Madame Thai: un thaïlandais sur la Rive-Sud

L’endroit ne manque pas de charme, avec son décor comprenant quelques éléments asiatiques et un fond musical civilisé.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir L’endroit ne manque pas de charme, avec son décor comprenant quelques éléments asiatiques et un fond musical civilisé.

Ah ! L’attrait du Sud. Parfois, je me fais attraper par cette irrésistible envie de quitter la grisaille des trottoirs montréalais en cette fin d’hiver qui s’éternise. Je pars donc vers le sud, cette fois-ci chez Madame Thai (Thaïe, je suppose), où je m’attendais à du bonheur, comme souvent avec la cuisine thaïlandaise. J’ai beaucoup attendu, en vain. Non que ce restaurant soit mauvais, mais je n’irai pas jusqu’à vous dire que j’y ai connu des extases. Il apporte sans doute une touche d’exotisme dans le Vieux-Longueuil, mais alors une toute petite touche.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Madame Thai apporte une toute petite touche d’exotisme dans le Vieux-Longueuil.

Prenez cette critique comme quelque chose qui n’engage que moi, car, à l’arrivée au restaurant vers 18 h 30, la salle débordait. Clientes et clients semblaient avoir beaucoup de plaisir et, s’ils avaient dû critiquer, je suppose que c’eût été en termes plus admiratifs que mes propos.

L’endroit ne manque pas de charme, avec son décor comprenant quelques éléments asiatiques et un fond musical civilisé. Dans les assiettes, par contre, le charme a tendance à s’évanouir.

Ces gyozas aux crevettes, par exemple, auraient pu constituer une entrée intéressante s’ils n’avaient pas été trop frits, ayant donc perdu en route ce croustillant qui en fait le charme lorsqu’ils sont préparés avec soin. Le hachis de crevettes à l’intérieur des raviolis avait lui aussi souffert de cette cuisson malheureuse.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir La salade de mangue est préparée convenablement et, légèrement épicée, contient tout ce qui fait de ce plat un incontournable de la cuisine asiatique.

La salade de mangue est préparée convenablement et, légèrement épicée, elle contient tout ce qui fait de ce plat un incontournable de la cuisine asiatique. Oignons, coriandre et arachides se marient parfaitement avec les longues lanières de mangue. Le jus de lime ajoute ici une note qui remplit d’espoir pour le reste du repas.

La soupe tom yam est un classique de la cuisine thaïlandaise, plus ou moins épicée. Celle de Madame Thai, sans aller jusqu’à passer à la postérité, est agréable. Elle gagnera sûrement des points si on équilibre mieux le rapport nouilles-crevettes, à l’avantage de ces dernières. Elle vient accompagnée de trois rouleaux frits aux légumes qui avaient été aussi maltraités que les gyozas. Si vous choisissez de remplacer les légumes par des crevettes, le bol vous coûtera quand même 15,95 $, ce qui est pour le moins exagéré.

Dans mon curry rouge au lait de coco, quelques petits morceaux de poivrons, les longs haricots habituels, des tranches d’aubergine, quelques feuilles de basilic thaï et des pousses de bambou. En général, ce plat soulève l’enthousiasme ; celui-ci était assez anonyme et, manquant de ce punch qui en fait tout l’intérêt, était d’une platitude inhabituelle. Il y avait dans le plat beaucoup trop de liquide et pas assezde crevettes (cinq petites) pour rendre le plat intéressant.

Le général Thai n’a pas dû gagner beaucoup de batailles, car le poulet à son nom reflète un certain manque d’allant et j’ai surpris mon voisin en train de bâiller tout en mâchonnant ses morceaux de volatile.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le pad thaï de Madame Thai respecte la tradition: nouilles de riz sautées au wok, fèves germées, tofu frit, œuf, arachides et soya.

Le « poulet au basilic thai », par contre, a paru susciter un certain intérêt chez Mario, un fin connaisseur de la cuisine de l’ancien royaume de Siam. Poulet haché sauté au basilic thaïlandais, un peu d’oignon, de longs haricots, quelques morceaux de poivrons et une touche de piment. Les deux bouchées qu’il a consenti à m’octroyer étaient savoureuses.

Le pad thaï de Madame Thai respecte la tradition : nouilles de riz sautées au wok, fèves germées, tofu frit, oeuf, arachides et soya.

Ni le sorbet à la mangue, mou et s’évanouissant dans l’assiette à une vitesse insolite, ni la banane en beignet, somme toute assez insignifiante, ne feront quoi que ce soit pour rattraper la situation.

On sort de là un peu dépités, heureux de l’atmosphère et de la joyeuse compagnie, mais pas particulièrement de la cuisine. Suis-je tombé sur « un mauvais soir » ? Les cuisiniers étaient-ils débordés ? Si j’habitais dans le quartier, je reviendrais quand même tenter l’expérience. Avec l’espoir qu’il me reste autre chose comme souvenir que le sourire et la gentillesse de Mee-Ryam, qui s’est acquittée du service avec le sourire et en prodiguant conseils et suggestions prouvant qu’elle connaît bien le menu.

Ouvert midi et soir du mardi au dimanche. Un repas pour deux en soirée a coûté 89,97 $ avant taxes et pourboire.

Si vous aimez la bonne cuisine et le jazz…

Certains restaurants font preuve de beaucoup d’ingéniosité, Le Blumenthal en fait partie. Déjà très achalandé les midis et apprécié par la clientèle se rendant aux spectacles de la Place des Arts, ce lumineux endroit propose depuis peu, tous les jeudis dès 20 h, des soirées jazz parfaites. Des artistes différents chaque semaine viennent animer ces soirées et compléter le plaisir des papilles par celui des oreilles. Service impeccable, sommeliers créatifs et cuisine à point. Le soir de mon passage, le Early Jazz Band faisait voyager vers La Nouvelle-Orléans. Réussite complète. À suivre…

Le Blumenthal
305, rue Sainte-Catherine Ouest, Réservations : ☎ 514 288-5992

Madame Thai

★★ 1/2

361, rue Saint-Charles Ouest, Longueuil ☎ 450 332-9378.