Prendre le large avec Le Fricot

Nous poussons la porte et nous voilà plongés dans un de ces vieux «shack» frisant le kitsch.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Nous poussons la porte et nous voilà plongés dans un de ces vieux «shack» frisant le kitsch.

C’est à Simon Dunn, surtout, que l’on doit l’idée de donner des airs de bord de mer au boulevard Notre-Dame en venant y accoster son Fricot. Originaire de Shédiac, le Néo-Brunswickois a convaincu ses partenaires de la Drinkerie Ste-Cunégonde de le suivre dans ce projet qu’il mijotait depuis près de cinq ans. Quelques mois avant que le restaurant ne voie le jour, au début du printemps dernier, il les a donc entraînés dans une tournée gastronomique des cantines maritimes. C’est à son compatriote Alain Gauvin qu’il a confié la tâche d’actualiser les recettes traditionnelles de son Acadie natale.

Une petite pancarte arborantl’image d’un homard tout sourire nous indique que nous sommes arrivées à bon port. Nous poussons la porte et nous voilà plongés dans un de ces vieux crab shacks frisant le kitsch. Casiers à homards suspendus faisant office de luminaires, fanions multicolores, bouées et jeux de fléchettes au mur, il ne nous manque que le sable entre les orteils pour oublier complètement que nous sommes en pleine ville.

De la musique cadienne résonne dans la petite salle d’une cinquantaine de places, toutes déjà occupées. On nous fera gentiment patienter avant d’honorer notre réservation, de façon courtoise et attentionnée. L’ambiance est à la fête et nous comptons bien en profiter.

Petit cocktail désaltérant à la main, nous pouvons enfin étudier le menu qui est, à notre grande joie, imprimé sur un napperon plastifié. De petits plats plus frais avec produits de saison sont proposés à l’ardoise, mais nous avons déjà trop à découvrir sur le menu courant, il faudra revenir pour le reste.

La carte des vins semble, quant à elle, un peu confuse et nous persuade de poursuivre la soirée avec d’autres rafraîchissants cocktails, plus adaptés à ce type de cuisine.

Après tergiversations, nous assumons enfin un menu plutôt porté sur la friture et quelques plats plus réconfortants. On nous apporte d’abord le Fricot à Ulysse, une sorte de soupe qui flirte avec le ragoût. Dans un bouillon de poulet assaisonné de sarriette et d’origan, quelques légumes racines, lardons, morceaux de poulet et pâtes maison. Le tout est savoureux, quoiqu’un peu trop salé, en raison du bouillon peut-être, très concentré.

Nous est servie au même moment l’intrigante poutine râpée. Dans le but de ne pas trop désorienter les cousins québécois, on a ajouté fromage et gravy à la recette originale, une boulette de pomme de terre panée farcie de porc. Cette recette, traditionnellement réservée aux grandes occasions, est ici surmontée de quelques tranches de pommes Granny Smith et de feuilles de roquette, qui confèrent un peu d’éclat à ces petites bouchées de bonheur.

Arrive ensuite le gravlax de rivière. C’est la gaufre trop frite qui alourdira cette délicieuse truite au miel et au gin, servie avec un yogourt aux poireaux grillés. Une belle idée néanmoins.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Les alléchantes guédilles de homard et de crevettes du Fricot

Nous étions impatientes de mordre dans la guédille de crevettes et de homard, difficilement choisie parmi toutes les alléchantes déclinaisons proposées. Tout de cette « Caraquet spéciale » était divin. Mayonnaise à la coriandre, maïs grillé et laitue Boston créent une véritable explosion de saveur en bouche. Sans oublier ce pain si parfait de la boulangerie Holf Kelsten. De vrais professionnels en la matière, leur réputation n’est plus à faire.

Il est certain que pareille réussite fera injustement de l’ombre au poulet frit. Ce dernier, qu’on a pourtant dorloté en le saumurant dans du jus de cornichon pour rendre sa chaire juteuse et gorgée de saveur, aurait pu, en d’autres circonstances, être la star de la soirée. Salade de chou rouge et frites craquantes compléteront à merveille notre festin.

Bien que l’appétit soit chose du passé, nous ne pouvons résister à ce gâteau aux carottes, accompagné d’un glaçage au fromage et à l’orange et d’une tuile au gingembre. Comme quoi le bonheur se trouve dans les choses simples qui, habilement exécutées, peuvent nous faire chavirer.

La Petite-Bourgogne ne cesse de se métamorphoser depuis quelques années. On assiste à une réelle multiplication de bonnes adresses où aller se mettre quelques victuailles sous la dent. Malgré cette abondance presque étourdissante, ses restaurants réussissent à tirer leur épingle du jeu par leur originalité et leur talent, comme c’est le cas ici.


Légendes

★ Je regrette de devoir vous en parler
★★ Pas mauvais, mais on n’est pas obligés de s’y précipiter
★★★ Bonne adresse
★★★★ Très bonne adresse
★★★★★ Adresse exceptionnelle pour la cuisine, le service et le décor

$ Le bonheur pour une vingtaine
$$ Une quarantaine par personne
$$$ Un billet rouge par personne
$$$$ Un billet brun par personne
$$$$$ Le bonheur n’a pas de prix

Le Fricot

★★★

2661, rue Notre-Dame Ouest, Montréal ( ☎ 514 419-1683 )  $$ 1/2
Ouvert du mercredi au dimanche de 17 h à 23 h. On y retourne assurément pour la guédille ou pour s’évader dans les Maritimes un instant.