Les excellents bars 2.0

De nos jours, les restaurants ressemblent souvent à des discothèques et les bars à des restaurants; ce vinvinvin en est le parfait exemple.
Photo: Adil Boukind Le Devoir De nos jours, les restaurants ressemblent souvent à des discothèques et les bars à des restaurants; ce vinvinvin en est le parfait exemple.

Un bar, vraiment ? À la page Restaurants de la section Vivre ? Tout à fait ! Les temps changent et, si les restaurants d’aujourd’hui ne ressemblent en rien à ceux d’un autrefois pas si lointain, il en est de même pour les bars. De nos jours, les restaurants ressemblent souvent à des discothèques et les bars, à des restaurants ; ce vinvinvin en est le parfait exemple. Décor original avec un comptoir omniprésent, des tables plus intimes et une foule de petits détails intrigants qui pourraient placer cette maison à Copenhague, Lisbonne ou Perpignan.

On célèbre et on partage beaucoup chez vinvinvin. Pour ce qui est de simplifier, la cuisine propose 10 plats ; ce pourrait être peu si ce n’était pas aussi délectable. Dix petits plats qui se succèdent et qui indiquent très rapidement que, si la cuisine est simplifiée, elle est en même temps d’une grande inventivité et fait preuve d’une louable générosité. Ainsi, pour faire passer cette « langue de porc, moules et légumes marinés », les cuisiniers présentent la chose en délicates tranches recouvertes de moules dodues, de très fines lamelles de carottes, de petits cubes de chou-rave, de feuilles de pourpier et de pétales de capucine. Le tout est assaisonné d’une mayonnaise légère parfumée au jus de moule. Tout est dans le souci du détail. Résultat : tout le monde à table a pioché dans l’assiette, y compris les deux dames qui avaient fait une très jolie moue à la lecture du plat en début de repas.

Dans la section « À manger », qui accompagne la longue liste des festivités liquides, on voit des propositions relevant davantage d’un menu de restaurant que de ce que l’on trouve traditionnellement sur le zinc d’un bar. « Pleurotes frits, crème sure et persil », « fleur de courgette à la ricotta, tomates cerises et petits pois », « légumes de saison, trempette au maquereau fumé et avoine soufflée » ou « turbot rôti, yogourt, concombres grillés et crevettes nordiques ». Dans ce dernier cas, on apprécie le soin méticuleux apporté par la cuisine pour que tous les éléments de l’assiette — poisson plein de saveurs, yogourt maison, fines tranches de concombre, jus de concombre et huile d’oignons verts — soient au diapason et créent une assiette modèle d’harmonie et absolument délicieuse.

Deux clins d’œil à une cuisine plus décontractée, réminiscence de plats d’autrefois : « sandwich au baloney, moutarde et cornichon » et « pogaufre aux bourgots et mayonnaise au céleri ». Dans le premier, on a un baloney de luxe préparé par David Aghapekian, artiste boucher de la boucherie Dans la côte, et dans le second, des bourgots embrochés sur une tige de bois et pris dans une pâte à gaufre croustillante.

La maison propose des quarts de miche maison au beurre. Ce serait une erreur de ne pas accepter cette proposition. On en redemande d’ailleurs, tant le pain est savoureux et le beurre, irrésistible.

Un seul dessert, mais aussi intéressant que tout ce qui précède : un « popsicle ». Présenté sur un bâtonnet classique, un mélange jouissif de crème diplomate, parfumée à la camomille et renforcée de quelques camerises.

Côté bouteilles, puisqu’il faut bien en parler ici, la maison fait preuve d’originalité en présentant sa carte des vins avec trois ajouts qui aident la cliente ou le client peu au fait des bouchons hors des sentiers battus : des pastilles de couleur identifient les vins selon leur ton ; les crus sont classés selon cinq critères, soit Joufflu, Émotion, Soif, Punk et Minéral ; enfin, l’ensemble des bouteilles est départagé entre « Tranquilles » et « Pas tranquilles ». On boit tout de suite moins bête.

Photo: Adil Boukind Le Devoir

Parmi les crus goûtés le soir de notre visite, trois très gouleyants se démarquent : un slovaque de chez Strekov, 1075 « Big Fred » 2017, importé par Ward et Associés et, de chez nous, deux vins « propres » — un peu au stade expérimental, donc difficiles, voire impossibles à trouver : Vignoble de la bauge « Bauge blanc » 2018, de Brigham, et un rouge pétillant, particulièrement émouvant, Lieux communs, du Domaine Le Grand Saint Charles, à Saint-Paul-d’Abbotsford.

Les membres de l’équipe derrière ce très bel ensemble méritent non seulement des éloges, mais également d’être nommés afin que vous puissiez les remercier à votre tour après avoir passé une excellente soirée chez eux. La carte est montée par la chef Marina De Figueiredo, dont on avait pu apprécier le talent et le travail lorsqu’elle était sous-chef chez Candide. En salle, Antonin Frenette-Laporte, venu de la belle brasserie Isle de Garde, gère les lieux avec élégance ; celui qui s’occupe de la qualité de l’imbibition s’appelle Nikolas Da Fonseca. La chef étant très enceinte, elle a demandé à son ami Adrien Renaud de tenir la cuisine en son absence pour cause de préparation au grand événement. Le chef Renaud et la brigade tiennent parfaitement la chose.

Légendes

★ Je regrette de devoir vous en parler
★★ Pas mauvais, mais on n’est pas obligés de s’y précipiter
★★★ Bonne adresse
★★★★ Très bonne adresse
★★★★★ Adresse exceptionnelle pour la cuisine, le service et le décor

$ Le bonheur pour une vingtaine
$$ Une quarantaine par personne
$$$ Un billet rouge par personne
$$$$ Un billet brun par personne
$$$$$ Le bonheur n’a pas de prix

Vinvinvin

$$ 1/2 1290, rue Beaubien. Ouvert jusqu’à 1 h du dimanche au jeudi et jusqu’à 3 h les vendredis et samedis. Au menu, 10 plats de 5 $ à 18 $, pour une moyenne de 12 $. L’ensemble de la carte coûte 120 $. Nous avons effectivement tout pris et tout était vraiment impeccable.