Moccione: le bonheur de manger ailleurs

Le décor est d’une discrète élégance et d’une chaleur enveloppante.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le décor est d’une discrète élégance et d’une chaleur enveloppante.

Une des qualités d’un bon restaurant est de proposer un voyage aux clients, avant même l’arrivée des assiettes choisies. On passe devant et on remarque une devanture intrigante, qui donne envie de pousser la porte pour voir de quoi il s’agit. C’est comme ça que vous pousserez la porte de Moccione et que vous partirez en voyage ailleurs.

Les gens de ce restaurant ont réussi à créer dans un tout petit écrin un bijou de restaurant. Moccione est une de ces adresses que l’on voudrait avoir au coin de chez soi pour pouvoir y aller souvent, très souvent en fait. On se croirait dans un excellent bistrot de quartier français ou dans une de ces inoubliables trattorias où l’on est entré un peu par hasard et dont on donne l’adresse à nos plus proches amis gourmands.

Décor d’une discrète élégance et d’une chaleur enveloppante. Cuisine italienne impeccable du chef Luca Cianciulli et de sa brigade, que l’on voit s’affairer dans la cuisine qui est là, tout près, sans cachotteries.

La cuisine est tout près, sans cachotteries.

Le menu est assez court pour ne pas étourdir — une petite quinzaine de choix salés et sucrés — assez varié pour plaire à tout le monde autour de la table et assez retenu dans la colonne des prix pour que l’on ne soit pas rincé lorsque arrivera « il conto ».

Un samedi soir de notre hiver qui n’en finit pas, nous patinions rue Villeray jusqu’au 380. La salle était pleine. À une table voisine, détail intéressant, un couple de restaurateurs qui tiennent une maison sérieuse ailleurs en ville.

Le jeune homme en service explique clairement le menu et les plats du jour. Les commandes prises, il suggère une bouteille se mariant parfaitement avec nos choix. De la cuisine, outre la bonne humeur, parviennent de très appétissants effluves. Les entrées arrivent sans trop tarder et se succèdent à un rythme agréable.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir De la cuisine, outre la bonne humeur, parviennent de très appétissants effluves.

Le soir de ma visite, quatre entrées, quatre plats principaux sans faute et des desserts divertissants comme doivent l’être les bons desserts.

Une entrée de succulents éperlans venus du Nouveau-Brunswick, servis en tempura. La panure laisse les petits poissons s’exprimer et un filet de jus de citron dynamise le tout. Ce qui dynamise également est cette mayonnaise à la coriandre et l’assaisonnement de furikake (condiment japonais à base d’algues, de sésame et de piment).

Une seconde entrée de mozzarelle, gracieuseté des magnifiques bufflonnes qui coulent des jours heureux dans les prés et les étables de la famille Fuoco au Québec, poivrons rôtis, et mosto cotto qui ajoute une légère touche aigre-douce.

En bon Italien qu’il est, le chef prépare un « crudo », de beaux morceaux de poisson cru accompagnés de longues lanières de concombre et de fines tranches de radis. La chair du poisson, très tendre et très goûteuse, est illuminée d’éclairs de gingembre, de lime et de sauce de soja. Pour faire joli, le chef dépose des morceaux de clémentine et quelques touches d’oeufs de mulet.

C’est effectivement non seulement très esthétique, mais également délicieux, parfait équilibre entre le plaisir des pupilles et des papilles.

Trois plats de pâtes maison — spaghettis, cavatellis et tagliatelles — qui rempliront de fierté les aïeules et aïeux du chef et ont ce soir-là soulevé des soupirs de bonheur.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le resto offre un parfait équilibre entre le plaisir des pupilles et des papilles.

Spaghettis aux anchois, oignons caramélisés, zeste de citron et chapelure croustillante en fine pluie ; cavatellis qui tendent à laisser croire que des doigts de fée travaillent fort en cuisine, saucisse forte en fenouil, rapini en petits tronçons, le tout saupoudré de pecorino rapé ; tagliatelles, de gros morceaux de champignons poêlés, cèpes, je crois, et sauge ciselée. Ici, la cuisine a choisi le parmesan comme fromage. Choix judicieux.

Un plat de poisson, de l’omble péché à New Richmond, au Québec, délicatement cuit au four sur un lit d’une des meilleures polentas que j’ai goûtées de ma vie, crémeuse, légère jouant à la perfection son rôle de soutien. Quelques choux de Bruxelles frits et, sur le poisson une grosse cuillerée de la version moccionesque de sauce vierge enrichie du même « caviar de mujol » mentionné avec l’entrée de poisson. Ici encore, un plat équilibré, savoureux, festif.

Les desserts

Les desserts de Moccione sont préparés par Maxime Landry, la conjointe et chef du chef. Ce soir-là, trois propositions : chou, tiramisu et tartelette. Les choux préparés quotidiennement sont fourrés de crème pâtissière à l’érable et accompagnés de baies d’argousier pochées dans le sirop et d’une chantilly. Le tout est généreusement saupoudré de sucre d’érable.

Présenté en verrine, le tiramisu manquait étonnamment de l’habituel dynamisme caféiné malgré la présence d’un superbe petit café (Vitto) à quelques portes du restaurant. Par contre, l’amaretto du Québec était bien présent et le mascarpone en quantité bien dosée. Les boudoirs faits maison étaient tout aussi intéressants. Je n’ai rien de lumineux à vous dire de la tartelette, hormis une laconique description : pâte sucrée, mousse chocolat noir à l’orange et à la noisette, boule de glace au lait et à la crème fraîche, éclats de zeste d’orange.

Commentaire d’une espionne en mission un midi chez Moccione : « Deux propositions de plats du jour. J’ai pris le bar rayé sauvage avec palourdes à 20 $, une savoureuse assiettée que j’ai nettoyée méticuleusement avec mon pain jusqu’à la dernière goutte de sauce ; la table à côté a fait de même.

Le seul dessert offert le midi est le tiramisu, léger, avec un bon goût d’oeuf et de crème mascarpone. J’ai remarqué que tous les plats pris dans ce petit troquet étaient bien assaisonnés, sans jamais verser dans l’excès de sel et de sucre. » Vous m’en voudriez de vous en dire plus. J’ai une confiance totale dans le jugement de Madame Hélène.

Sur le site de la maison, cette phrase, signe de générosité, comme la cuisine du Moccione : « Veuillez noter que nous ne sommes pas en mesure d’accueillir les groupes de plus de 8 personnes vu la petite taille du restaurant. Toutefois, nous avons plein d’endroits à vous recommander sur demande. »

Ouvert à midi du mercredi au vendredi et en soirée, du mercredi au dimanche. Un plantureux et délicieux repas pour quatre personnes avec une bouteille d’Eska et une de Syrah de chez Aurélien Chatagnier a coûté 218 $ avant taxes et pourboire. De l’argent bien investi. Maxime Lavallée monte une carte des vins en accord parfait avec les assiettes proposées par Luca.


 

Post-scriptum : Un lecteur et une lectrice m’ont fait remarquer que, dans une critique antérieure, j’avais utilisé mal à propos les mots « taverne » et « addition » pour « osteria » et « aggiunta » en italien. J’aurais dû vérifier davantage avant d’écrire des bêtises. Osteria est plus un bistrot et l’addition en fin de repas est un « conto ». Comme ils l’ont fait avec délicatesse, je les en remercie.

Moccione

★★★★ 1/2

380, rue Villeray ☎ 514 270-4441