Dix ans déjà Chez Victoire!

Un vélo jaune éclatant trône maintenant au-dessus du majestueux cellier de la même couleur.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Un vélo jaune éclatant trône maintenant au-dessus du majestueux cellier de la même couleur.

Par une douce soirée d’été, je donne rendez-vous aux amis en plein cœur du Plateau Mont-Royal, toute heureuse à l’idée de revenir profiter des charmes de Chez Victoire. Le restaurant souffle ses dix bougies et en a profité pour se refaire une beauté. Quelques coups de pinceau sur la devanture, réorganisation de la terrasse et ajout d’un vélo jaune éclatant trônant maintenant au-dessus du majestueux cellier de la même couleur.

Ma dernière visite au printemps, après une pièce de théâtre à La Licorne, à quelques pas de là, m’avait laissé de doux souvenirs. Nous étions une joyeuse bande à nous délecter du menu de fin de soirée (25 $ pour un plat et une entrée ou un dessert au choix, une véritable aubaine !). Nous avions également eu la chance de profiter des judicieux conseils de la talentueuse sommelière et copropriétaire Sindie Goineau, qui met en avant le travail des vignerons avec un enthousiasme contagieux. Une belle carte à prix d’ami, où tout le monde peut trouver son compte.

Cette fois-ci, c’est Karl, également copropriétaire, qui nous accueille. Le maître d’hôtel, enjoué, nous accompagne à l’extrémité de la large table communale qui se trouve au centre de la pièce, parallèle à ce tout aussi long bar où peuvent s’asseoir une bonne vingtaine de convives. Un espace chaleureux et dynamique, où l’on peut venir aussi bien en solo qu’en duo ou… en crescendo.

Malgré un service attentionné, nos cocktails patienteront un petit moment au bout du bar avant de nous être livrés. Le délicat assemblage de muscat pétillant, de vodka, d’eau de rose et de jus de pamplemousse fraîchement pressé en aura quelque peu souffert car, ainsi dilué par la glace fondue, il aura perdu de son éclat. En revanche, le Devil’s Dance Floor, à base de cachaça, de cassis, de romarin, de jus de citron et de blanc d’œuf, servi « façon sour », est irréprochable.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir

Nous tentons d’user de stratégie pour goûter aux plus de plats possible. Le généreux menu nous met l’eau à la bouche. C’est presque sans accrocs que nous finissons par nous entendre sur le programme de la soirée, bien parés à nous régaler.

Malheureusement, la salade de betteraves chioggia nous surprend par l’aspect peu ragoûtant que lui confère le fromage de chèvre crémeux qui enrobe les différents éléments du plat. Le légume est trop cuit et, bien que l’huile de truffe parfume agréablement le tout, les lardons et l’œuf poché frit alourdissent l’ensemble.

Le chou-fleur rôti au beurre noisette est lui aussi un peu trop cuit. Sa belle coloration dorée qui annonçait un extérieur bien croustillant semble avoir été précipitée, comme pour pallier un trop long blanchiment. La sauce hollandaise, comme plusieurs éléments ce soir-là, manque d’assaisonnement et quelques lardons froids, figés dans leur gras, nous laissent perplexes. La purée de chou-fleur au fond de l’assiette est quant à elle soyeuse et savoureuse, et quelques bouchées révélant l’éclat du zeste de citron nous laissent croire que cette création, avec une exécution plus précise, aurait pu être exquise.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Pieuvre grillée accompagnée de palourdes, chorizo, ail noir et tomate fumée

Le calamar frit, pour lequel je m’étais entêtée lors de la sélection des plats, parvient à me redonner le sourire. Lorsque je suggère un endroit à des amis, il est important pour moi que l’expérience soit à la hauteur des attentes. Les premières entrées n’étaient pas convaincantes. Avec sa facture classique, le mollusque en friture et sa mayonnaise à la lime bien poivrée arrivent à point pour nous rassurer.

Nous ne ferons ensuite que quelques bouchées de ces cavatellis maison, servis dans une délicieuse bisque à l’américaine légèrement relevée au piment Goria. Ce ne sera pas sans nous battre à la fourchette que nous déroberons morceaux de homard et asperges à une vitesse fulgurante. Je retrouve enfin ce talent dont je vantais les mérites.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir

Devant la carte des desserts, il nous paraît impossible de choisir parmi les trois propositions offertes. Chez Victoire a prévu le coup, et l’option d’un plateau les incluant tous est au menu. Difficile de déterminer lequel a été mangé le plus rapidement entre le moelleux au chocolat, la panna cotta à la vanille, noix de coco et rhubarbe et le cake à l’huile, crème citron et fruits rouges. En plus de rayonner par leurs qualités respectives, les trois douceurs se complétaient à merveille.

 
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Panna cotta à la vanille, noix de coco et rhubarbe

L’établissement est réputé pour sa rigueur et son professionnalisme, et a beaucoup à offrir à sa clientèle fidèle ou nouvelle. Gageons que nous avons joué de malchance lors de notre visite et que ces quelques faux pas ne font pas partie des habitudes de la maison.

Légendes

★ Je regrette de devoir vous en parler
★★ Pas mauvais, mais on n’est pas obligés de s’y précipiter
★★★ Bonne adresse
★★★★ Très bonne adresse
★★★★★ Adresse exceptionnelle pour la cuisine, le service et le décor

$ Le bonheur pour une vingtaine
$$ Une quarantaine par personne
$$$ Un billet rouge par personne
$$$$ Un billet brun par personne
$$$$$ Le bonheur n’a pas de prix

Chez Victoire

★★★

$$$,1453, avenue du Mont-Royal Est, Montréal,☎ 514 521-6789

 

Ouvert tous les soirs de 17 h à minuit. On y retourne pour profiter des différentes promotions offertes : les soirées de l’industrie le dimanche, la porchetta le lundi, les huîtres à 1 $ le mardi, ainsi que les choix de la sommelière le mercredi ! Le restaurant possède également une salle privée pouvant accueillir une cinquantaine de personnes.