Battuto, les hauts et les bas d’une réputation

Derrière le long comptoir s’active la brigade composée de quelques cuisiniers et serveurs.
Photo: Félix Michaud Appareil Architecture Derrière le long comptoir s’active la brigade composée de quelques cuisiniers et serveurs.

Je m’apprête à écrire une critique particulièrement difficile. Car lorsque votre avis va à contre-courant de tout ce que vous avez entendu ou lu au sujet d’un restaurant, il est naturel de s’interroger.

Est-il possible de ne pas aimer un lieu dont tout le monde parle, où il faut réserver des mois à l’avance et qui, voici un an et demi, a été sacré « meilleur nouveau resto au Canada » par le magazine EnRoute ? Hélas, oui. Voici pourquoi.

C’est par un doux soir de mai que mon compagnon et moi sommes enfin allés essayer le Battuto, coqueluche de la scène gastronomique de Québec. Les attentes sont bien sûr élevées, vu la réputation plus qu’enviable de ce microrestaurant d’une vingtaine de places. On nous installe à une petite table près de la fenêtre. Derrière le long comptoir s’active la brigade composée de quelques cuisiniers et serveurs.

Sitôt que nous sommes attablés se profile ce qui constituera un désagrément majeur tout au long de la soirée : le niveau sonore. La musique ambiante, du folk anglophone, est en effet inexplicablement forte, ce qui oblige les convives à hausser le ton pour se faire comprendre. L’agression acoustique est encore aggravée par le plafond peu élevé. S’agit-il là de « l’atmosphère urbaine » tant vantée ? Déterminée à passer une bonne soirée, je décide d’en faire abstraction le plus possible.

Le goût ou l’ouïe

J’étudie le menu en sirotant mon Bellini, un kir prosecco et pêche où la bulle tombe un peu à plat, tandis que Dave entame le demi-litre d’arancione (vin orange) IGT de Toscane sélectionné pour accompagner le repas.

Trois aperitivos sont d’abord choisis et partagés : une focaccia maison, une mozzarella di bufala et une assiette de quatre arancinis. Si la focaccia et la délicate mozzarella sont délicieuses, les arancinis dominent l’étape : croustillantes à souhait, les bouchées panées se marient agréablement à la mayonnaise aïoli au romarin.

Photo: Félix Michaud Appareil Architecture Parmi les aperitivos, la focaccia maison est délicieuse.

Nous passons ensuite aux antipasti. Mon compagnon se laisse tenter par la polenta al forno, accompagnée de friarielli et nappée d’une crème de parmesan au vermouth. La proposition s’avère très appréciée. J’ai choisi le crudo, un plat de pétoncles accompagnés de salsa verde, d’estragon, de daïkon et de souci. Joliment présenté, le plat est parfaitement calibré et me plaît beaucoup.

Ce qui se passe en bouche console assez bien de ce qui assaille les oreilles. Mais si tout ce qui nous a été présenté jusqu’ici est réussi, ce n’est pas pour autant le pur ravissement gastronomique tant vanté et pressenti. L’énigme Battuto demeure : l’acmé nous attend peut-être au plat principal. Voyons la suite.

Facture salée

Le restaurant a fait le pari d’un menu très simple ne comportant que trois plats de pâtes dont la composition change fréquemment. J’ai jeté mon dévolu sur les casarecce carbonara… et l’anticipation se transforme en vive déception. Littéralement noyées dans une sauce trop salée et trop poivrée, les pâtes me semblent molles et sans personnalité ! Que se passe-t-il ?

Perplexe, je goûte les pâtes choisies par mon accompagnateur, les raviolis au céleri-rave, mascarpone, beurre blanc et romarin. C’est intéressant, les textures présentant un chouette contraste, mais le plat est à des lieues de l’apothéose attendue. L’enthousiasme gustatif et la gentillesse du personnel ne parvenant plus, hélas, à faire rempart à l’envahissement auditif, le mal de tête me gagne.

Et l’ultime bastion, le dessert ? Dave se décide pour le gâteau au chocolat accompagné d’un expresso, tandis que j’opte pour le gelato à la vanille. C’est bon de part et d’autre. Ni plus ni moins. Les décibels m’assomment, il fait trop chaud… bref, je n’aspire plus qu’à sortir. La facture est aussi salée que les pâtes. Sitôt dehors, l’étau se desserre. La jeune quadragénaire que je suis est-elle déjà trop vieille pour ce genre d’endroit ?

 
Photo: Félix Michaud Appareil Architecture Micro restaurant d’une vingtaine de places, le Battuto est coqueluche de la scène gastronomique de Québec.

Je connais les efforts et les sacrifices auxquels les chefs et leurs équipes doivent consentir pour se maintenir dans le dur milieu de la restauration, où les réputations se font et se défont.

C’est pourquoi chaque mot de mes critiques de restaurants est soigneusement pesé. C’est aussi pourquoi, tant par éthique que par respect pour mes lecteurs — et leur portefeuille ! —, il m’est impossible de feindre l’enthousiasme lorsque la dithyrambique expérience promise n’est pas au rendez-vous. Ce qui ne fut décidément pas le cas lors de ma visite au Battuto.

Les plus: la carte des alcools est un point fort, avec des vins inhabituels, voire rares. Les mises en bouche et les entrées ont été très appréciées. Service dynamique.

Les moins: une addition aussi salée que les plats de pâtes proposés en repas principal. Lors de notre passage, il était difficile de faire abstraction de la musique très forte.

Repas pour deux: nourriture seulement, avant taxes et service : 115 $.

Coût total pour deux: y compris alcool, taxes et service : 220 $.

Brèves culinaires de la région de Québec

Les festivités d’ouverture du Grand Marché de Québec se dérouleront du 14 au 16 juin. En plus de découvrir la nouvelle destination gourmande de Québec, les visiteurs pourront profiter de dégustations culinaires, d’expositions de photos et même d’animations théâtrales de type « pop-up » permettant d’en apprendre plus sur certains produits. Pour l’occasion, le BBQ Fest Rickard’s, un événement implanté à Québec depuis huit ans, quitte le Vieux-Port de Québec pour la place Jean-Béliveau, où il tiendra ses tentes, grils et camions de cuisine de rue. Signalons qu’un service de navette sera offert gratuitement entre le Vieux-Québec et le Grand Marché, du 14 juin au 14 octobre, à raison d’un départ par heure.

Le Parcours des terrasses gourmandes est de retour le vendredi 14 juin dans le Quartier Petit Champlain, Place-Royale et le Vieux-Port de Québec. Cette année, l’événement regroupe 21 restaurants participants. Trois forfaits sont offerts pour assurer de belles découvertes, soit 7, 13 et 21 bouchées en autant de lieux. Dès 20 h, Michel Pagliaro offrira une performance en plein air sur la scène musicale de la Place FAO, au coin des rues Saint-Paul et Saint-Pierre. En cas de pluie forte, l’événement sera remis au lendemain. On s’informe et réserve au celebevenements.com.

Établissement emblématique de la capitale, l’Hôtel Le Concorde Québec souligne ses cinq ans en annonçant de nouveaux investissements. L’un des projets, réalisé en partenariat avec le groupe Restos Plaisirs, vise à moderniser le restaurant JAJA qui se trouve au rez-de-chaussée.

Battuto

★★ 1/2

$$$ 1/2, 527, boulevard Langelier, Québec ☎ 418 829-3888