un accompagnement qui donnait un juste équilibre à l’assiette.

La « Prise du moment » était un petit filet de saumon accompagné de rillettes du même poisson. Nous ne nous sommes pas battus pour picorer dans l’assiette ; rien de mauvais, mais pas une pêche miraculeuse non plus, et vous m’en voudriez sans doute d’épiloguer sur la chose.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir

Pappardelles au bison braisé

Beaucoup plus de succès avec les deux autres plats principaux : canard et bison. Le magret de canard venu de Marieville est parfaitement poêlé, tendre et goûteux. En accompagnements très justes, des gnocchis de patate douce, quelques chanterelles, un peu de kale pour faire moderne, de délicieux pleurotes sautés, des chips de topinambour et deux ou trois petits oignons marinés.

Ron est italien comme dans I-T-A-L-I-E-N, c’est-à-dire qu’un repas doit obligatoirement comporter des pâtes. La pasta ce soir-là s’appelait « Pappardelles au bison braisé ». Des pâtes donc, cuites al dente, et de dodues bouchées de bison. Pour compléter savoureusement le tout, une très riche sauce à base de glace de veau, un peu de parmesan, quelques fines rondelles de carottes, pas mal de beurre (!), une touche d’huile d’olive au zeste de citron, pointe d’ail, estragon et persil haché. « C’est une intéressante version locale de la gremolata, » a dit l’expert. « Et tes pâtes, elles sont comment ? » avons-nous demandé. « Pas mal », a répondu le fourbe après avoir méticuleusement nettoyé son assiette — les Italiens appellent ça « fare la scarpetta ».

Les deux desserts — chocolat et banane, puis churros et mousse chaï — avaient disparu avant même que j’aie eu le temps de noter tout le bien que je voulais vous en dire. Un très bon signe et des félicitations aux responsables, Félix Auger, sous-chef de la maison, et Sarah Chagnon, « talentueuse cuisinière », selon les dires du chef.

Une bien belle soirée chez Nourri au beurre et des éloges pour le chef David Godin-Pelletier qui, par son travail très appliqué, donne envie de déménager à Boucherville.

Ouvert en soirée du mardi au samedi, et à midi les jeudis et vendredis. Avant taxes et pourboire, avec un verre de chardonnay, une bouteille d’eau minérale et deux cafés, ce repas a coûté 56 $ par personne.

Légendes

★ Je regrette de devoir vous en parler
★★ Pas mauvais, mais on n’est pas obligés de s’y précipiter
★★★ Bonne adresse
★★★★ Très bonne adresse
★★★★★ Adresse exceptionnelle pour la cuisine, le service et le décor

$ Le bonheur pour une vingtaine
$$ Une quarantaine par personne
$$$ Un billet rouge par personne
$$$$ Un billet brun par personne
$$$$$ Le bonheur n’a pas de prix

Nourri au beurre

★★★ 1/2

$$$, 1052, rue Lionel-Daunais, Boucherville ☎ 450 906-0980